• Le mystère de la tapisserie inachevée

     de François Vallet

    Résumé

    Pourquoi Lulu, ouvrier agricole dans la campagne normande se retrouve-t-il accusé de deux meurtres ?
    Pourquoi un instituteur en fin de carrière et une bibliothécaire vont-ils devenir contre toute attente chevaliers des Arts et Lettres ?
    Pourquoi Guillaume le Conquérant envahit-il l’Angleterre en 1066 ?
    Qui relie ces personnages que tout sépare à 928 ans d’écart ?
    C’est ce que nous dévoile ce roman qui nous fait revivre l’épopée normande du XIe siècle et vivre au XXe siècle une sombre histoire criminelle qui verra son dénouement éclairé par la clef du mystère de la Tapisserie inachevée.

    --> Les chapitres courts s'alternent: l'un raconte la tapisserie de Bayeux, l'autre se déroule en 1994. La narration de la tapisserie est agréable: pour qui connait ce chef d'oeuvre, on le voit se dérouler sous nos yeux. J'ai moins accroché avec l'écriture du polar contemporain: un meurtre (ou plutôt deux), une arrestation (celle de Lulu) et la visite d'un instituteur à une spécialiste des incunables. On sait que les histoires vont se rejoindre et que l'auteur "s'amuse" à nous faire passer d'une histoire à l'autre. D'un temps historique (1066) à un temps contemporain.
    ... je n'ai pas accroché. j'ai fais l'effort jusqu'à la moitié du roman, mais j'abandonne. Je suis lassée de l'écriture de ce polar. C'est bien l'écriture qui me gêne, et non l'intrigue qui elle m'a tenue en haleine jusqu'à lire la moitié du livre. Peut-être que j'y reviendrai...mais je ne crois pas!

    2 jours après... je me suis autorisée à sauter des pages pour ne plus lire que le fin du "polar". ça vaut le coup de connaître le dénouement.


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  • Voyage avec un âne dans les Cévennes

    En septembre 1878, R. L. Stevenson accompagné d'un âne – mais à pied – traversait en douze jours les Cévennes, de Monastier à Saint-Jean-du-Gard. Dormant sous les étoiles qui avaient éclairé la révolte des camisards, attiré par la voix lointaine d'une flûte, emporté par les ombres qui valsaient en mesure à l'appel du vent, se lavant dans l'eau courante des rivières, amical envers les moines trappistes comme envers les dissidents protestants, il découvrit la magie des rencontres, la complicité des paysages, l'ivresse de la liberté. Trouvant dans une approche sensuelle et poétique de la nature toutes les raisons de croire en l'amour qui allait changer son existence, il ramena de cette marche sur les chemins des bergers le livre le plus cordial et le plus confiant en la vie.

    --> Célèbre l'histoire de Molestine et son maître à travers les Cevennes? Je ne le savais pas avant de me rendre dans cette région originale, authentique, rude. Un incontournable si on va dans les Cévennes!

    Citations:

    -"Quant à moi, je voyage non pour aller quelque part, mais pour marcher. Je voyage pour le plaisir de voyager. L’important est de bouger, d’éprouver de plus près les nécessités et les embarras de la vie, de quitter le lit douillet de la civilisation, de sentir sous mes pieds le granit terrestre et les silex épars avec leurs coupants. Hélas ! tandis que nous avançons dans l’existence et sommes plus préoccupés de nos petits égoïsmes, même un jour de congé est une chose qui requiert de la peine. Toutefois, un ballot à maintenir sur un bât contre un coup de vent venu du nord glacial n’est point une activité de qualité, mais elle n’en contribue pas moins à occuper et à former le caractère. Et lorsque le présent montre tant d’exigences, qui peut se soucier du futur ?"

     

     


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  • Après l'extase, la lessive

    de Jack Kornfield

    Dans le domaine de la spiritualité, tous les récits, tous les enseignements, semblent avoir la même fin : l'éveil. Or, passé ce rare moment de plénitude, la vie reprend son cours, avec ses obligations et ses désagréments. Comme le résume avec humour Jack Kornfield : " Après l'extase, il y a la lessive ". Intrigué par ce versant jamais évoqué de la vie spirituelle, qui pourtant en éclaire la finalité, ce dernier a enquêté auprès de maîtres zen, de lamas, de rabbins, d'abbés ou de nonnes, qui, chacun à leur manière, tirent de leur expérience un message primordial : il n'existe pas de parcours idéal mais pour être authentique et bénéfique, la vie spirituelle doit se réaliser ici et maintenant.

    --> une écriture simple, qui me fait craindre des répétitions au début du livre. Peur d'avoir trop souvent envie de bailler, mais heureuse de pouvoir lire des sentiments bienveillants et rassurants...à suivre...

    Des citations (choisies par easy-redaction Babelio):

    p.195
    Pour quasiment tous les pratiquants, les phases d’éveil et d’ouverture sont suivies de périodes de peur et d’enfermement. Ces moments de sérénité profonde et d’amour nouveau laissent souvent place à des situations de perte, de fermeture, de peur, de découverte d’une trahison qui à leur tour disparaîtront devant l’équanimité et la joie.
    [...]La seule chose surprenante est de voir à quel point cette vérité nous surprend. Tout se passe comme si nous espérions au plus profond de nous-mêmes qu’une expérience, une importante réalisation, un nombre suffisant d’années dédiées à la pratique puissent enfin nous hisser hors d’atteinte de l’existence, au-delà des conflits ordinaires du monde.
    Nous nous accrochons à l’espoir de pouvoir, grâce à la vie spirituelle, nous élever au-dessus des blessures de notre souffrance humaine et ne jamais avoir à les endurer de nouveau.

    p.224
    Nos cultures patriacarles nous ont conditionnés à considérer les autorités comme étant supérieures, à ne faire confiance ni à nos corps ni à nos sensations et à suivre ceux qui “savent mieux”.Nous n’avons pas été encouragés ou initiés à penser par nous-mêmes. Le désir d’être secourus, de trouver quelqu’un qui connaît la vérité au milieu de ce monde de confusions, est à la base de nombreuses communautés de disciples aveugles.

     

    Nous avons tous besoin de périodes fécondes, de temps de jachère, d’instants où nous sommes ramenés plus près de l’humus de la terre.
    Comme si une chose en nous ralentissait et nous rappelait.
    Même si notre transformation est de taille, même si nous nous sentons sereins et inébranlables, par certains côtés notre retour va inévitablement nous tester.
    Les miennes... à venir....

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  • La vérité sur l'affaire Harry Québert / Joël Dicker

    de Joël Dicker

    *prix goncourt des lycéens 2012

    *grand prix du roman de l'académie française

    Joël Dicker, né à Genève le 16 juin 1985.

    À New York, au printemps 2008, alors que l’Amérique bruisse des prémices de l’élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre à son éditeur d’ici quelques mois. Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert, l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d’avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison. Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête s’enfonce et il fait l’objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d’écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ? Sous ses airs de thriller à l’américaine, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert est une réflexion sur l’Amérique, sur les travers de la société moderne, sur la littérature, sur la justice et sur les médias.

    --> Aïe pour la première moitié du livre... j'ai peiné. Je trouvais cette histoire caricaturale, les répétitions de l'auteur (pourtant utiles, on le comprend avec le dénouement) ennuyeuses, la langue pauvre... et c'était paradoxal pour parler d'un écrivain qui aurait écrit LE roman de sa vie, LE chef d'oeuvre. Mais j'avais lu plusieurs avis très positifs (et un très négatif), le roman a été récompensé... il fallait persévérer. Alors je ne dévoilerai rien de la deuxième moitié du roman. L'ensemble est réussi, on ne veut plus décrocher avant de connaitre la fin de l'histoire , et c'est essentiel. Un bon moment de lecture finalement.

    --> On y évoqie l'Alabama des années 60, peu après la fin de la ségrégation, à mettre en réseau avec Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur ou La couleur des sentiments.

     


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  • Un an

    de Jean Echenoz

    Présentation de l'éditeur

    « Une jeune femme, prénommée Victoire découvre un matin son ami Félix mort près d’elle dans son lit. Elle ne se souvient pas de ce qui est arrivé, mais elle file, dans le Sud-Ouest, en emportant ses économies. Sa fugue va durer un an, d’où le titre. Au début, tout va bien. Elle loue une villa au Pays basque, se trouve un amant. Mais l’amant lui vole ses sous et Victoire va parcourir une à une les étapes de la dégringolade sociale : après la villa, les chambres d’hôtel, de plus en plus miteuses, puis la belle étoile ; le vélo, puis l’autostop et, quand elle est devenue trop sale, trop dépenaillée pour le stop, la marche au hasard, l’association avec d’autres clochards, le chapardage, la promiscuité, la perte progressive de soi et du monde. L’histoire d’une errance en forme de descente, une aventure picaresque que l’auteur achève en la ramenant à son point de départ.Un an, dans sa simplicité linéaire, immédiate, met en valeur la poétique d’Echenoz. Celle-ci repose sur le combat perpétuel que se livrent une réalité mystérieuse et dont le sens fuit sans cesse – le monde, les objets, les personnes, les formes, les sons, les paroles, l’espace, le temps – et les mots pour la dire le plus exactement possible. » (Pierre Lepape, Le Monde)

    --> Le rythme de ce livre nous emporte littéralement dans le départ, la fuite, l'errance de Victoire... On a le sentiment qu'elle vit les évènements tels qu'ils se présentent. On sent l'absurdité de la situation, mais on y croit parce que l'écritue de l'auteur ne laisse pas de place au doute. C'est un court roman qui se lit d'un trait, bien qu'on soit parfois obligé de s'arrêter pour respirer un peu, regarder autour de soi et se rassurer avec la réalité.
    C'est le premier roman d'Echenoz que je lis, il faut que je continue...

    Citations:

    - Victoire, s'éveillant un matin de février sans rien se rappeler de la soirée puis découvrant Félix mort près d'elle dans leur lit, fit sa valise avant de passer à la banque et de prendre un taxi vers la gare Montparnasse. (=incipit)

    - Les événements lui reviendraient tôt ou tard en mémoire, sans doute, autant considérer par la fenêtre une zone rurale vaguement industrielle et peu différenciée, sans le moindre hameçon por accrocher le regard quand elle n'était pas masquée par le remblai. Pylônes, fils électriques et raccords d'autoroutes intersécants, fourragères, lotissements jouxtant des excavations. Isolés dans les friches parmi les animaux absents, se profilaient quelques locaux techniques dépendant d'on ne sait quoi, quelques usines d'on se demande quoi. Bien que de marques et d'essences limitées, les arbres étaient non moins semblables entre eux que les automobiles sur une route nationale un moment parallèle aux rails.


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  • En vieillissant les hommes pleurent

    deJean-Luc Seigle

    Présentation de l'éditeur

     9 juillet 1961. Dès le lever du jour, il fait déjà une chaleur à crever. Albert est ouvrier chez Michelin. Suzanne coud ses robes elle-même. Gilles, leur cadet, se passionne pour un roman de Balzac. Ce jour-là, la télévision fait son entrée dans la famille Chassaing. Tous attendent de voir Henri, le fils aîné, dans le reportage sur la guerre d'Algérie diffusé le soir même. Pour Albert, c'est le monde qui bascule. Saura-t-il y trouver sa place? Réflexion sur la modernité et le passage à la société de consommation, En vieillissant les hommes pleurent jette un regard saisissant sur les années 1960, théâtre intime et silencieux d'un des plus grands bouleversements du siècle dernier.

     Biographie de l'auteur

    Jean-Luc Seigle est romancier, auteur dramatique et scénariste. En vieillissant les hommes pleurent est son troisième roman après La Nuit dépeuplée (Pion, 2000) et Le
    Sacre de l'enfant mort (Pion, 2007).

    --> Dans ce roman, on apprend avec pudeur à connaitre Gilles, l'enfant de 10 ans lecteur d'Eugénie, comme un récit initiatique. Albert, le personnage principal, ouvrier à l'usine Michelin, qui vit sa dernière journée. Suzanne, sa femme, qui attend chaque jour des nouvelles de leur fils Henri en Algérie.

    Le roman est le récit d'une journée, celle où Albert a vraisemblablement décidé de mourir, celle où l'on attend, installe et regarde la télévision pour la première fois. Une journée où Albert lavera le corps de sa mère malade, où sa soeur viendra déjeuner et où il sera question de remembrement des terres agricoles qui appartiennent à leur mère. Pendant cette journée, Albert confiera la future instruction de son fils Gilles à Monsieur Antoine pour que Gilles n'arrête pas de lire, contrairement à ce qu'il vient d'écrire à ses parents. Suzanne trompera pour la première fois son mari dans un accord parfait avec son amant.

    Le récit est chargé d'émotion, les phrases riches de métaphores renouvelées. On pense comprendre beaucoup, et puis le dénouement nous plonge dans une intrigue plus historique qu'on ne le pensait depuis le début.

    Un beau roman, à recommander.

    ...qui donne envie de (re)lire Eugénie Grandet


    Citations:

    - Tout à l'heure je ne serai plus. Je ne serai plus ce que je suis maintenant et que je n'aime pas être. Je n'aime pas qui je suis. Je n'aime pas ce qu'il faudrait que je sois, je n'aime pas me réjouir de cette vie-là, je ne suis pas de cette vie, je suis d'un autre temps que je n'ai pas su retenir.

    - Quelque chose trembla en lui qu’il ne connaissait pas, qu’il n’avait jamais ressenti et qui le débordait. Ça hérissait ses poils jusqu’à la racine de ses cheveux. Les larmes inondèrent ses yeux noirs en même temps qu’il s’avouait son admiration pour son gamin. C’était effrayant. [ ..] In extremis, il réussit il réussit à ravaler ses pleurs sous ses paupières et à les manger dans ses yeux. Ça le brûlait tellement qu’au moment où il les rouvrit, il crut avoir perdu la vue.

    - ..Ces livres sans étagères, c'était moins impressionnant, moins intimidant qu'une bibliothèque. Ce désordre créait une proximité qui donnait immédiatement envie de lire. Trois gravures sous verre accrochées au mur représentaient des personnages antiques, un homme robuste, un jeune homme ravissant et une femme étrange portant un casque sur la tête, une chouette posée sur l'épaule. Gilles ne savait pas qu'il s'agissait de personnages de la mythologie grecque, que le plus âgé s'appelait Ulysse ; le plus jeune, Télémaque, et la femme, Athéna.
    -je sais aussi que tu aimes l'Histoire.
    -Oui, plus que la géographie.
    -En général, c'est ainsi. La géographie, il faut voyager pour l'aimer. L'histoire, elle vit avec nous, même si on reste sur place toute sa vie. Qu'on le veuille ou non, elle finit par s'asseoir à notre table...


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  • Les lits en diagonale

    d'Anne Icart

    Je préfère la photo où tu me serres dans tes bras. On a l'air de s'aimer à la folie. On s'aime à la folie. » De l'enfance à aujourd'hui, l'histoire bouleversante d'une petite s ur « normale » et de son frère « pas comme les autres ».


    Il a cinq ans de plus qu'elle, ils dorment dans la même chambre, leurs lits en diagonale, et il est son grand frère adoré, son héros. Anne a à peine sept ans - « l'âge de raison » - quand sa mère lui dit que Philippe est malade, et qu'il ne guérira pas. Elle ne comprend pas tout, elle est trop petite, mais elle reçoit l'essentiel, de plein fouet : elle comprend qu'il faudra toujours veiller sur lui. Ne jamais le laisser seul. L'aimer plus fort que les autres. De ce jour, elle va grandir le c ur accroché à son frère, « son héros aux ailes brisées », handicapé mental à cause d'une césarienne faite trop tard lors de sa naissance.
    Comme des instantanés ultrasensibles de leurs vies, les souvenirs affluent, mêlant passé et présent, parfois cruels et douloureux, le plus souvent tendres et joyeux, voire cocasses. Et avec eux des sentiments extrêmement forts, le désir sauvage de protéger, la honte, le remords, la rage impuissante, la culpabilité, la peur, la difficulté à construire sa vie à soi, à aimer d'autres hommes - mais surtout l'amour, cet amour plus fort que les autres. « Personne ne peut imaginer comme je suis nouée à toi ; même pas moi » : c'est ce qu'elle raconte ici, de leur enfance dans les années 1970 à aujourd'hui où « tout va bien », parce que le regret de ce qui aurait pu être a laissé la place à l'acceptation de ce qui est vraiment.
    Portée par une écriture lumineuse, l'émotion vous prend dès les premières pages et vous mène d'une traite jusqu'à la dernière ligne de ce récit aussi fort que bref : c'est rare.

    --> C'est un récit qui nous emporte, dans lequel on s'identifie, à tous les âges de la vie. Mais la narratrice ici nous raconte surtout son regard, sa vie avec ce frère, handicapé. Les phrases sont courtes, chacune pleine de puissance. Cela en fait un récit rapide, fort, dans lequel les citations pourraient être multiples. Un récit bouleversant.


    Citations:

     J'ai compris qu'on pouvait aimer et haïr à la fois. Et le dire . Regretter, en vouloir, mais admirer. Et le dire. Qu'être la sœur d'un handicapé, ce n'est pas plus facile que d'en être le mère ou le père. Et le dire. Que c'est différent. Qu'on s'en prend aussi pour toute la vie. De sa naissance à sa mort. Qu'on passe par tous les états. Mais que l'éventail de sentiments , du pire au meilleur, qu'offre cette fraternité bancale est un véritable don. Et le dire . Je le dis .

    - Ton lit est en diagonale du mien.J'aime y venir et m'endormir avec toi.Ce sentiment de quiétude,de sécurité que j'éprouve quand nous sommes collés l'un à l'autre me suivra pendant de longues années.Allongée contre toi, il me semblait que rien ne pouvait m'arriver.La nuit,je pouvais bien venir, je ne risquais rien puisque tu étais là.

    - La honte à l'adolescence d'avoir un frère handicapé, le remords ensuite, comme elle s'en est voulu, la fierté maintenant. Les regrets de tout ce qui aurait pu être et de tout ce qui est vraiment.

    - Rien ne peut être plus dur pour une mère et un père que d'enfanter un être diminué.C'est vrai.Surtout dans une société qui accepte si mal la différence.

    - Je voudrais que tu sois parfait. Mais tu ne l'es pas . Ça n'existe pas un handicapé parfait. Surtout si ça veut dire normal. Même si ç' aurait pu être pire .



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  • Nos silences

     

    de Wahiba Khiari

    Description de louvrage

     

    Algérie, années 1990. Elles ont été des milliers à être enlevées, violées, parfois assassinées, les filles de la décennie noire. Ces très jeunes filles, à qui l on a demandé de pardonner, se sont tues et ont ravalé leur honte. Tandis que résonne le cri de l une d entre elles, la narratrice raconte sa culpabilité d avoir choisi l exil et trouvé le bonheur. Deux voix de femmes en écho qui prennent la parole haut et fort, en mémoire de toutes les autres. L écriture pour vaincre les silences. Un roman contre l oubli.
     
    --> Il est des livres qui changent un petit quelque chose en nous. Nos silences a été de ceux-là.

     Citations:

    - La douleur est un cri du corps à l'espritpour qu'il =le protège. Mais quand le corps crie, il est souvent trop tard.

    - Un jour, lors d'un cours de "listening" j'ai voulu expliquer à mes élèves le sens de la chanson de John Lennon Imagine. L'idée que le paradis, l'enfer, ou la religion puisse ne pas exister les choquait. Ils avaient peur de ces mots perçus comme autant de blasphèmes. Je les ai amenés à "imaginer", juste "imaginer" un monde sans haine, sans violence, plus besoin de punitions ni de récompenses, pas de lois ni de règles. Je leur ai expliqué qu'on avait le droit de rêver et surtout le droit de l'exprimer avec des mots. Que s'ils parvenaient à penser le monde selon Lennon, ils comprendraient mieux lesens profond de l'islam, et des autres religions; le paradis, c'est un peu ça aussi.


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  •  

    Demain nous serons tous morts

    de Titouan Lamazou

    A 17 ans, Titouan Lamazou part vers les Caraïbes en bateau-stop sur {Vendredi 13}, le monocoque de Jean-Yves Terlain. Son service militaire, il l'accomplit sur {Pen Duick VI} sous les ordres d'Eric Tabarly. En 1982, tenaillé entre ses trois passions : la mer, l'écriture et la peinture, il passe un an dans le Haut Atlas marocain et en revient avec un premier roman d'aventures, {le Trésor de l'Atlas}. En 1986, il fait le tour du monde avec escale, puis entreprend de construire {Aquitaine II}. Enfin le 26 novembre 1989, il largue les amarres. 109 jours plus tard, après 46 000 kilomètres sans escale ni assistance au travers des océans, il rejoint en vainqueur et héros les Sables-d'Olonne. Seuls cinq marins ont déjà réussi à boucler le tour du globe sans mettre pied à terre - Robin Knox-Johnston détient le record en 313 jours. Ce livre sera au jour le jour le récit de son aventure mais aussi de tous les sentiments et réflexions d'un homme seul pendant quatre mois sur un bateau de 18 mètres. Patrick Le Roux est journaliste au service Sports de {Libération}. Il a tenté en juin 1987, avec Titouan Lamazou, de battre le record de la traversée de l'Atlantique.

    --> Pour pouvoir lire le livre, il est tout de même recommandé de connaître un petit quelque chose à la voile, aux allures du bateau. Mieux connaître un peu le parcours du Vendée Globe: les quarantièmes, les cinquantièmes, le Cap Horn , le pot au noir.

    Alors, la lecture n'est pas désagréable, on comprend mieux l'aventure de cet homme. On est surpris: il ne fait pas dans les bons sentiments dans son livre, ne cherche pas à séduire son lecteur. Et puis surtout il veut vaincre, il lâche du matériel à l'eau, il fait des parties de bluff avec les vacations quotidiennes. Livre surprenant qui aide à comprendre ce défi technologique et humain. A ne pas mettre entre toutes les mains: c'est un livre qu'on refermerait vite si on n'était pas passionné...


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  • Au début

    de François Bégaudeau

    Présentation de l'éditeur

     

    Au commencement était la grossesse, le ventre rond, empli de vie, gros de promesses.  Mais aussi d'appréhensions, de  réflexions, de souvenirs... Car l'attente de l'heureux  événement  engendre une foule de sentiments et de mouvements  contradictoires et  c'est pour les futurs parents l'occasion,  souvent, de faire le point sur leur propre  existence. Au début  est un romande femmes écrit par un homme, qui nous entraîne  dans l'infini mystère de la gestation : telle n'y avait pas songé  et puis c'est arrivé ; telle  autre a dû avoir recours à la  fécondation in vitro ; telle autre encore en aurait sans doute  voulu mais se voit confrontée aux réticences de son partenaire.  A ce choeur  féminin se mêle la voix d'un père qui recourt à  une mère porteuse. Treize tendres  aventures pleines de  suspense, d'humour et d'amour.

    Biographie de l'auteur

    François Bégaudeau est né en 1971 en Vendée. Il suit toute sa  scolarité à Nantes.  Dans les années 90, il est chanteur et  parolier de Zabriskie Point, groupe punk-rock. Il  enseigne le  français au collège et lycée pendant dix ans, expérience dont il  tire Entre  les murs (Verticales, 2006) adapté au cinéma par  Laurent Cantet. Au fil des mutations, il  abite Angers, Dreux  et Paris. Il a récemment publié La Blessure, la vraie  (Verticales,  2011).

    --> "défi littéraire" lancé par un éditeur, François Bégaudeau a choisi le thème de la grossesse. Il dit avoir cherché à être juste, intéressant et varié, et j'ai trouvé ça réussi!

    Le résultat, c'est 13 récits sur la grossesse. Chaque grossesse renvoie à l'histoire de chaque femme pendant la grossesse, et avant. 13 personnalités se construisent. Chacune vivant une grossesse unique. Qui désire l'enfant, qui n'accepte pas sa grossese, qui ne veut pas de grossesse, qui n'aboutit pas à la grossesse, qui ne peut pas avoir d'enfant, qui fait porter un enfant, qui revendique un enfant,adopté ou volé...

    Le style est particulier, des phrases courtes, qui font parfois appel au cynisme. A découvrir.


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  • Et au bout, l'océan

     

    de Fanny Leblond

    Ève, jeune femme active, mène une existence épanouie entre sa famille, son travail et ses amies d’enfance, Isabel et Agathe, au bord de l’Estuaire de la Gironde. Ce bel équilibre vacille lorsque ressurgit Xavier, son premier amour ; il chavire avec la mystérieuse disparition d’Isabel. Sa vie va alors voler en éclats. Les pans du passé qui remontent à la surface, la peur, les trahisons et Internet vont bouleverser ses certitudes et la conduire sur des rives dangereuses. Parviendra-t-elle à surfer les eaux troubles et tumultueuses de sa mémoire et à remonter le mascaret de ses émotions pour trouver enfin l’apaisement ? Et au bout, l’Océan.

    Fanny Leblond trace le portrait d’une jeune femme d’aujourd’hui en proie aux doutes et à une remise en question à l’aube de la quarantaine. Le lecteur épouse pas à pas ses tourments et ses inquiétudes jusqu’au dénouement final. Ce roman intimiste donne le premier rôle à l’ambiance, aux lieux, aux sensations et aux émotions.

    Fanny Leblond est née en Gironde en 1971. Après la Côte d’Azur et la Polynésie, elle vit maintenant au bord de l’Estuaire qui l’a vu naître et porte ses voyages proches ou lointains, réels ou de plume. Issue d’une filière scientifique, après des études de gestion elle revient à sa vocation première, l’enseignement.

    Elle cultive depuis toujours le plaisir de lire et celui d’écrire. Un plaisir surprenant. Un voyage excitant des idées aux mots, pour partager, suivre le chemin des gens ordinaires et faire de la vie quotidienne un roman, une aventure, un voyage.

    Elle aime les éclats de rire, l’odeur de la terre et le goût de la mer, mais n’apprécie guère les idées préconçues et les destructeurs de rêves.

    --> C'est une copine qui a reçu ce livre dans le cadre de l'opération masse critique. Je suis née au bord de la Dordogne, quelques kilomètres en amont de Bourg, j'ai régaté sur l'estuaire, l'odeur de la vase et le rythme des marées, j'ai grandi avec. On surnommait mon frère fouille vase...J'ai l'âge de l'auteur. Autant dire que j'ai immédiatement voulu le lire. J'aurais pû rapidement m'ennuyer, et non: l'histoire de ces femmes à l'approche de la quarantaine m'ont intriguée, j'ai voulu en savoir plus de page en page, et passé la moitié du livre, le suspens s'était installé: il me fallait aller jusqu'au bout.

    Je reprocherais quelques dialogues et une écriture "simple" qui m'ont donné l'impression de lire un bon scénario pour un futur film. mais pour le reste j'ai apprécié ce roman. Et surtout, j'ai été ravie de lire un roman proche de ma région natale, de mon histoire, jusqu'au tableau de Jofo évoqué dans le hall de la tour de Gassi. Merci à l'auteur et à Isa 70 qui me l'a prêté.


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  • La liste de mes envies

    de Grégoire Delacourt

    Présentation de l'éditeur

     

    Jocelyne, dite Jo, rêvait d être styliste à Paris. Elle est mercière à Arras. Elle aime les jolies silhouettes mais n a pas tout à fait la taille mannequin. Elle aime les livres et écrit un blog de dentellières. Sa mère lui manque et toutes les six minutes son père, malade, oublie sa vie. Elle attendait le prince charmant et c est Jocelyn, dit Jo, qui s'est présenté. Ils ont eu deux enfants, perdu un ange, et ce deuil a déréglé les choses entre eux. Jo (le mari) est devenu cruel et Jo (l épouse) a courbé l échine. Elle est restée. Son amour et sa patience ont eu raison de la méchanceté. Jusqu au jour où, grâce aux voisines, les jolies jumelles de Coiff Esthétique, 18.547.301 lui tombent dessus. Ce jour là, elle gagne beaucoup. Peut-être.

    Biographie de l'auteur

    Né en 1960 à Valenciennes, Grégoire Delacourt est publicitaire.
    Très remarqué pour L'Écrivain de la famille, son premier roman, on lui doit aussi de fameuses campagnes pour Coeur de Lion, EDF, Apple, Lutti (« Un Lutti d'offert, c'est un Lutti de perdu »).

    --> Un début un peu lent, une écriture un peu trop courante, et puis finalement, on tombe dans cette histoire, la vie de Jocelyne, heureuse (?) gagnante de l'euromillion, blogueuse. Elle a quelque chose de presque parfait, Jocelyne. La trahison sera un élément clé du dénouement. L'argent ne fait pas le bonheur, et ce roman fait tout pour le démontrer.

    Un bémol: l'écrivain est aussi publicitaire, et je suis quelque peu publiphobe... ce qui m'incite à me demander pourquoi. Face aux publicitaires la manipulation est toujours proche. Alors... dans quelle mesure le romancier manipule-il notre imagination?

    Citations:

    - Elle plante ses yeux dans les miens. Elle écrase sa main sur la mienne et dit: ma mère vit seule depuis plus de 10 ans. Elle se lève à 6 heures. Elle se prépare un café. Elle arrose ses plantes. Elle écoute les nouvelles à la radio. Elle fait un brin de toilette. Une heure plus tard, à 7 heures, sa journée est finie. Il y a deux mois, une voisine lui a parlé de votre blog et elle m'a demandé de lui acheter un machin - un machin dans son langage, c'est un ordinateur. Depuisk, grâce à vos passementeries, vos bouffettes et vos embrasses, elle a retrouvé la joie de vivre. Alors ne me dites pas que vous n'avez pas de réponses.

    - C'était une femme du quartier, une adorable petite branche d'arbre sec, comme l'était l'actrice Madeleine Renaud. Elle apportait des tagliatelles. Je toussai. Tant de sollicitude inattendue m'étouffait. Je n'avais pas l'habitude qu'on me donne quelque chose sans que je l'ai demandé. Je ne pus parler. Elle sourit, si douce. Elles sont aux épinards et au fromage frais. Des féculents et du fer. Vous avez besoin de force Jo. Je balbutiai un remerciement et mes larmes jaillirent. Inextinguibles.

    - Non, il n'y a pas de message dans ce que je fais. Juste du plaisir, de la patience. Oui, je pense que tout ce qui vient du passé n'est pas dépassé. Faire soi-même possède quelque chose de très beau; prendre le temps, c'est important. Oui, je pense que tout va trop vite. On parle trop vite. On réfléchit trop vite, quand on réfléchit! On envoie des mails, des textos  sans se relire, on perd l'élégance de l'orthogrpahe, la politesse, le sens des choses. J'ai vu des enfants publier des photos d'eux sur facebook où ils vomissent. Non, non, je ne suis pas contre le progrès; j'ai juste peur qu'il isole d'avantage les gens. Le mois dernier, une jeune fille a voulu mourir, elle a prévenu ses 237 amis et personne ne lui a répondu. (p: 95)

    - être riche, c'est voir tout ce qui est laid puisqu'on a l'arrogance de penser qu'on peut changer les choses. Qu'il suffit de payer pour ça. (p:101)


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  • Blog

    de Jean-Philippe Blondel

    Révolté par cette trahison, par ce " viol virtuel ", le narrateur décide de ne plus adresser la parole à son père. Pour se racheter, ce dernier lui fait un don... une plongée dans le passé qui ne sera pas sans conséquence. Un roman de la filiation et de l'écriture intime.

    --> Le père du narrateur est allé lire son blog et il décide de ne plus parler à son père. Pour renouer avec son fils, le père dépose devant sa chambre un carton rempli de souvenirs. Il va découvrir des secrets, qui vont lui permettre de revenir vers son père. C'est un court roman, auquel il manque quelque chose pour que je le conseille. Je l'ai trouvé un peu "fade". Alors que les ingrédients ado, blog, filiation, secret, mort avaient beaucoup pour me plaire.


    Citation:

    - C'est étrange, ces moments-là, quand, soudain, on devient les parents de ses parents. Quand, soudain, les aînés n'assurent plus. Fugitivement, je me suis vu dans trente ou quarante ans, en train de lui rendre visite, dans une maison de repos semblable à celle où croupit sa mère. Et lui, tête folle, souriant, incapable de se souvenir de mon nom - mon visage lui dit bien quelque chose, mais le nom alors là...
    C'est cette image-là, plutôt que son discours, qui m'a ébranlé. Ebranlé, mais pas au point de me faire oublier mon serment. Je ne parjure pas, moi. Enfin, pas tout de suite.

     


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  • L'empreinte de l'ange

    de Nancy Huston

    "Ch. b. à tt f. pour petit ménage, logée, sach. cuisiner." Saffie a vingt ans. Elle est allemande. À peine arrivée à Paris, elle répond à l'annonce du jeune musicien, Raphaël. Celui-là même qui lui ouvre la porte et qui reste médusé devant ces yeux de silence et cette présence-absence de la jeune femme. Amoureux, oui, déjà. Il lui propose le mariage quelques semaines plus tard. Elle accepte comme elle le fait de tout le reste : passivement. Son mutisme sec, pierreux, ne s'ébranle pas même à la naissance de leur fils. Il faut attendre LA rencontre, avec András, le luthier. Lui sait dialoguer avec le silence. En elle alors tombe la peur, comme une pluie ; se lève l'amour, comme le soleil... et fond le secret.
    Nancy Huston aime ses personnages. C'est pour cela sans doute que dès les premières lignes, on s'y attache avec une telle force. Comme dans Trois fois septembre (1989) ou La Virevolte (1994), elle rend admirablement dans L'Empreinte de l'ange (Grand Prix des Lectrices de Elle en 1998), et sans jamais juger, les passions, parfois dévastatrices, des êtres authentiques. --Laure Anciel --Ce texte fait référence à lédition Poche .

    Quatrième de couverture

    Paris, 1957. Saffie, vingt ans, arrive d'Allemagne. Rien ne semble lui donner l'envie de profiter de la vie. Elle s'éveille pourtant lorsqu'elle rencontre András, un juif hongrois émigré lui aussi. Ensemble, ils font face aux souvenirs, aux traumatismes que la guerre leur a fait subir à l'un comme à l'autre. Ce roman questionne l'Histoire, celle du passé, celle à venir, qui en découle. Il montre comment elle imprègne nos vies, sans distinction, sans récompense, et nous pousse subrepticement à toujours rester sur nos gardes.

    --> Bouleversante histoire construite par la féministe Nancy Huston. et ancrée à Paris entre 1957 et 1962, il y est question de migrants, d'Algérie, du génocide juif et surtout d'amour et de passion. J'ai été happée par les histoires de Saffie, Andras, Raphaël et Emil. Héritiers de leur histoire, chaque personnage suit sa propre logique, et on peut y croire. Comment vaincre ses peurs, sont-elles vaincues définitivement? On ne peut ignorer son passé. Qu'offre la passion? Cela peut-il durer?

    CITATIONS:

    - Dans chaque histoire d'amour fou il y a un tournant ; cela peut venir plus ou moins vite mais en général cela vient assez vite ; la plupart des couples ratent le tournant, dérapent, font un tonneau et vont s'écrabouiller contre le mur, les quatre roues en l'air.
    La raison en est simple : contrairement à ce qu'on avait cru pendant les premières heures, les premiers jours, tout au plus les premiers mois de l'enchantement, l'autre ne vous a pas métamorphosé. Le mur contre lequel on s'écrase après le tournant, c'est le mur de soi. Soi-même : aussi méchant, mesquin et médiocre qu'auparavant. La guérison magique n'a pas eu lieu. Les plaies sont toujours là, les cauchemars recommencent. Et l'on en veut à l'autre de ce qu'on n'ait pas été refait à neuf ; de ce que l'amour n'ait pas résolu tous les problèmes de l'existence ; de ce que l'on ne se trouve pas en fin de compte au Paradis, mais bel et bien, comme d'habitude, sur Terre.

    - Faut-il le lui dire? Après tout, se dit Andras, je pourrais m'inventer une autre autobiographie. Les compatriotes de Saffie n'auraient pas gazé les miens. Je n'aurais jamais eu de tantes ni d'oncles ne de grands-parents, chacun avec sa forme du nez, sa courbe du cou, sa couleur des yeux, ses rides de rire, les balles dans la nuque, le visage broyé sous des bottes... Je ne serais même pas d'origine hongroise, je ne m'appellerais pas Andras... Pourquoi lui dire ces choses là plutôt que d'autres? Sous prétexte qu'elles sont vraies? En quoi, au fond, cette vérité la concerne-t-elle? De quelles vérités se doit-on d'être au courant, et lesquelles peut-on se permettre d'ignorer? Puis-je me foutre de ce qui s'est passé ce matin, mais à l'autre bout du monde - ou alors ici même, mais en l'an mille? Saffie connaît-elle seulement le nom de Hiroshima? De quoi, se demande Andras, toujours dans la même fraction de seconde, a-t-on le droit de se foutre?


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  • d'Emily Brontë

    Là où la terre est sauvage et le vent glacial, là où les pentes sont hostiles, les esprits peuvent devenir rudes, tenaces. Ils peuvent aussi être incroyablement imaginatifs et poétiques.

    Enfant du Yorkshire, Emily Brontë se fait à la fois peintre réaliste, romancière gothique et poète du surnaturel dans cet ouvrage qui retrace, sur deux générations, les conséquences désastreuses d'un amour contrarié, celui d'Heathcliff et de Catherine. Elle y décrit à merveille la lande monochrome que seule la bruyère égaie ici et là, les marais dont l'humidité ronge les os et alourdit le coeur, les vents monotones et agressifs dont le sifflement effraie l'imagination. Elle dépeint avec véracité les tourments violents de la passion, de la vengeance et de la peur. Mais surtout, Emily Brontë démontre ses talents de composition, orchestrant sans dissonances les retours dans le temps, les intrusions de l'étrange et les changements de point de vue. Elle dévoile enfin la disposition romantique d'une jeune femme qui semble croire que le repos de l'âme ne se gagne qu'au terme d'une douloureuse errance. --Sana Tang-Léopold Wauters

     

    Présentation de l'éditeur

    Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l'ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, Heathcliff prépare une vengeance diabolique. Il s'approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage. La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu'au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste. Ce roman anglais, le plus célèbre du XIXe siècle à nos jours, a été écrit par une jeune fille qui vivait avec ses soeurs au milieu des landes de bruyère. Elle ne connut jamais cette passion violente ni cette haine destructrice. Elle imagina tout, même le fantôme de la femme aimée revenant tourmenter l'orgueilleux qui l'a tuée.

    Lecture à compléter par la bande dessinée:


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  • Le sel de la vie

    de Françoise Héritier

    Présentation de l'éditeur

     " II y a une forme de légèreté et de grâce dans le simple fait d'exister, au-delà des occupations, au-delà des sentiments forts, au-delà des engagements, et c'est de cela que j'ai voulu rendre compte. De ce petit plus qui nous est donné à tous : le sel de la vie". Dans cette méditation tout en intimité et en sensualité, l'anthropologue Françoise Héritier traque ces choses agréables auxquelles notre être profond aspire, ces images et ces émotions, ces moments empreints de souvenirs qui font le goût de notre existence, qui la rendent plus riche, plus intéressante que ce que nous croyons souvent et dont rien, jamais, ne pourra être enlevé à chacun.

    Biographie de l'auteur

    Auteur notamment des Deux Soeurs et leur mère et de Masculin/Féminin, Françoise Héritier est professeur honoraire au Collège de France, où elle a dirigé le Laboratoire d'anthropologie sociale. Elle a été directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales et présidente du Conseil national du sida.

    --> après avoir lu Le sel de la vie, on n'a qu'une envie: continuer la liste: sentir la chaleur du soleil à travers le pare-brise, frémir pendant toute la durée de l'éclipse, attendre patiemment le retour du libraire qui s'est absenté, s'évader en conduisant, recevoir une lettre, observer les oiseaux, manger des langoustines à la mayonnaise, croquer dans un abricot mûr, manger un kig ar farz avec de la sauce tomate, être client chez Histoire de chocolat à Brest, lécher ses doigts quand on prépare un gâteau au chocolat, faire une surprise, recevoir une surprise, regarder tomber la neige, entendre "je t'aime", cueillir des fraises, manger des framboises, choisir les petites routes plutôt que les autoroutes, rouler en 2CV, vivre quelques heures sans électricité, admirer un arc-en-ciel, écouter une chorale d'enfants, gravir des sommets, contempler la nature, réussir ses boutures, se présenter à un entretien, faire l'éloge de la lenteur, sentir l'odeur des vestiaires après un match, se présenter à un entretien, tondre la pelouse un jour de beau temps, passer une nuit dans la cité corsaire, sentir le foin, écouter France culture, choisir des épices, rendre service, manger des réglisses, écouter des paroliers francophones, retrouver son fils à la sortie de l'école, offrir un livre, annoncer à son garçon qu'il peut regarder le match de foot, recevoir les remerciements d'un élève, avoir des nouvelles d'un ancien élève, échanger sa maison...


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  • Les encombrants

    de Marie-Sabine Roger

    Présentation de l'éditeur

     Ils vivent seuls ou en maison de retraite ; ils parlent à leur animal de compagnie ou au téléphone, la plupart n’ont plus grand monde à qui parler. Ils ont en commun leur grand âge, une santé chancelante, et ce terrible et culpabilisant sentiment d’inutilité, comme d’encombrants meubles au rebut. Un recueil de nouvelles cinglantes et tendres, par l’auteur de La Tête en friche (Le Rouergue, 2008). Il y a cette mamie qui se réjouit de la venue de ses enfants et petits-enfants… qui ne resteront finalement pas pour le repas qu’elle aura mis la journée à préparer. Cette brave dame qui travaille en maison de retraite et donne de temps en temps des claques aux plus récalcitrants, aux plus capricieuses, pas de risques qu’ils se plaignent, ils ont trop besoin d’elle. Ce vieux monsieur qui se perd parfois en se promenant, et qu’on retrouve toujours plongé dans la contemplation d’un rosier. Cette centenaire dont l’anniversaire est célébré en grande pompe entre un député pressé et une équipe télé avide…

    Ils vivent seuls ou en maison de retraite ; ils parlent à leur animal de compagnie ou au téléphone, la plupart n’ont plus grand monde à qui parler. Ils ont en commun leur grand âge, une santé chancelante, et ce terrible et culpabilisant sentiment d’inutilité, comme d’encombrants meubles au rebut. Marie-Sabine Roger les évoque avec tendresse, avec bienveillance, sans pourtant épargner les plus acrimonieux mais surtout ceux qui sont autour : les égoïstes, les lâches, les profiteurs et les indifférents. Pleines d’humanité et de fraîcheur, ces nouvelles rendent dignité et reconnaissance aux vieilles personnes, rappelant qu’elles sont avant tout des personnes, simplement.
     

     Biographie de l'auteur

    Née en 1957 près de Bordeaux, Marie-Sabine Roger se consacre à l'écriture. Elle est notamment l'auteur du roman "La Tête en friche" (Le Rouergue, 2008), traduit dans une demi-douzaine de langues et adapté au cinéma par Jean Becker (2010, avec Gérard Depardieu et Gisèle Casadesus), et de "Vivement l'avenir" (Le Rouergue, 2010).

    --> 7 nouvelles très différentes les unes des autres. Tendres, caustiques, acerbes, délicates... chacune de ces nouvelles a sa personnalité, mais toutes parlent de la vieillesse, cette encombrante destinée qui nous concerne tous. Un petit livre rapidement avalé... qui demande un peu de temps à être digéré.

    - Eliette et Léonard --> Léonard assiste à l'agitation positive d'Eliette qui apprend que petits-enfant et arrières petits-enfants vont passer. Agitation qu'il accompagne de commentaires cyniques et de paroles répétitives, et pour cause... Léonard n'est pas celui qu'on croit.

    - Une garde de nuit --> tout ce qu'on n'aimerait jamais entendre sur le travail d'une aide soignante en maison de retraite...

    - Son père --> Une écriture moins directe, avec des sous-entendus, plus emprunte de vécu, peut-être.

    "Son père est en maison de retraite. Il va fêter ses quatre-vingt-neuf ans.
    Elle craint de le revoir. Elle le retrouve un peu plus faible, à chaque fois. Il diminue, il se dissout, par degrés infimes, subtils. Il jaunit, il se parchemine. Les voici presque aux derniers jours. Le temps pour s'aimer se fait court."

    - On n'a pas tous les jours cent ans --> Une centenaire, dans une maison de retraite, ça se fête et ça se montre. Le Maire et les télévisions sont là.

    - Rose thé --> Une femme dans la maison de sa mère décédée, un vieil homme qui se perd dans son jardin, auquel elle offre une rose. Et le fils de l'homme qui vient le chercher. Deux enfants face à la vieillesse de leur parent.

    - Vic --> Un vieil homme auquel on a collé un chien de compagnie, mais l'homme n'aime pas le chien. Le chien s'échappe et meurt.

    "Quoi, son âge? qu'on ne vienne pas l'emmerder avec ça. Soixante-dix-neuf ans aux jonquilles, et alors? Bon pied, bon oeil et bon coup de gachette.
    Et puis un chien, ça ne remplace pas une épouse, ça non! Ca soupire pareil, peut-être, mais ça ne fait pas les repas, ça ne tient pas la maison, ni le linge, ni rien. Ca lui coûte en croquettes, en véto. Même si ça ne parle pas - et c'est tant mieux! - pour faire des reproches, un chien, on a beau dire, c'est surtout du désagrément."

    - Comment fait-elle?


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  • Rosa candida

    de Audur Ava Olafsdottir

    Présentation de l'éditeur

     Une étreinte furtive avec Anna, un bout de nuit, et Arnljotur s'est retrouvé père d'une petite fille. A vingt-deux ans, il abandonne sa famille et quitte sa terre d'Islande, avec dans ses bagages, quelques boutures de Rosa candida, une rose à huit pétales qu'il cultivait avec sa mère. Il part redonner vie à une roseraie à l'abandon dans un monastère gardé par un moine cinéphile. Un jour, Anna réapparaît pour lui confier sa fille, Flora Sol. Et si l'amour pouvait naître?

    Biographie de l'auteur

    Audur Ava Olafsdottir est née en 1958 à Reykjavík. Elle a fait des études d'histoire de l'art à Paris et est actuellement maître assistante d'histoire de l'art à l'Université d'Islande ainsi que directrice du Musée de l'université. Rosa candida est son troisième roman et le premier traduit en français.

    Résumé éditeur 1ère édition

    Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s'en rendre compte les dernières paroles d'une mère adorée. Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C'est là qu'Arnljótur aura aimé Anna, une amie d'un ami, un petit bout de nuit, et l'aura mise innocemment enceinte. En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d'Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile.

     -->C'est une sorte de roman initiatique où les évènements ne se succèdent pas à l'ordinaire. Le narrateur poursuit une quête personnelle, accepte la vie telle qu'elle se présente. Les paysages d'Islande, son pays qu'il a quitté sont omniprésents. Il découvre la vie de père, d'amant avec un faux flegme qui nous interroge. Un très beau roman.
    Le portrait de ce jeune homme est touchant. Son amour pour les fleurs aussi, comme sa fausse insensibilité pour mère et fille.

    Citations:

    - Je pourrais assurément me demander, tout comme elle, si je ne suis peut-être pas assez porté sur les femmes. Je peux bien tenir une femme dans mes bras pendant la moitié d’une nuit, mais je ne suis pas sûr de pouvoir la protéger contre ce qu’elle redoute. Les filles ont en général bien plus de choses à dire que moi, elles parlent de leur relation avec le grand-père dont elles étaient les chouchoutes, racontent qu’il leur a appris à jouer aux échecs et qu’il les emmenait au concert avant de tomber malade du cancer de la prostate. Elles vont parfois évoquer quelque événement dramatique, survenu dans leur famille, éventuellement au siècle dernier, si rien de tragique en dehors de la mort du grand-père, et parfois de la grand-mère peu après, ne s’est passé au cours des dernières années. Les femmes ont une très longue mémoire et sont sensibles à l’effet des choses singulières qui se sont produites dans leur famille au cours des deux cents dernières années ; après quoi elles vont jusqu’à essayer de me relier à leurs racines historiques. J’aurais bien du mal à me présenter de la sorte à qui que ce soit, même s’il est tout à fait envisageable de coucher avec une fille.

    - Chaque fois que papa a besoin de donner du poids à ses paroles, il tire maman de sa tombe pour l'appeler en renfort.

    - On pense à la mort. Quand on a eu un enfant, on sait qu'on mourra un jour.

    - Etre un homme, c'est pouvoir dire à une femme de ne pas se faire de soucis superflus

    - Il faut regarder la souffrance dans les yeux pour pouvoir partager celle de ceux qui souffrent.


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  • Mon vieux et moi

    de Pierre Gagnon

    Présentation de l'éditeur

     

    "Léo est devenu vieux. Les vieux oublient, s'étouffent, font répéter, voient trouble, tombent, n'en veulent plus, en veulent encore, ne dorment plus la nuit, dorment trop le jour, font des miettes, oublient de prendre leurs médicaments, nous engueulent tant qu'on serait tenté de les engueuler à notre tour, pètent sans le savoir, répondent quand on n'a rien demandé, demandent sans attendre de réponse, échappent puis répandent, ont mal, rient de moins en moins, gênent le passage, s'emmerdent, souhaitent mourir et n'y parviennent pas..." À la retraite, le narrateur décide d'adopter Léo, 99 ans, que rien ne prédestinait à venir s'installer chez lui. C'est le début d'une grande aventure, faire de tour petits riens. De silences qui veulent dire beaucoup, de tendresse, de rires pour conjurer le déclin... Mon vieux et moi, est-ce que ça peut durer toujours, comme dans les romans d'amour ? 

    Biographie de l'auteur

    Pierre Gagnon est né en 1957 à Arthabaska. Il vit à Québec depuis 1960. D'abord musicien, il publie en 2005 5-FU (éditions L'Instant mème), qui s'élève en haut du palmarès des meilleures ventes au Québec. Mon vieux et moi est son quatrième livre.

    --> C'est plus une nouvelle qu'un roman. Une histoire tendre entre 2 hommes. Un portrait de la vieillesse avec un condensé de vérités.

    Citations:

    Léo est devenu vieux. Les vieux oublient, s'étouffent, font répéter, voient trouble, tombent, n'en veulent plus, en veulent encore, ne dorment plus la nuit, dorment trop le jour, font des miettes, oublient de prendre leurs médicaments, nous engueulent tant qu'on serait tenté de les engueuler à notre tour, pètent sans le savoir, répondent quand on n'a rien demandé, demandent sans attendre de réponse, échappent puis répandent, ont mal, rient de moins en moins, gênent le passage, s'emmerdent, souhaitent mourir et n'y parviennent pas... (p. 49).

    Je ne connais presque rien de Léo et j'ai réussi à l'aimer. Je suis fier de moi.Bientôt, il me faudra le rendre. Il me semble que l'on ne fait que ça de notre vivant, abandonner ceux qu'on aime.

    - Souvent, il m’aide à prendre des décisions. Par exemple, lorsque j’hésite entre une émission télévisée plutôt qu’une autre, je lui cède la télécommande et il éteint, tout simplement.

    - Un jour, Léo m'avait demandé :
    - Si tu l'aimes, pourquoi tu la prends pas avec toi, ta tante ? Tu serais pas obligé de faire tout ce trajet ...
    Depuis, chaque matin, seul devant la glace, cette question revenait me visiter.

    - Maintenant, Léo entame une période de rébellion. Dès que je l'installe devant la fenêtre, le reflet de sa propre image le trouble et il se met à engueuler le type qu'il voit.

    - Il attend quelqu’un… plus tard devant l’évidence que personne ne viendra, il se remet en route pour sa chambre ou la salle de bains. Voilà, c’est tout.Ca s’appelle vieillir. Jamais on ne raconte ces choses là, bien sûr.Ca n’intéresse personne.

     

     


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  • Le poids des secrets Pentalogie

    de Aki Shimazaki

    Présentation de l'éditeur

    Dans une lettre laissée à sa fille après sa mort, Yukiko, une survivante de la bombe atomique, évoque les épisodes de son enfance et de son adolescence auprès de ses parents, d'abord à Tokyo puis à Nagasaki. Elle reconstitue le puzzle d'une vie familiale marquée par les mensonges d'un père qui l'ont poussée à commettre un meurtre.
    Obéissant à une mécanique implacable qui mêle vie et Histoire, ce court premier roman marie le lourd parfum des camélias (tsubaki) à celui du cyanure. Sans céder au cynisme et avec un soupçon de bouddhisme, il rappelle douloureusement que nul n'échappe à son destin.

    Biographie de l'auteur

    Née au Japon, Aki Shimazaki vit à Montréal depuis plus de dix ans. Tsubaki est le premier volet de sa pentalogie Le Poids des secrets, qui comprend également Hamaguri, Tsubame, Wasurenagusa et Hotaru (tous publiés par Leméac/Actes Sud). Elle a remporté le prix Ringuet de l'Académie des lettres du Québec pour Hamaguri et le prix Canada-Japon pour Wasurenagusa.

    --> 5 tomes pour une même histoire racontée de 5 points de vue. Au coeur de cette histoire, un secret: un homme qui a eu deux enfants de deux femmes. Deux enfants du même âge: Yukiko et Yukio. Chaque tome est très court, se lit en moins de 2 heures. Ils sont écrits de manière poétique et pudique et nous proposent aussi une lecture de l'histoire japonaise: la colonisation de la Corée, les bombes atomiques et la guerre, vue du Japon avec le recul du temps.

    --> Tome 1, Tsubaki - l'histoire vue par Yukiko, où l'on découvre l'existence d'un demi-frère de quelques semaines son ainé.

    --> Tome 2, Hamaguri (= palourde japonaise)- le récit de Yukio, l'enfant illégitime nous fait revivre l'amitié et l'mour qui lie Yukio et Yukiko, et d'un point de vue historique nous situe la position des japonais dans la seconde guerre mondiale.

    --> Tome 3,Tsubame (= hirondelle) - le récit de Mariko, la mère de Yukio nous fait revenir au Japon des années 20 et du terrible tremblement de terre de 1921 lorsqu'elle a été séparée de sa mère et le récit s'achève lorsque Mariko est grand-mère. C'est le statut des migrants coréens qui occupe la place principale du roman, la poids de l'hérédité, la place du nom, la valeur de l'héritage d'une histoire familiale. L'exil, la migration (l'hirondelle) sont au coeur du récit.

    --> Tome 4, Wasurenagusa (=myosotis - Ne m'oubliez pas) - Le récit de Kenji Takahashi. Stérile, héritier d'une grande lignée, il décide de vivre sa vie après un court mariage raté. C'est ainsi qu'il épouse Mariko et adopte Yukio. Dans ce tome, on découvre que l'histoire de Kenji est elle aussi lourde de secrets, passés sous silence par ses parents. On songe au phénomène sociologique et psychologique de reproduction puisqu'il est finalement lui aussi "d'origine douteuse"!
    Kenji est un personnage très attachant de cette "saga": il est tolérant avec les autres, fort dans ses échecs, entier dans l'affection qu'il offre.

    --> Tome 5, Hotaru (= Luciole) - Point d'orgue de cette pentalogie, le récit gagne encore en puissance. Tsubaki, petite fille de Mariko recueille sa confession: celle du tome 3 n'était pas complète. On termine cette série en pensant que chacun porte son secret. Il faut lire les 5 tomes, ce dernier manquerait à l'édifice. Jeunes filles, ne tombez pas dans l'eau sucrée...


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  • Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

    de Harper Lee

    Présentation de l'éditeur

     Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. Celui-ci risque la peine de mort. Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 - au cœur de la lutte pour les droits civiques -, connut un tel succès et reçut le prix Pulitzer en 1961. Il ne suffit pas en revanche à comprendre pourquoi ce roman est devenu un livre-culte aux Etats-Unis et dans bien d'autres pays, pourquoi, lors d'une enquête réalisée aux Etats-Unis en 1991, sur les livres qui ont changé la vie de leurs lecteurs, il arrivait en seconde position, juste après la Bible. La vérité est que, tout en situant son histoire en Alabama à une époque bien précise, Harper Lee a écrit un roman universel sur l'enfance confrontée aux préjugés, au mensonge, à la bigoterie et au mal. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cet ouvrage tient du conte, de la court story et du roman initiatique. " Il a la légèreté et le poids que recherche le véritable amateur de roman et cette vertu si rare de pouvoir être lu à tout âge, quelle que soit l'éducation qu'on ait reçue, de quelque pays que l'on vienne, à quelque sexe que l'on appartienne. On y trouvera nécessairement un univers communiquant avec le sien par le miracle de l'écriture et de l'enfance ", écrit Isabelle Hausser dans la postface qu'elle a rédigée pour ce livre.

    Biographie de l'auteur

    Harper Lee est née en 1926 à Monroeville, Alabama. Elle entreprit des études de droit qu'elle abandonna pour écrire. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, adapté au cinéma l'année suivante ce roman fait partie des plus grands best-sellers du XXe siècle. En dépit de son succès, Harper Lee n'a plus jamais rien publié et a choisi de vivre dans un quasi-anonymat entre New York et Monroeville.

     --> Situé dans les années 30 en Alabama, ce roman est un récit d'enfance. Raconté avec les doutes, les certitudes qu'un enfant de 6 à ---- ans peut construire à partir des éléments qu'il est capable de percevoir, avec toute son intelligence. Parce que Scout est une petite fille intelligente qui bénéficie de l'éducation d'un papa hors norme qui n'a de cesse de lui transmettre ses valeurs. Des valeurs d'humanité, de tolérance, d'écoute et de respect des autres, de compréhension, d'empathie... Les "belles paroles" d'Atticus arrivent toujours de manière argumentées et évidentes. C'est un roman agréable à lire qui dresse un tableau d'une Amérique à cette époque. Un roman à mettre en réseau avec "La couleur des sentiments" de Kathryn Stockett.

    Citations:

    --> Quand Calpurnia arriva, elle dit que ça tiendrait. En allant dans le jardin, nous vîmes qu'il était couvert d'une mince couche de neige molle.
    - On ne devrait pas marcher dessus, observa Jem. Regarde, comme chacun de tes pas l'abîme.
    Je me retournai pour regarder l'espèce de bouillie formée par mes empreintes. Jem dit que si nous attendions qu'il soit tombé un peu plus de neige, nous pourrions en faire un tas et, avec lui, un bonhomme de neige. Je sortis la langue pour attraper un gros flocon. Il me brûla.
    - Jem! C'est chaud!
    - Mais non, c'est tellement froid que ça brûle, au contraire! N'en mange pas, Scout, tu vas la gaspiller. Laisse-la tomber.
    - Mais j'ai envie de marcher dessus.
    - Je sais. On pourrait aller faire un tour chez Miss Maudie.
    Il traversa l'avant du jardin en sautillant. Je le suivis en mettant mes pieds dans ses empreintes.

    Jusqu'au jour où je craignis que cela me fut enlevé, je ne m'étais jamais rendu compte que j'aimais lire. Pense-t-on que l'on aime respirer ?

    - Je préfererais que vous ne tiriez que sur des boîtes de conserves, dans le jardin, mais je sais que vous allez vous en prendre aux oiseaux. Tirez sur tous les geais bleus que vous voudrez, si vous arrivez à les toucher, mais souvenez-vous que c'est un péché que de tuer un oiseau moqueur.
    Ce fut la seule fois où j'entendis Atticus dire qu'une chose était un péché et j'en parlai à Miss Maudie.
    - Ton père a raison, dit-elle. Les moqueurs ne font rien d'autre que de la musique pour notre plaisir. Ils ne viennent pas picorer dans les jardins des gens, ils ne font pas leurs nids dans les séchoirs à maïs, ils ne font que chanter pour nous de tout leur coeur. Voilà pourquoi c'est un péché de tuer un oiseau moqueur.

    - T'en fais pas, Scout. Notre professeur prétend que Miss Caroline expérimente une nouvelle méthode d'enseignement qu'elle tient de son école d'instituteurs. Bientôt, toutes les classes en bénéficieront. On n'aura plus besoin d'apprendre grand chose dans les livres - un peu comme si pour connaître les vaches, on allait en traire une, tu saisis?

    - Le problème de mes vêtements rendait tante Alexandra fanatique. Je ne pourrais jamais être une dame si je portais des pantalons ; quand j'objectais que je ne pourrais rien faire en robe, elle répliqua que je n'étais pas sensée faire des choses nécessitant un pantalon. La conception qu'avait tante Alexandra de mon maintien impliquait que je joue avec des fourneaux miniatures, des services de thé à poupées, que je porte le collier qu'elle m'avait offert à la naissance - auquel on ajoutait peu à peu des perles ; il fallait en outre que je sois le rayon de soleil qui éclairait la vie solitaire de mon père. Je fis valoir qu'on pouvait être un rayon de soleil en pantalon, mais Tatie affirma qu'il fallait se comporter en rayon de soleil, or, malgré mon bon fond, je me conduisais de plus en plus mal d'année en année. Elle me blessait et me faisait constamment grincer des dents, mais, quand j'en parlais à Atticus, il me répondit qu'il y avait déjà assez de rayons de soleil dans la famille et que je n'avais qu'à continuer à vivre à ma façon, peu lui importait la manière dont je m'y prenais.

    - Je n'ai jamais compris son obsession de l'hérédité. Pour moi, les gens bien étaient ceux qui faisaient de leur mieux en fonction de leur intelligence, mais, sans l'exprimer ouvertement, tante Alexandra semblait penser que plus une famille avait passé de temps sur une propriété, meilleure elle était.

    - Ce n'est pas parce qu'on est battu d'avance qu'il ne faut pas essayer de gagner.

    - Atticus disait parfois que le meilleur moyen de vérifier si un témoin mentait ou disait la vérité consistait à l'écouter au lieu de le regarder.

    - Tu ne comprendras jamais aucune personne tant que tu n'envisageras pas la situation de son point de vue.

    - Une salle d'audience est le seul endroit où un homme a le droit à un traitement équitable, de quelque couleur de l'arc-en-ciel que soit sa peau, mais les gens trouvent le moyen d'apporter leurs préjugés dans le box du jury.

    - Vois-tu, Scout, il se présente au moins une fois dans la vie d'un avocat une affaire qui le touche personnellement. Je crois que mon tour vient d'arriver. Tu entendras peut-être de vilaines remarques dessus, à l'école, mais je te demande une faveur : garde la tête haute et ne te sers pas de tes poings. Quoi que l'on dise, ne te laisse pas emporter. Pour une fois, tâche de te battre avec ta tête ... elle est bonne, même si elle est un peu dure. - On va gagner, Atticus ? - Non, ma chérie. - Alors pourquoi ... - Ce n'est pas parce qu'on est battu d'avance qu'il ne faut pas essayer de gagner.

    - C’est quoi un métis ?
      Un enfant à moitié blanc, à moitié noir … ils sont tristes
     Pourquoi tristes ?
      Parce qu’ils n’appartiennent à aucune communauté. Les gens de couleur n’en veulent pas parce qu’ils sont à moitié blancs ; les Blancs n’en veulent pas parce qu’ils sont de couleur.

    -Avant de vivre en paix avec les autres, je dois vivre en paix avec moi-même. La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l’individu.

    - Une salle d'audience est le seul endroit où un homme a e droit à un traitement équitable, de quelque couleur de l'arc-en-ciel que soit sa peau, mais des gens trouvent le moyen d'apporter leurs préjugés dans le box du jury. En grandissant, tu verras des Blancs tromper des Noirs tous les jours de ta vie, alors n'oublei pas ce que je vais te dire: lorsqu'un homme Blanc se comporte ainsi avec un Noir, quels que soient son nom, ses origines et sa fortune, cet homme blanc est une ordure.


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  • La couleur des sentiments

    de Kathryn Stockett

    Présentation de l'éditeur

    En 1962, à Jackson, Mississipi, chez les Blancs, ce sont les Noires qui font le ménage et élèvent les enfants. Sans mot dire, sous peine de devoir prendre la porte. Est-ce le cas de Constantine, l’employée des Phelan, dont on n’a plus aucune nouvelle ? Mais franchement, qui s’en soucierait ? Ses amies, Minny et Aibileen, et surtout Skeeter, la propre fille des Phelan. La jeune étudiante blanche et les deux employées noires vont lier une alliance imprévisible pour « comprendre ». Passionnant de bout en bout, La Couleur des sentiments a déjà conquis plus de deux millions de lecteurs, dont Steven Spielberg qui en a acquis les droits.

    -> 3 narratrices pour ce récit situé dans le Mississipi des années 60. 2 bonnes et une Blanche, pour raconter la vie des noires au service des Blanches. Derrière une apparente simplicité, le récit est plein de finesse. Le dénouement, assez attendu, n'en est pas moins fort. Un beau livre.
    Il y est fait référence (au moins à 3 reprises) à "Tirez pas sur l'oiseau moqueur/Harper Lee", que plusieurs des personnages du livre ont lu. Un livre à mettre en réseau, et que j'ai hâte de lire à la suite. (Publié en 1960, l'intrigue se situe dans l'Alabama)

     Citations:

    - Ce mot de vérité... depuis l'âge de 14 ans j'essaie de dire la vérité aux Blanches de mon travail chez elles. "On veut rien changer ici", dit Aibileen, puis on se tait toutes les deux en pensant à toutes ces choses qu'on veut pas changer. Puis Aibileen me regarde bien en face et elle dit: "Alors. Ca te paraît complètement fou comme idée?"

    - Les femmes, c'est pas comme les hommes. Une femme vous battra pas à coups de batons. Miss Hilly prendra jamais un pistolet pour me tirer dessus. Miss Leefolt viendra pas mettre le feu à ma maison. Non, elles veulebt se garder les mains propres, les Blanches. Alors, elles ont une trousse de petits outils brillants et coupants comme les ongles de sorcières, bien propres et bien rangés comme sur les tablettes de dentiste. Et quand elle s'en servent, elles prennent tout le temps. [...] la Blanche oublie jamais. Elle continuera tant que vous serez pas morte.

    - "Un jour, un Martien plein de sagesse descendit sur la Terre pour nous apprendre une ou deux choses.
    - Un Martien? Grand comment?
    -Oh, environ deux mètres.
    - Comment il s'appelait?
    - Martien Luther King."

     

    - Je reste avec les yeux au plafond parce que ça, c'est un choc auquel je pourrai jamais m'habituer, même si j'y ai déjà eu droit avec les quatre autres. Le jour où votre enfant vous dit qu'il vous déteste, et ils passent tous par là, c'est comme un grand coup de pied dans le ventre.

     

    - J'ai jamais vu une chose pareille de ma vie. Il y en a des dizaines. Des cuvettes de toilettes! Au beau milieu de la pelouse de Miss Hilly. De toutes les formes et de toutes les tailles. Des bleues, des roses, des blanches... Avec ou sans lunette, avec ou sans réservoir pour la chasse d'eau. Des modernes, des vieilles avec la chaîne. On dirait presque une foule de gens, à voir comment certaines se parlent avec leur lunette relevée pendant que les autres écoutent avec leur lunette rabattue.

    - Tous les après-midi on s'assoit dans le fauteuil à bascule, Baby Girl et moi, pour qu'elle fasse sa sieste. Je lui dis, tu es gentille, tu es intelligente, tu es importante. Mais elle grandit et je sais que bientôt, ces mots-là suffiront pas.
    "Aibi ? Tu me lis une histoire ?" Je cherche dans le livre celle que je vais lire. Je peux pas lire une fois de plus Georges le petit Curieux parce qu'elle veut plus l'entendre. Pas plus que Chicken Little ou Madeline. Alors on se balance un moment dans notre fauteuil. Mae Mobley pose la tête sur mon uniforme. On regarde le pluie qui tombe dans un reste d'eau au fond de la piscine en plastique vert. Je dis une prière pour Myrlie Evers. J'aurais voulu pouvoir m'absenter pour assister aux funérailles. Je pense à son fils de dix ans. Quelqu'un m'a dit qu'il avait pleuré en silence du début à la fin. Je me balance et je prie, je suis affreusement triste, et tout à coup, je ne sais pas comment, les mots me viennent.
    "Il était une fois deux petites filles. L'une avait la peau noire, l'autre la peau blanche." Mae Mobley lève les yeux vers moi. Elle écoute. "La petite fille noire dit à la petite fille blanche : "Pourquoi as-tu la peau si claire ? " La petite fille blanche répondit : "Je n'en sais rien. Pourquoi ta peau est-elle si noire ? A ton avis qu'est-ce que ça veut dire ?" Mais aucune de ces petites filles ne connaissaient la réponse. Alors la petite blanche dit : "Et bien, voyons. Tu as des cheveux, j'ai des cheveux". J'ébouriffe un peu les cheveux de Mae Mobley. La petite fille noire dit: "J'ai un nez , tu as un nez. " Je lui pince doucement le nez. Elle tend la main et fait pareil. La petite fille blanche dit : "Tu as des doigts de pied, j'ai des doigts de pied". et je chatouille les doigts de pied de Mae Mobley, mais elle peut pas me faire la même chose parce que j'ai mes chaussures de travail blanches. "Donc, on est pareilles! On est pas de la même couleur et c'est tout" dit la petite fille noire. La petite fille blanche dit qu'elle est d'accord et elles deviennent amies. Fin".
    Baby girl se contente de me regarder. Seigneur c'était une histoire triste ou je ne m'y connais pas. Même pas une histoire d'ailleurs, il ne s'y passe rien. Mais Mae Mobley sourit et elle dit :" Raconte là encore". Alors je recommence. La quatrième fois, elle s'endort. Je lui dis doucement à l'oreille : " J'en aurais une meilleure la prochaine fois.



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  • Demain j'arrête!

    deGilles Legardinier

    4ème de couverture:

    Comme tout le monde, Julie a fait beaucoup de trucs stupides. elle pourrait raconter la fois où elle a enfilé un pull en dévalant les escaliers, celle où elle a tenté de réparer une prise électrique en tenant les fils entre ses dents, ou encore son obsession pour le nouveau voisin qu'elle n'a pourtant jamais vu -obsession qui lui a valu de se coincer la main dans sa boîte aux lettres  en espionnant un mystérieux courrier...

    Mais touut cela n'est rien, absolument rien, à côté des choses insensées qu'elle va tenter pour approcher cet homme dont elle veut désormais percer le secret. Poussée par une inventivité débridée, à la fois intriguée er attirée par cet inconnu à côté duquel elle vit mais dont elle ignore tout, Julie va prendre des risques toujours plus délirants, jusqu'à pouvoir enfin trouver la réponse à cette question qui révèle tellement : pour qui avons-nous fait le truc le plus idiot de notre vie ?

    Biographie de l'auteur

    Avec cette première comédie, Gilles Legardinier, déjà remarqué pour ses deux thrillers L'exil des Anges et Nous étions les hommes, révèle une nouvelle facette d'une imagination qui n'a pas fini de surprendre. Drôle, percutant, terriblement touchant, son nouveau roman confirme ce que tous ceux qui ont lu un de ses livres savent déjà : Gilles a le don de raconter des histoires originales qui nous entraînent ailleurs tout en fraisant résonner notre nature la plus intime. Voici un livre qui f ait du bien !

    --> Un petit moment de détente, j'ai ri, mais... il manque un petit quelque chose pour que je le recommande. Ce qui m'a le plus étonnée, c'est que ce roman soit écrit par un homme. C'est une narratrice, et pendant toute la lecture j'étais étonnée que ce soit un homme qui écrive. Et finalement, à la fin du roman, cela crève les yeux: tout dans l'histoire de Julie met en avant un homme "taiseux", et largement excusable pour ses secrets. Une écriture au service des hommes tout compte fait.


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  • Eux sur la photo

    de Hélène Gestern

    Présentation de l'éditeur

     Une petite annonce dans un journal comme une bouteille à la mer. Hélène cherche la vérité sur sa mère, morte lorsqu’elle avait trois ans. Ses indices : deux noms et une photographie retrouvée dans des papiers de famille, qui montre une jeune femme heureuse et insouciante, entourée de deux hommes qu’Hélène ne connaît pas. Une réponse arrive : Stéphane, un scientifique vivant en Angleterre, a reconnu son père. Commence alors une longue correspondance, parsemée d’indices, d’abord ténus, puis plus troublants. Patiemment, Hélène et Stéphane remontent le temps, dépouillant leurs archives familiales, scrutant des photographies, cherchant dans leur mémoire. Peu à peu, les histoires se recoupent, se répondent, formant un récit différent de ce qu’on leur avait dit. Et leurs découvertes, inattendues, questionnent à leur tour le regard qu’ils portaient sur leur famille, leur enfance, leur propre vie. Avec Eux sur la photo, Hélène Gestern nous livre une magnifique réflexion sur le secret de famille et la mémoire particulière que fixe la photographie. Elle suggère que le dévoilement d’éléments inconnus, la résolution d’énigmes posées par le passé ne suffisent pas : ce qui compte, c’est la manière dont nous les comprenons et dont nous acceptons qu’ils modifient, ou pas, ce que nous sommes.

     Biographie de l'auteur

    Hélène Gestern vit et travaille à Nancy. Eux sur la photo est son premier roman.

    --> Coup de coeur pour ce roman qui mêle la correspondance et les secrets de famille. Chaque chapitre est introduit par la description d'une photographie. Hélène et Stéphane engagent une correspondance à la recherche d'un passé secret qui les relie. La correspondance qu'ils engagent nous tient en haleine. L'écriture est agréable.


    Citations:

    - "Oui, il est insupportable de ne pas savoir ; ce silence familial est un poison qui contamine tout ce qu’il touche, nos rêves, nos peurs, nos vies d’adultes. Et il finit par nous replier autour de de nos questions trente ou quarante ans après."

    - "La photographie a fixé pour toujours trois silhouettes en plein soleil, deux hommes et une femme. Ils sont tout de blanc vêtus et tiennent une raquette à la main. La jeune femme se trouve au milieu : l’homme qui est à sa droite, assez grand, est penché vers elle, comme s’il était sur le point de lui dire quelque chose. Le deuxième homme, à sa gauche, se tient un peu en retrait, une jambe fléchie, et prend appui sur sa raquette, dans une posture humoristique à la Charlie Chaplin. Tous trois ont l’air d’avoir environ trente ans, mais peu être le plus grand est-il un peu plus âgé. Le paysage en arrière-plan, que masquent en partie les volumes d’une installation sportive, est à la fois alpin et sylvestre : un massif, encore blanc à son sommet, ferme la perspective en imprimant sur la scène une allure irréelle de carte postale.

    Tout, dans ce portrait de groupe, respire la légèreté et l’insouciance mondaine."

    - "Comme il est ironique de penser, en attendant, que la suite de nos recherches dépend des souvenirs improbables d’un homme au cerveau en partie mort et d’une vieille femme à la mémoire dévastée. Curieuse allégorie de ce présent que nous ressuscitons de ses ruines de papier, une photo après l’autre"

     

     


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  • La fille de son père

    de Anne Berest

    Présentation de l'éditeur

    Trois soeurs que la vie a éloignées se retrouvent chez leur père pour fêter l’anniversaire de l’aînée, Irène. Au cours du dîner, la tension monte entre les trois jeunes femmes et leur belle-mère, Catherine, qu’elles détestent. Le repas vire au règlement de compte jusqu’à ce que Catherine révèle un lourd secret de famille : Irène ne connaîtrait pas son vrai père.

    Biographie de l'auteur

    Anne Berest est née en 1979. Elle rejoint l’équipe du Théâtre du Rond-Point et fonde Les Carnets du Rond-Point dont elle est la rédactrice en chef. La Fille de son père est son premier roman.

    --> Irène pense qu'elle est l'enfant illégitime sous-entendu par Catherine. Le lecteur se doute bien qu'il s'agit en fait de la narratrice. Ce qui m'a frappé, c'est cette place un peu transparente que s'accorde la narratrice en s'attardant sur les autres. Elle traverse la vie des autres comme un fantôme, parle des gestes, des incidents des autres. Bien peu des siens.Beaucoup de passages méritent d'être cités. Si le roman ne m'a pas apporté beaucoup de surprises, j'ai plutôt apprécié la réaction de l'avocat, qui n'allait pas dans le sens que je pensais.

    Citations:

    - l faudrait pouvoir, à l'aide d'un filtre magique ou d'une visionneuse interne, remonter le temps et se revoir, avant. Se souvenir de ce que nous pensions alors, de nos impressions, mais avec la prescience des événements à venir, afin de ne pas oublier certains détails que nous regretterons, plus tard, d'avoir négligés au profit de futilités qui occupaient nos esprits et nous semblaient, alors, de la plus haute importance - et que nous avons, depuis, évidemment oubliées.

    - Les pères qui n'ont que des filles, comme les mères qui n'ont que des fils, restent pour toujours des rois et des reines absolus. Quelque chose en eux résiste, qui ne se dissout pas dans la progéniture.

    - Il y avait chez eux* des produits qui n'existaient pas ailleurs. Des savons écaillés qui trempaient dans un jus marronnâtre, des granules d'arnica, des boîtes de nourriture qu'on ne voyait jamais dans nos supermarchés, c'était comme aller dans un pays étranger, la vieillesse.

     


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  • Le mec de la tombe d'à côté

    de Katarina Mazetti

    Présentation de l'éditeur

     

    Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d'à côté, dont l'apparence l'agace autant que le tape-à-l'œil de la stèle qu'il fleurit assidûment. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s'en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d'autodérision. Chaque fois qu'il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis... C'est le début d'une passion dévorante. C'est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d'amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures.
     

     

    Biographie de l'auteur

    Née en 1944, Katarina Mazetti est journaliste à la radio suédoise. Auteur de livres pour la jeunesse et de romans pour adultes, elle a rencontré un succès phénoménal avec Le Mec de la tombe d'à côté, traduit en de nombreuses langues. Son œuvre est publiée en France par les éditions Gaia.

    --> Un roman frais, non dénué d'humour, éclairé des différences culturelles, de ce qui nous fait autre. Un livre que je recommande.

    Citations:

    - J'en étais sûr. Elle a tout l'air de quelqu'un qui lit sans arrêt de son plein gré. De gros livres, avec des petits caractères et sans images.

    - Réparer des bulles de savon éclatées et faire sourire des poupées de chiffon ça peut prendre du temps.

    - Nos opinions s'accordaient comme deux aiguilles qui tricotent le même pull, et nous contemplions avec ravissement le motif qui apparaissait.

    - Il nous est arrivé de louer une cassette vidéo. C'est à dire, on ne loue pas un film, on ne réussit jamais à se mettre d'accord sur le choix. On en loue toujours deux. Ensuite elle va chercher son fourre tout fleuri pendant mon film, et moi je m'endors pendant le sien. On va aussi bien ensemble que la merde et les pantalons verts, comme disait mon grand-père. Et je ne veux pas que ça s'arrête. A chaque jour suffit sa peine, je n'aurai qu'à apprendre à faire avec.

    - Jamais un point de croix ne franchira ma porte, et il est probable qu'un Käthe Kollwitz ne franchira la sienne..(paroles de Désirée)
    Je devrais peut-être lui faire cadeau de quelques broderies de maman (paroles de Benny)
    Elle ne sait même pas préparer des boulettes de viande, ai-je dit.Elle sait seulement lire des livres et parler des théories d'un certain Lacong.( paroles de Benny)

    -Et je me suis attaquée à la mission d'être une Epouse Epanouie. Au bout de six mois nous avions un mariage aussi confortable qu'une paire de pantoufles qui s'est faite à vos pieds. Nous partagions de façon solidaire les dépenses et les tâches ménagères, nous donnions des diners pour nos collègues avec du demestica bien frais et de la veritable feta bulgare, nous décapions des meubles chinés chez les brocanteurs et chacun découpait des articles de journaux qui pouvaient interesser l'autre.Notre vie dans le lit double était un peu problèmatique et nous étions d'accord pour mettre cela sur le compte de mon enfance pauvre du point de vue sensuel. Orjan se donnait beaucoup de peine avec des préludes qui ne duraient jamais moins d'une demi-heure et moi , je restais sèche comme du papier de verre numéro 5, c'est dire si nous grincions.

     


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  • Elle fait les galettes, c'est toute sa vie

    de Karine Fougeray

     --> C'est un petit recueil de courtes nouvelles écrites par une malouine. Chacune d'entre elle est délectable, l'auteure a le sens des métaphores, légères, gaies, non dénuées d'humour. Elle parleront aux bretons et aux amoureux de la Bretagne, sans aucun doute. Aux autres aussi sûrement.

    Citations...

    - Sur la cale: "La porte couine et quelqu'un qui n'est pas du coin entre dans le bar. C'est peut-être un touriste, un commercial, un homme qui cherche son chemin. Mais tous savent qu'il n'est pas du coin parce qu'il n'a pas l'attitude adéquate. L'homme se dirige vers le comptoir et ne dit pas: "Marcel, mets-moi un jus, mais: un café, s'il vous plaît." Il boit son café et demande alors à toute l'assemblée: "à quelle heure est la pleine mer, aujourd'hui?""

    - Elle fait des galettes, c'est toute sa vie: "Elle nous nourrit de galettes. C'est sa façon à elle de donner de l'amour."

    - A la pêche: "Il pleure. Oui, c'est nul, il pleure, à son âge. Là, le cul dans cette mare, son doigt qui pisse le sang. Son portable noyé est un poisson mort au ventre métallique qui rigole vers le paradis."

    - Ballon vole: "Il lit Ouest-France, elle tricote en silence. Autour d'eux, on entend juste le froissement du papier journal et le cliquetis des aiguilles. Ils ne regardent pas la mer parce que cela fait cinquante ans qu'ils viennent là et qu'elle n'est jamais partie sans crier gare."

    - Les bonnes: "Elle entendit enfin le sens des mots du dentiste. Et sut qu'il y avait un bas, un haut, et qu'ils ne pouvaient se rejoindre."

    - A la vase de chocolat: "On va faire un gâteau à la vase de chocolat."

    - Bain de mer: - -

    - La mer a tout emporté: "Pour tout cela, vrai, il remercia la mer."

    - Un amour de crustacé: "Finalement, la blonde se soumet, elle n'a pas le choix. - Je prendrai... je prendrai un café, s'il vous plaît"

    - Week-end: "- Voilà, c'est que nous deux, ce week-end, on ne va pas venir. Enfin, on aimerait pour une fois, à titre exceptionnel, ne pas aller en bateau. Tu comprends? Dis, tu veux bien comprendre?"

    - L'appel des sirènes: "Un jour, mon père, qui n'était jamais là, m'avait placé devant ses yeux: "Petit, il n'y a que la mer qui vaille. Pour autant, méfie-toi de cette farceuse qui revêt innocemment les couleurs de la femme alors même qu'elle a le coeur futile de la sirène et le sein lourd du malentendu des hommes. Et ceux-là danseront toujours comme des funambules irrésolus sur le fil tendu entre l'une et l'autre."

    - Stage de voile: "La nuit c'est pire. Le savoyard ronfle comme un lave-vaisselle, les filles gloussent des heures en fumant des paquets de cigarettes avant de se mettre au lit. Il serre les dents dans son sac de couchage poisseux, lutte contre son propre corps qui penche toujours du mauvais côté, et quand enfin il réussit à se caler contre les équipets, il entend le skipper qui entonne: "Attention, on va virer!" Et là, sa carcasse rebascule, il écoute son estomac traverser son ventre en repoussant les autres organes sur son passage  comme un sauvage qui se fraie un chemin dans la jungle à grands coups de machette. Il doit se lever, se hisser en slip dans la nuit froide, ramper jsuqu'aux filières et offrir sa bile au plancton phosphorescent."

    - Retour en grâce: "Mon regard a survolé les ombres et j'ai distingué le profil d'Alex, loin devant. Sa douleur m'est rentrée en plein ventre parce que j'ai vu qu'il souffrait plus que moi et cela m'a effrayée. Ses lèvres semblaient toutes raplaties, mangées, blanches à force d'être écrabouillées l'une contre l'autre. Mes jambes sont restées solides malgré tout. L'amour s'était donc tari, enfin."

    - Coment ne pas perdre la tête: "Amoureux, ça oui qu'il l'était! Mais elle n'a pas eu le cran, elle n'est jamais venue au rendez-vous. Une nuit, une nuit toute entière il a poireauté là-haut, à se ronger les sangs. Pour rien."


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  • L'élégance du hérisson  

    L'élégance du hérisson

    de Muriel Barbery

    (adapté au cinéma parMona Hachache, avec Josiane Balasko, Togo Igawa, Garance Le Guillermic, Anne Brochet)

    Présentation de l'éditeur

     

    "Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants. Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai. "

    Biographie de l'auteur

    Muriel Barbery est née en 1969. L'élégance du hérisson est son deuxième roman. Le précédent, Une gourmandise, est traduit en douze langues.

    --> J'ai lu et apprécié il y a quelques temps déjà le roman. Ce soir, j'ai regardé l'adaptation cinématographique. Un peu dubitative au début du film, je me suis accrochée car je connaissais le roman. Sans regret: l'adaptation est fidèle au livre, même s'il me semble que cette oeuvre doit être lue plutôt que vue. J'ai aimé l'omniprésence de la culture japonaise.

    CITATION

    "Mme Michel, elle a l'élégance du hérisson : à l'extérieur, elle est bardée de piquants, une vraie forteresse, mais j'ai l'intuition qu'à l'intérieur, elle est aussi simplement raffinée que les hérissons, qui sont des petites bêtes faussements indolentes, farouchement solitaires et terriblement élégantes."


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  • Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

    de Jonas Jonasson

    Présentation de l'éditeur

    Le jour de ses cent ans, alors que tous les notables de la ville l'attendent pour célébrer l'événement, Allan Karlsson s'échappe par la fenêtre de sa maison de retraite quelques minutes avant le début de la fête organisée en son honneur. Ses plus belles charentaises aux pieds, le vieillard se rend à la gare routière, où il dérobe une valise dans l'espoir qu'elle contienne une paire de chaussures. Mais le bagage recèle un bien plus précieux chargement, et voilà comment Allan se retrouve poursuivi par la police et par une bande de malfrats… Commence alors son incroyable cavale à travers la Suède, mais aussi, pour le lecteur, un étonnant voyage au coeur du XXe siècle, au fil des événements majeurs auxquels le centenaire Allan Karlsson, génie des explosifs, a été mêlé par une succession de hasards souvent indépendants de sa volonté.

     --> L'histoire débute bien: ce "vieux" qui s'enfuie de sa maison de retraite, l'idée était séduisante et le début de sa fuite accrocheur. Puis on tombe dans une histoire de mafieux trop grossière pour que l'insolite et le côté déjanté me plaisent. J'ai arrêté la lecture rapidement.


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