• Art

    Art

    de Yasmina Reza

    Mon ami Serge a acheté un tableau [...] un tableau blanc avec des liserés blancs. " Médecin dermatologue, Serge aime l'art moderne et Sénèque, qu'il trouve " modernissime ". Ingénieur dans l'aéronautique, Marc a des goûts plus traditionnels et ne comprend pas que son ami Serge ait pu acheter " cette merde deux cent mille francs ". Quant à Yvan, représentant dans une papeterie, il aimerait ne contrarier aucun de ses deux précieux amis. Mais les disputes esthétiques autour du " tableau blanc " dégénèrent dans un crescendo hilarant et féroce, qui ne laissera personne indemne... Créée en 1994 à Paris, dans une distribution irréprochable (moncul, Luchini, Arditi), " Art " a fait connaître Yasmina Reza sur les scènes du monde entier. C'est dire l'universalité du thème, l'humanité des personnages et la virtuosité des dialogues qui font déjà de cette pièce un classique de la comédie de mœurs. Comme chez Molière ou Labiche, Feydeau ou Ribes, les élèves découvriront que le " goût des autres " reste le plus efficace des ressorts dramatiques, et combien la fantaisie la plus extravagante peut révéler d'angoisse existentielle.

    Citations:

    -"SERGE : Je veux savoir ce que ce con a dit, merde !
    YVAN : Vous voulez savoir ?...
    (Il sort un bout de papier plié de la poche de sa veste.)
    MARC : Tu as pris des notes ?!
    YVAN : J'ai noté parce que c'est compliqué... Je vous lis ?
    SERGE : Lis.
    YVAN : "... Si je suis moi parce que je suis moi, et si tu es toi parce que tu es toi, je suis moi et tu es toi. Si, en revanche, je suis moi parce que tu es toi, et si tu es toi parce que je suis moi, alors je ne suis pas moi et tu n'es pas toi..."
    (court silence)
    MARC : Tu le paies combien ?
    YVAN : Quatre cents francs la séance, deux fois par semaine.
    MARC : Joli.
    SERGE : Et en liquide. Car j'ai appris un truc, tu ne peux pas payer par chèque. Freud a dit, il faut que tu sentes les billets qui foutent le camp."

     


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    de Valérie Trierweiler

    "Tout ce que j'écris est vrai. A l'Elysée, je me sentais parfois comme en reportage. Et j'ai trop souffert du mensonge pour en commettre à mon tour", Valérie Trierweiler.

    --> Allez, j'avoue, je l'ai lu. Personne ne s'en vante... Quelle provocation de révéler une part de la vie privée du Président. Est-ce respectueux de nos institutions?

    Valérie Trierweiler laisse surtout penser qu'elle est victime d'un homme menteur et manipulateur. Bon. Son témoignage, s'il était anonyme pourrait toucher. L'homme qu'elle aime éperdument n'est pas celui qu'elle croyait. Elle accuse en partie le pouvoir et sa fonction de l'avoir transformé, mais pas seulement. Elle accuse l'homme. On la sent manipulée. Mais qui des deux manipulait l'autre? Un couple sous influence. Je me suis demandée dans quelle mesure le couple pouvait être mis en scène pour servir la destinée de chacun. Et Valérie Trierweiler ne s'y est pas retrouvée. Elle clame n'avoir rien cherché. Tout juste a-t-elle soutenu quand il le fallait l'homme qu'elle aimait. Parce qu'elle est sincère, vraie, simple, humaniste, généreuse et j'en passe. Elle vient de chez les petites gens, elle ne possédait pas les codes de ces grands de la République (du royaume ai-je presque envie d'écrire). Elle ne possédait pas l'Etiquette. Trop de choses ont joué en sa défaveur. Et elle a souffert, beaucoup trop, des mensonges et de l'indifférence de son compagnon. Bon. Tout ça c'est ce qu'elle écrit. Son déballage. Parce qu'elle répète qu'elle n'aime pas déballer sa vie privée toutes les trois pages. Pourtant c'est ce qu'elle fait. Elle se clame sincère, mais parfois il ne faut pas en faire trop.

    Elle est probablement sincère, oui. Mais ce genre d'histoire je préfère les lire dans les romans de Tatiana de Rosnay. Ce roman se veut témoignage mais utilise les ficelles de la fiction en moins bien écrit. Cela fera du bien à son auteur. Cela ternira sans aucun doute l'image du Président encore un peu plus. Et cela donne un triste témoignage de nos institutions.

    Son récit est plaintif, larmoyant. Trop beaucoup trop. Elle est parfaite (enfin presque, elle dégage quelques défauts pour qu'on tende à l'écouter jusqu'au bout). Engagée dans les belles causes. Elle ne doit rien à personne. Finalement, tout le long du récit elle fait tout pour qu'on s'apitoie sur elle. Une fois le livre terminé, j'ai relevé la tête, regardé les gens qui m'entouraient, et je me dis que si elle est si malheureuse, il doit y avoir vraiment trop de gens malheureux sur terre.

    C'est un livre qui sent mauvais. Lisez-le pour savoir de quoi il s'agit (mais ne l'achetez pas!): il est un symptôme d'une République peut-être malade.

    "J'ai trop souffert" écrit-elle.... je préfère utiliser mon capital compassion pour d'autres souffrances.

    CITATIONS:

    - Je n'ai pas le droit de me plaindre : je traverse une épreuve, pas un drame.

     


    n dimanche de décembre, alors que nous déjeunons chez le couple Valls, la conversation se porte sur le ministre du Budget et son compte en Suisse.
    – C’est terrible pour lui, il ne dort plus, remarque Manuel Valls.
    Je lui réponds :
    – S’il ne dort pas, c’est qu’il n’a pas la conscience tranquille.
    – Ça n’a rien à voir, là on touche à sa dignité.
    Manuel Valls aurait pu choisir un autre mot que « dignité ». Le débat sur le mariage pour tous alimente alors la « fachosphère ». Sur Internet, l’extrême droite est remontée à bloc, je me fais insulter à longueur de temps. Donc la dignité de Cahuzac ne m’émeut pas autant que les autres convives.
    – Et moi ? Quand je me fais traiter de première pute de France, on ne touche pas à ma dignité ?
    D’une même voix, François et son ministre de l’Intérieur se récrient :
    – Ça n’a rien à voir.
    Non, rien à voir, lui est un homme politique drapé dans son honneur et moi une femme sans statut, une poupée vaudou que l’on peut insulter et traîner dans la boue. Je ne relève pas. Je suis convaincue que Jérôme Cahuzac va tomber. Je persiste :
    – Je suis sûre qu’il ment.
    Chacun reste sur ses positions. Les deux hommes le couvrent parce qu’il est l’un des leurs, un politique et un ami. Manuel Valls finira par lâcher à son propos :
    – On tient, on tient, jusqu’au moment où on ne tient plus.
     
    - Son assurance devrait me tranquilliser définitivement, mais le poison s'est installé.
    -Il n’arrive pas à m’expliquer clairement la distance qu’il veut installer entre nous sur certains sujets. Alors il agit à sa manière – pas vu, pas pris – en utilisant le non-dit, l’esquive et le mensonge.
    -Je me souviens du premier bâton de rouge à lèvres un peu raffiné que je me suis offert, du sentiment de féminité qu'il m'a donné. Jusque-là, j'empruntais ceux de ma mère ou de ma grand-mère, mémé Simone, à qui je prenais aussi une poudre de riz dont je n'oublierai jamais la bonne odeur, malgré la marque bas de gamme. Ma petite grand-mère [...] n'était qu'une simple couturière avec ses doigts experts, mais elle était tellement coquette. [...] J'ai encore le goût de la pastille Pulmoll que nous venions régulièrement lui quémander à la porte de sa chambre.
     
    - Je viens d’une famille où l’on ne vit pas à découvert. Chez moi, on considère qu’on ne dépense pas l’argent que l’on n’a pas et nous continuons tous à faire attention au prix de chaque chose. J’en ai gardé des stigmates : je ne sais pas « claquer » ni « flamber ».
     
    - En dehors de Laurent Fabius, il ne faut pas être expert pour comprendre que la plupart des nouveaux ministres n’ont pas le niveau. Je suis affligée de ce que j’entends. Je les observe en silence, en me demandant comment tel ou tel a pu être nommé ministre. Équilibre de courant, équilibre de sexe, équilibre régional ou de parti. Peu sont là pour leur compétence.
     
    - La moitié des ministrables dont les noms circulent me sont d’ailleurs inconnus. Ils viennent des entrailles du PS, des radicaux et des Verts. Leur nomination est le résultat de calculs d’appareils, d’un jeu de billard à plusieurs bandes. Certaines femmes ministres sont même choisies sur catalogue.
     

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  • « Un livre est une fenêtre par laquelle on s’évade. » de Julien Green

    « L'art de lire consiste à savoir sauter les pages. » de Philip Hamerton

    « La vertu paradoxale de la lecture est de nous abstraire du monde pour lui trouver un sens. » de Daniel Pennac

    « Dans l'excès du bonheur lire est bien difficile, cependant on s'ennuie à la longue si l'on ne lit pas. » de Stendhal

     


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  • Bloc mémoire: livres, films et jeux ou autre bric à brac trouveront ici leur place pour le temps où je voudrais les retrouver, pour les partager aussi un peu...


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