• La porte de la salle de bain

    La porte de la salle de bain

    Sandrine Beau

    Ce matin, Mia pourrait le jurer, ses seins ont commencé à pousser. La joie qu’elle éprouve devant sa métamorphose ne dure pas : le regard des autres change, en particulier celui de son beau-père qui prend l’habitude de franchir la porte de la salle de bain lorsqu’elle se douche.

    --> Un roman court qui utilise un ton plutôt léger au départ et qui sans tomber dans la dramatisation montre comment Mia voit bien ce qui n'est pas normal dans le comportement du compagnon de sa maman et quelques autres hommes anonymes. On lit comme il est difficile pour Mia d'en parler, de tirer la sonnette d'alarme. On lit aussi comme sa maman ne voit rien. Mia parviendra finalement à se protéger et l'issu du récit est positive: on évite le drame, on ne pleure pas, il met les jeunes en état de vigilance: juste ce qu'il faut.

    - Moi, je n'arrivais toujours pas à sortir les mots qui auraient mis fin à tout ça. J'avais la tête et le coeur prêts à exploser, mais rien ne réussissait à franchir mes lèvres. J'écoutais maman se mettre en colère, j'avais envie de pleurer et la seule chose que j'arrivais à faire, c'était la regarder avec des yeux noirs, lourds de reproches. J'aurais tellement voulu qu'elle comprenne sans que j'ai besoin de raconter ce qui m'arrivait...

    - La vie humaine est une rosée passagère. J'ai lu cette phrase un jour, c'est un poète japonais qui a dit ça. Ça veut dire, en gros, (enfin, je crois !) que toutes les bonnes choses ont une fin. Et il a drôlement raison, le poète japonais...

    - Moi qui adorais passer des heures dans la salle de bain, à partir de ce moment-là, cette pièce est devenue mon cauchemar…

    - Y'a un moment, je ne sais pas à quoi c'est dû, mais les adultes se croient autorisés à parler de votre corps, comme si vous étiez absent.

    - Plusieurs fois, j'ai essayé d'imaginer que je parlais. Que je racontais ce qui se passait dans la salle de bain, depuis quelques temps... Mais je n'arrivais pas à trouver les mots. Je ne savais pas par quoi commencer . « Le copain de ma mère entre dans la salle de bain quand je prends ma douche... » ça me semblait ridicule comme phrase. On aurait dit une petite fille qui couine. Et puis, ça n'avait pas vraiment l'air grave dit comme ça.

    - A la fin de la journée, je n'avais plus une seule petite peau autour des ongles.
    Ca brûlait un peu.
    Mais ce n'était rien, comparé à ce qui se passait dans mon ventre.

    - J’ai senti son souffle dans mon cou et ça m’a fait un frisson jusqu’en bas de la colonne vertébrale. C’est la première fois que je ressentais ça. J’ai sautillé jusqu’à mon arrêt de bus, tellement j’avais de la joie qui débordait de partout.

     


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