• Dans la forêt

    de Jean Hegland

    Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’éléctricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

    Considéré depuis sa sortie comme un véritable choc littéraire aux Etats-Unis, Dans la forêt, roman sensuel et puissant, met en scène deux jeunes femmes qui entraînent le lecteur vers une vie nouvelle.

    Traduit de l'américain par Josette Chicheportiche

    --> Le thème de la pénurie d'énergie est sciemment choisi. La narration passe du présent (la rédaction d'une journal par Nell) à des flashbacks qui permettent de comprendre comment les deux sœurs en sont arrivées là. On aurait pu aller droit au but : sans électricité, sans essence, des jeunes filles accomplissent un retour à la nature choisi et s'épanouissent. Non, l'auteur fait le choix d'une histoire à suspens, où ce retour à la nature est loin d'être d'emblée une évidence. Les sœurs vont faire front à des changements de vie dramatiques. Leur relation accomplit une sorte « yoyo » passionnant. La psychologie de ces deux sœurs est intéressante (l'une est passionnée de danse et dansera longtemps au rythme d'un métronome, l'autre se cultive, lit l'encyclopédie lettre après lettre et rêve d'entrer à Havard). A découvrir.

    Citations:

    - Depuis que tout a commencé, nous avons attendu d'être sauvées, attendu comme de stupides princesses que nos vies légitimes nous soient rendues. Mais nous n'avons fait que nous berner nous-mêmes, que jouer un autre conte de fées.

    - Quand je pense à la façon dont nous vivions, à la désinvolture avec laquelle nous usions les choses, je suis à la fois atterrée et pleine de nostalgie.

    - Eva est en train de mourir, et l’encyclopédie parle d’insticnt. Même maintenant il faut qu’elle fasse de longs discours, posés, pédants, distants, réduisant le monde à des faits – mais sans livrer les connaissances dont j’ai besoin pour sauver la vie de ma soeur. Qu’est-ce que l’encyclopédie sait de l’instinct?
    L’instinct est plus vieux que le papier, plus naturel que les mots. L’instinct est plus sage que n’importe quel article sur les trois étapes de l’accouchement, que n’importe quel article sur les interventions obstétricales. Mais d’où vient l’instinct? Et où est-ce que je peux le trouver en ce moment, après avoir vécu sans lui pendant si longtemps?

    - Petit à petit, la forêt que je parcours devient mienne, non parce que je la possède, mais parce que je finis par la connaître. Je la vois différemment maintenant. Je commence à saisir sa diversité – dans la forme des feuilles, l’organisation des pétales, le million de nuances de vert. Je commence à comprendre sa logique et à percevoir son mystère. 

    - Il y a une lucidité qui nous vient parfois dans ces moments là, quand on se surprend à regarder le monde à travers ses larmes, comme si elles servaient de lentilles pour rendre plus net ce que l'on regarde.

    - Mais j'ai appris quelque chose que l'encyclopédie ne sait pas — quand la lune est croissante, on peut l'atteindre et tenir délicatement sa courbe externe dans la paume de la main droite. Quand elle est décroissante, elle remplit la paume de la main gauche.


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  • de Laetitia Colombani

    Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.

    Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.

    Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.

    Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.

    Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

    -->Ce sont les histoires parallèles de Smita l'Indienne, Giulia la Sicilienne et Sarah la Canadienne, volontairement entrecroisées par l'auteure. Chacun d'elle vit un sursis, l'une fuit avec sa fille la caste des intouchables, l'autre subit l'attaque d'un cancer du sein tandis que la troisième dans le deuil de son père reprend l'entreprise familiale du père vouée à la faillite. Un fil, un cheveu, des cheveux relient le destin de ces trois femmes que l'auteure entremêle. Ecrit au présent, la syntaxe courte, on n'a pas vraiment le temps de respirer : ces femmes nous emportent dans le feu de leur vie, dans leurs décisions vitales, rapides et on lit le roman rapidement d'un bout à l'autre.

     

    Spoiler : Sarah coiffera une perruque fabriqué avec des cheveux authentiques en Sicile avec des cheveux importés d'Inde.

     

     

    → Ces sont les histoires parallèles de Smita l'Indienne, Giulia la Sicilienne et Sarah la Canadienne, volontairement entrecroisées par l'auteure. Chacun d'elle vit un sursis, l'une fuit avec sa fille la caste des intouchables, l'autre subit l'attaque d'un cancer du sein tandis que la troisième dans le deuil de son père reprend l'entreprise familiale du père vouée à la faillite. Un fil, un cheveu, des cheveux relient le destin de ces trois femmes que l'auteure entremêle. Ecrit au présent, la syntaxe courte, on n'a pas vraiment le temps de respirer : ces femmes nous emportent dans le feu de leur vie, dans leurs décisions vitales, rapides et on lit le roman rapidement d'un bout à l'autre.

     

    Spoiler : Sarah coiffera une perruque fabriqué avec des cheveux authentiques en Sicile avec des cheveux importés d'Inde.

     

    → Ces sont les histoires parallèles de Smita l'Indienne, Giulia la Sicilienne et Sarah la Canadienne, volontairement entrecroisées par l'auteure. Chacun d'elle vit un sursis, l'une fuit avec sa fille la caste des intouchables, l'autre subit l'attaque d'un cancer du sein tandis que la troisième dans le deuil de son père reprend l'entreprise familiale du père vouée à la faillite. Un fil, un cheveu, des cheveux relient le destin de ces trois femmes que l'auteure entremêle. Ecrit au présent, la syntaxe courte, on n'a pas vraiment le temps de respirer : ces femmes nous emportent dans le feu de leur vie, dans leurs décisions vitales, rapides et on lit le roman rapidement d'un bout à l'autre.

     

    Spoiler : Sarah coiffera une perruque fabriqué avec des cheveux authentiques en Sicile avec des cheveux importés d'Inde.

     


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  • Ce qui n'a pas de nom

    de Piedad Bonnett

    Dans ce court récit, Piedad Bonnett raconte à la première personne le suicide de son fils Daniel, vingt-huit ans, qui s'est jeté du toit de son immeuble à New York. Il était schizophrène. Dans un milieu bourgeois, corseté par des conventions en tout genre, il n'est pas de bon ton de parler crûment de la mort et de la folie ; c'est pourtant ce que fait l'auteur, dans une langue sobre et sans effets de manche, avec une sincérité bouleversante. Elle raconte la stupéfaction du deuil, les formalités de la mort occidentale, mais aussi et surtout le combat inégal d'un jeune homme contre la folie qui le cerne. Une plongée dans la douleur qui ne verse jamais dans l'apitoiement ou l'impudeur : l'écrivain n'a que les mots pour dire l'absence, pour contrer l'absence, pour continuer à vivre.

    --> Ce récit débute par le suicide de Daniel, le fils de l'auteure. Au désoeuvrement dans lequel peut plonger une mère, le récit apporte une explication sur le geste désespéré du suicide : la maladie, celle qui n'a pas toujours de nom. Daniel était schizophrène. le livre témoigne du parcours de Daniel. Au travers des yeux de sa mère. le début de la maladie, l'origine de la maladie, les relations sociales affectées, la difficulté de trouver des soins qui conviennent. Un récit fort sur la schizophrénie, le suicide, la mort d'un enfant.


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  • Le joueur d'échecs

    Stefan Zweig

    Czentowic, champion d'échecs arrogant, esprit borné à outrance, inculte et étonnamment stupide, occupe le premier plan jusqu'à l'entrée en scène de Monsieur B. Dès lors que cet aristocrate autrichien s'intéresse à la partie livrée entre le champion et les passagers amateurs, la direction du texte bascule.

    Par un effet de symétrie, la narration se transforme en un face à face tendu entre un esprit brillant et rapide à l'intelligence abstraite et un cerveau au pragmatisme brutal, incapable de projection véritable. Mise en scène percutante de la résurrection de la folie, cette nouvelle oscille entre ouverture et enfermement.

    Dans cette avancée implacable de la stupidité destructrice, allégorie de la victoire du nazisme mais aussi chef-d’œuvre de composition, Zweig s'intéresse peu à la survie du corps, préférant montrer les réactions de l'esprit, qui trouve un symbole parfait dans ce jeu éminemment intelligent mais désespérément stérile.

    Publié en 1943, un an après le suicide de son auteur, Le Joueur d'échecs fait figure de testament dans l’œuvre de Zweig.

    --> Comment être passé à côté de ce court roman, cette petite nouvelle aussi longtemps? A lire, sans aucun doute. Pour la nouvelle elle-même et l'auteur, auteur qui se suicide en 1942, en exil, dénonçant une Europe meurtrissante.

    Le récit se déroule en croisière, sur un paquebot qui relie NY au Brésil. A bord, Mirko le champion du monde d'échec, issu d'un petit milieu, son histoire est dressé dès le début, il est devenu maître à ce jeu sans savoir lire, c'est un personnage arrogant. Un groupe de passagers le défie, mené par Mc Connor. La psychologie de ce personnage est intéressante, mais ce n'est rien par rapport au personnage que nous allons ensuite découvrir en la personnalité de M. B. : il passe par là, voit la partie en cours et s'en mêle. Sans prétention, il s'avère être redoutable et met le champion en difficulté. Le narrateur va retrouver ce M.B. pour comprendre qui il est et d'où lui vient cette maîtrise du jeu d'échecs et la seconde moitié du livre nous décrit comment M.B., détenu par la gestapo allemande meurt d'ennui et de folie dans une cellule jusqu'à ce qu'il subtilise un livre. Un livre! Voilà qui va pouvoir le sortir de l'ennui de sa cellule. Le livre dérobé s'avère être un manuel d'échec avec la description des grandes parties. M.B. va apprendre seul à jouer, seul il va construire un échiquier imaginaire (au départ avec de la mie de pain et un quadrillage imaginé sur sa couverture). Avec la force de la mobilisation de son imagination il jouera et rejouera les grandes parties du manuel, les connaitra par coeur. Il en créera de nouvelles, jouant les deux adversaires, virant à des situations schizophréniques. On comprend trop bien comment ce manuel d'échec constitue à la fois une libération et une prison pour son esprit. C'est fascinant.


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  • Une longue impatience

    Gaëlle Josse (2018)

    Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Anne, sa mère, dans ce village de Bretagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, voit sa vie dévorée par l’attente, par l’absence qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille.
    Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. Pour survivre, elle lui écrit la fête insensée qu’elle offrira pour son retour. Telle une tragédie implacable, l’histoire se resserre sur un amour maternel infini.
    Avec Une longue impatience, Gaëlle Josse signe un roman d’une grande retenue et d’une humanité rare, et un bouleversant portrait de femme, secrète, généreuse et fière. Anne incarne toutes les mères qui tiennent debout contre vents et marées.
    « C’est une nuit interminable. En mer le vent s’est levé, il secoue les volets jusqu’ici, il mugit sous les portes, on croirait entendre une voix humaine, une longue plainte, et je m’efforce de ne pas penser aux vieilles légendes de mer de mon enfance, qui me font encore frémir. Je suis seule, au milieu de la nuit, au milieu du vent. Je devine que désormais, ce sera chaque jour tempête. »

    --> Est-ce que cet adjectif, long, collé à ce ce nom, impatience, porte un nom en figure de style littéraire ? Dès le titre, ce livre nous emporte. Pourtant, après les deux premières pages, on peut se dire que tout a été dit ! Le fils de la narratrice, Louis, 16 ans, n'est pas rentré (on le sait déjà avec la quatrième de couverture). Gaëlle Josse arrive à nous transporter dans l'attente avec elle, l'attente d'une mère, d'une femme qui suivait son destin. Un remariage avec Etienne, deux enfants avec ce deuxième homme. Une nouvelle vie de riche au sens propre. Mais où se trouve la place de Louis ? Quelles relations pour Louis et ce nouveau père. Il n'en est pas question directement mais on comprend au fil du récit tout ce qui a échappé à Anne. Elle attend désormais l'irrattrapable. Elle remplit toutes ses tâches d'épouse et de mère pour ses deux enfants, et dans tous les moments qu'il lui reste, elle coud : on le découvrira à la fin. Ses lettres qui ponctuent le récit ne seraient en fait qu'une toile, un tableau qui malheureusement s'achève. J'ai lu ce roman d'une traite, les vacances me laissant le temps de ne pas le lâcher.

    N'est ce pas Pénélope qui coud en attendant le retour d'Ulysse?


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    Mille petits riens

    Jodi Picoult

     

     

    Ruth est sage-femme depuis plus de vingt ans. C'est une employée modèle. Une collègue appréciée et respectée de tous. La mère dévouée d'un adolescent qu'elle élève seule. En prenant son service par une belle journée d'octobre 2015, Ruth est loin de se douter que sa vie est sur le point de basculer. Pour Turk et Brittany, un jeune couple de suprémacistes blancs, ce devait être le plus beau moment de leur vie : celui de la venue au monde de leur premier enfant. Le petit garçon qui vient de naître se porte bien. Pourtant, dans quelques jours, ses parents repartiront de la Maternité sans lui. Kennedy a renoncé à faire fortune pour défendre les plus démunis en devenant avocate de la défense publique. Le jour où elle rencontre une sage-femme noire accusée d'avoir tué le bébé d'un couple raciste, elle se dit qu'elle tient peut-être là sa première grande affaire. Mais la couleur de peau de sa cliente, une certaine Ruth Jefferson, ne la condamne-t-elle pas d'avance ? Avec ce nouveau roman captivant et émouvant, Jodi Picoult aborde de front le grand mal américain et nous montre ― à travers les petits riens du quotidien, les pas vers l'autre ― comment il peut être combattu.

     

    → C'est étonnant comme parfois un livre vous happe dès les premières pages. Mille petits riens est de ceux là. C'est une voisine qui l'a d'abord lu dans le cadre d'une club lecture. Il prit alors sa place sur ma pile à lire. Mais la pile est haute. C'est en remarquant ensuite sa bonne note sur babelio (4,49) que je l'ai remonté.

    C'est un récit dans le roman, celui d'une femme noire, sage-femme, accusé du meurtre d'un bébé d'un couple ultra raciste. c'est la société américaine qui est mise en exergue.

    La justice ne pourra être équitablement rendue tant que ceux qui ne sont pas concernés ne s'indignent pas avec ceux qui le sont.

    Benjamin Franklin

     

     

    Je voulais qu'elle voit de ses propres yeux que l'amour ne dépend pas de ce qu'on regarde, mais entièrement de la personne qui regarde.

     

    Les bébés sont comme des ardoises vierges. Ils ne viennent pas au monde déjà chargés des engagements pris par leurs parents, des promesses formulées par leur église, de cette capacité qu'ont certains à ranger les êtres humains dans deux groupes distincts : ceux qu'ils aiment et ceux qu'ils n'aiment pas. En réalité, ils arrivent sans rien, à part un besoin immense d'être rassurés. Et ce besoin peut être comblé par n'importe qui : ils ne jugeront pas la personne qui les prendra dans ses bras.
    Une question me traverse l'esprit : combien de temps faut-il pour que ce vernis naturel s'écaille au contact de l'éducation reçue ?

     

     

     

    Assister à la naissance de Louis nous a toutes affectées, chacune à notre manière. Christina a accouché par césarienne. Rachel a eu cinq enfants. Et moi je suis devenue sage-femme.

     

     

    Le plus beau bébé qu'il m'est été donné de voir est né sans visage.

     

    p.19

     

     

     

    • Je suis désolée, a-t-elle dit d'un ton contrit, visiblement bouleversée. C'est juste que... C'est un monstre.

    • C'est un bébé, ai-je rectifié en la bousculant pour passer. J'ai rattrapé le père dans la salle des parents.

    • Votre femme et votre fils ont besoin de vous.

    • Ce n'est pas mon fils. Cette...chose...

    • ...ne vivra pas longtemps. Je vous conseille donc de lui donner sans tarder tout l'amour que vous avez emmagasiné pour lui.

     

    p.20

     

     

     

    Avais-je raison d'obliger ce père à se confronter à son enfant mourant ? N'outrepassais-je pas là mon rôle d'infirmière ? Si ma chef m'avait posé ces questions à l'époque, j'aurais répondu que j'avais été formée pour aider les parents à faire le deuil de leur enfant mort. Si cet homme refusait d'admettre qu'il s'était passé quelque chose de terrible – ou, pire, s'il feignait de croire toute sa vie qu'il ne s'était rien passé-, un trou s'ouvrirait en lui. Minuscule au début, cette faille continuerait de grandir, encore et encore, jusqu'au jour où, sans crier gare, il prendrait conscience du vide qui l'habitait.

     

    p.21

     

     

    Vous croyez vraiment que si j'étais blanche, je serais assise en face de vous aujourd'hui ?

     

    Il est bien sûr parfaitement impossible d'examiner une affaire impliquant la seule infirmière noire d'un service hospitalier, un père néonazi et la décision mécanique prise par un membre de l'administration hospitalière sans envisager un instant un problème d'ordre raciste.

     

    Mais.

     

    Mais les avocats de la défense publique qui prétendent que la justice est aveugle sont de gros menteurs. Il suffit de suivre dans les médias les affaires à connotations raciales pour constater rapidement que les avocats, les juges et les jurés se donnent un mal de chien pour faire croire qu'il n'est surtout pas question de couleur de peau, alors même que le contraire est évident. Tous les avocats de la défense publique vous diront également que, bien que la majorité de leurs clients soient des personnes de couleur, il est fortement déconseillé de jouer la carte raciale pendant un procès.

     

    Pourquoi ? Parce qu'il est carrément suicidaire d'aborder la question raciale dans une salle d'audience. Vous ne connaissez pas les opinions des jurés. Et vous n'êtes pas non plus sûrs à cent pour cent de ce que pense le juge. En fait, la manière la plus sûre de perdre un procès dont l'objet était en lien avec la question raciale consiste à dire les choses ouvertement. Si vous voulez avoir une chance de gagner la partie, vous essayez d'offrir autre chose aux douze jurés : un fragment de preuve susceptible d'innocenter votre client, de sorte que ces hommes et ces femmes puissent rentrer chez en continuant à faire semblant de croire que le monde dans lequel nous vivons est un monde d'égalité.

     

    P: 248

     

     


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    Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

    Annie Barrows (décédée en 2008)

    Mary Ann Shaffer (fille de la soeur de Annie Barrows)

    "Je me demande comment cet ouvrage est arrivé à Guernesey ? Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu'à leur lecteur idéal..."

    Janvier 1946. Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale et Juliet, jeune écrivaine anglaise, est à la recherche du sujet de son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, un natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis - un monde insoupçonné, délicieusement excentrique. Celui d'un club de lecture créé pendant la guerre pour échapper aux foudres d'une patrouille allemande un soir où, bravant le couvre-feu, ses membres venaient de déguster un cochon grillé (et une tourte aux épluchures de patates...) délices bien évidemment strictement prohibés par l'occupant.

    Jamais à court d'imagination, le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates déborde de charme, de drôlerie, de tendresse, d'humanité Juliet est conquise. Peu à peu, elle élargit sa correspondance avec plusieurs membres du Cercle et même d'autres habitants de Guernesey , découvrant l'histoire de l'île, les goûts (littéraires et autres) de chacun, l'impact de l'Occupation allemande sur leurs vies...

    Jusqu'au jour où elle comprend qu'elle tient avec le Cercle le sujet de son prochain roman. Alors elle répond à l'invitation chaleureuse de ses nouveaux amis et se rend à Guernesey. Ce qu'elle va trouver là-bas changera sa vie à jamais.

    --> Je n'ai pas relu ce roman qui sort cette semaine en adapatation cinématographique. Mais à l'image de l'engouement qu'il a suscité, j'en garde un  très bon souvenir, autour de la lecture, de la découverte des autres, de l'époque - seconde gm, de l'ambiance ilienne. Je compte bien le voir sur grand écran.


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  • Le mythe de Sisyphe

    Albert Camus (1942)

    Dans le mythe de Sisyphe, Albert Camus aborde les problèmes d'une "sensibilité absurde qu'on peut trouver éparse dans le siècle". Cet essai philosophique s'ouvre donc logiquement sur l'exposé d'un problème considéré par l'auteur comme préalable à toute réflexion sur l'absurdité de la condition humaine: le suicide.

    LE SUICIDE

    Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux: c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie. Le reste, si le monde a trois dimensions, si l'esprit a neuf ou douze catégories, vient ensuite. Ce sont des jeux ; il faut d'abord répondre. Et s'il est vrai, comme le veut Nietzsche, qu'un philosophe, pour être estimable, doive prêcher d'exemple, on saisit l'importance de cette réponse puisqu'elle va précéder le geste définitif. Ce sont là des évidences sensibles au coeur, mais qu'il faut approfondir pour les rendre claires à l'esprit.

    Si je me demande à quoi juger que telle question est plus pressante que telle autre, je réponds que c'est aux actions qu'elle engage. Je n'ai jamais vu personne mourir pour l'argument ontologique. Galilée, qui tenait une vérité scientifique d'importance, l'abjura le plus aisément du monde dès qu'elle mit sa vie en péril. Dans un certain sens, il fit bien. Cette vérité ne valait pas le bûcher. Qui de la Terre ou du Soleil tourne autour de l'autre, cela est profondément indifférent. Pour tout dire, c'est une question futile. En revanche, je vois que beaucoup de gens meurent parce qu'ils estiment que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue. J'en vois d'autres qui se font paradoxalement tuer pour les idées ou les illusions qui leur donnent une raison de vivre (ce qu'on appelle une raison de vivre est en même temps une excellente raison de mourir). Je juge donc que le sens de la vie est la plus pressante des questions.

    L'ABSURDE

    Il arrive que les décors s'écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d'usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart du temps. Un jour seulement, le « pourquoi » s'élève et tout commence dans cette lassitude teintée d'étonnement. « Commence », ceci est important. La lassitude est à la fin des actes d'une vie machinale, mais elle inaugure en même temps le mouvement de la conscience. Elle l'éveille et elle provoque la suite. La suite, c'est le retour inconscient dans la chaîne, ou c'est l'éveil définitif. Au bout de l'éveil vient, avec le temps, la conséquence : suicide ou rétablissement. En soi, la lassitude a quelque chose d'écoeurant. Ici je dois conclure qu'elle est bonne. Car tout commence par la conscience et rien ne vaut que par elle. Ces remarques n'ont rien d'original. Mais elles sont évidentes : cela suffit pour un temps, à l'occasion d'une reconnaissance sommaire dans les origines de l'absurde. Le simple « souci » est à l'origine de tout.

    De même et pour tous les jours d'une vie sans éclat, le temps nous porte. Mais un moment vient toujours où il faut le porter. Nous vivons sur l'avenir : « demain », « plus tard », « quand tu auras une situation », « avec l'âge tu comprendras ». Ces inconséquences sont admirables, car enfin il s'agit de mourir. Un jour vient pourtant et l'homme constate ou dit qu'il a trente ans. Il affirme ainsi sa jeunesse. Mais du même coup, il se situe par rapport au temps. Il y prend sa place. Il reconnaît qu'il est à un certain moment d'une courbe qu'il confesse devoir parcourir. Il appartient au temps et, à cette horreur qui le saisit, il y reconnaît son pire ennemi. Demain, il souhaitait demain, quand tout lui-même aurait dû s'y refuser. Cette révolte de la chair, c'est l'absurde.

    Un degré plus bas et voici l'étrangeté : s'apercevoir que le monde est « épais », entrevoir à quel point une pierre est étrangère, nous est irréductible, avec quelle intensité la nature, un paysage peut nous nier. Au fond de toute beauté gît quelque chose d'inhumain et ces collines, la douceur du ciel, ces dessins d'arbres, voici qu'à la minute même, ils perdent le sens illusoire dont nous les revêtions, désormais plus lointains qu'un paradis perdu. L'hostilité primitive du monde, à travers les millénaires, remonte vers nous. Pour une seconde, nous ne le comprenons plus puisque pendant des siècles nous n'avons compris en lui que les figures et les dessins que préalablement nous y mettions, puisque désormais les forces nous manquent pour user de cet artifice. Le monde nous échappe puisqu'il redevient lui-même. Ces décors masqués par l'habitude redeviennent ce qu'ils sont. Ils s'éloignent de nous. De même qu'il est des jours où, sous le visage familier d'une femme, on retrouve comme une étrangère celle qu'on avait aimée il y a des mois ou des années, peut-être allons-nous désirer même ce qui nous rend soudain si seuls. Mais le temps n'est pas encore venu. Une seule chose : cette épaisseur et cette étrangeté du monde, c'est l'absurde.

    Il arrive que les décors s'écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d'usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart du temps. Un jour seulement, le « pourquoi » s'élève et tout commence dans cette lassitude teintée d'étonnement. « Commence », ceci est important. La lassitude est à la fin des actes d'une vie machinale, mais elle inaugure en même temps le mouvement de la conscience. Elle l'éveille et elle provoque la suite. La suite, c'est le retour inconscient dans la chaîne, ou c'est l'éveil définitif. Au bout de l'éveil vient, avec le temps, la conséquence : suicide ou rétablissement. En soi, la lassitude a quelque chose d'écoeurant. Ici je dois conclure qu'elle est bonne. Car tout commence par la conscience et rien ne vaut que par elle. Ces remarques n'ont rien d'original. Mais elles sont évidentes : cela suffit pour un temps, à l'occasion d'une reconnaissance sommaire dans les origines de l'absurde. Le simple « souci » est à l'origine de tout.

    De même et pour tous les jours d'une vie sans éclat, le temps nous porte. Mais un moment vient toujours où il faut le porter. Nous vivons sur l'avenir : « demain », « plus tard », « quand tu auras une situation », « avec l'âge tu comprendras ». Ces inconséquences sont admirables, car enfin il s'agit de mourir. Un jour vient pourtant et l'homme constate ou dit qu'il a trente ans. Il affirme ainsi sa jeunesse. Mais du même coup, il se situe par rapport au temps. Il y prend sa place. Il reconnaît qu'il est à un certain moment d'une courbe qu'il confesse devoir parcourir. Il appartient au temps et, à cette horreur qui le saisit, il y reconnaît son pire ennemi. Demain, il souhaitait demain, quand tout lui-même aurait dû s'y refuser. Cette révolte de la chair, c'est l'absurde.

    Un degré plus bas et voici l'étrangeté : s'apercevoir que le monde est « épais », entrevoir à quel point une pierre est étrangère, nous est irréductible, avec quelle intensité la nature, un paysage peut nous nier. Au fond de toute beauté gît quelque chose d'inhumain et ces collines, la douceur du ciel, ces dessins d'arbres, voici qu'à la minute même, ils perdent le sens illusoire dont nous les revêtions, désormais plus lointains qu'un paradis perdu. L'hostilité primitive du monde, à travers les millénaires, remonte vers nous. Pour une seconde, nous ne le comprenons plus puisque pendant des siècles nous n'avons compris en lui que les figures et les dessins que préalablement nous y mettions, puisque désormais les forces nous manquent pour user de cet artifice. Le monde nous échappe puisqu'il redevient lui-même. Ces décors masqués par l'habitude redeviennent ce qu'ils sont. Ils s'éloignent de nous. De même qu'il est des jours où, sous le visage familier d'une femme, on retrouve comme une étrangère celle qu'on avait aimée il y a des mois ou des années, peut-être allons-nous désirer même ce qui nous rend soudain si seuls. Mais le temps n'est pas encore venu. Une seule chose : cette épaisseur et cette étrangeté du monde, c'est l'absurde.

    LA REVOLTE

    Voici le premier progrès que l'esprit de révolte fait faire à une réflexion d'abord pénétrée de l'absurdité et de l'apparente stérilité du monde. Dans l'expérience absurde, la souffrance est individuelle. À partir d'un mouvement de révolte, elle a conscience d'être collective, elle est l'aventure de tous. Le premier progrès d'un esprit saisi d'étrangeté est donc de reconnaître qu'il partage cette étrangeté avec tous les hommes et que la réalité humaine, dans sa totalité, souffre de cette distance par rapport à soi et au monde. Le mal qui éprouvait un seul homme devient peste collective. Dans l'épreuve quotidienne qui est la nôtre, la révolte joue le même rôle que le cogito dans l'ordre de la pensée : elle est la première évidence. Mais cette évidence tire l'individu de sa solitude. Elle est un lieu commun qui fonde sur tous les hommes la première valeur. Je me révolte, donc nous sommes.

     


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  • 13 à table! 2018

     

    Chaque année, quelques nouvelles sur un nouveau thème. Cette année, l'amitié. Des auteurs variés, ainsi on peut penser que chacun peut y trouver lecture à son goût. On peut aussi trouver que c'est assez inégal.

     

    Mon top 5, même si l'idée du recueil n'est probablement pas de le mettre en concurrence.

     

    Pyrolyse, Alexandra Lapierre

     

    L'anomalie, Maxime Chattam

     

    Oeil pour œil, François d'Epnoux

     

    Je suis Li Wei, Michel Bussi

     

    Zina, Leïla Slimani

     

     

     

    Françoise Bourdin : Tant d'amitié 1/5

     

    « Ma femme et mon meilleur ami » revisité dans une courte nouvelle. A Cabourg, un jeune couple d'hôteliers filent un bonheur heureux. Mais elle, le bonheur, elle va le chercher aussi avec le meilleur ami de son mari. Il s'en doute, il les file et découvre le pot aux roses. C'est cousu de fil blanc. F.Bourdin arrive à glisser un peu de doute et de suspens, mais trop peu.

     

     

    Michel Bussi : Je suis Li Wei 4/5

     

    Grâce à un habile saut dans le temps, Michel Bussi nous parle de la terrible révolte des Taiping, Il crée de toute pièce une correspondance moderne entre une jeune fille française actuelle et une mystérieuse correspondante chinoise. C'est adroit, bien écrit, quelle nouvelle !

     

     

     

    Maxime Chattam : L'Anomalie 4/5

     

    Voilà une vraie nouvelle sur l'amitié. On se demande si on est dans un récit fantastique : un homme qui se croit dans son quotidien se réveille en réalité de 10 années d'errance où il a perdu son travail, sa femme, sa maison... plus rien n'est comme avant, et le voilà même poursuivi par deux hommes qui s'avèrent être le samu social. Sa course le mène à la terrasse d'un café où se trouve Thomas, un ami.

     

     

     

    Adelaïde de Clermont-Tonnerre : Mon cher cauchemar 3/5

     

    Un enterrement, une veuve et une ex. qui se demande quelle place elle peut avoir. On pense à l'amitié, l'amour, porté par ces deux femmes pour cet homme. En réalité c'est de leur amitié à elles qu'il va s'agir puisqu'elles étaient amies avant d'être amoureuses du même homme. Une amitié qui ne pouvait plus exister mais qui vit quelques résurgences. Encore une belle nouvelle.

     

     

     

    François d'Epenoux : Oeil pour œil 4/5

     

    Où il est fortement déconseillé d'opérer son meilleur ami sans offrir les meilleures garanties. Paul, opéré par Frédéric il y a 4 ans, décide de se venger...

     

     

     

    Eric Giacometti et Jacques Ravenne : Best-seller 3/5

     

    Une nouvelle à quatre mains au sujet d'une éditrice assassinée par 4 mains. Des meurtres qui reprennent des scénarios de romans, ce n'est pas la première fois. Ça fonctionne très bien encore dans cette nouvelle.

     

     

     

    Karine Giebel : L'escalier 3/5

     

    Tous les jours dans l'escalier Madhi jeune garçon franco-malien voit passer Madie, une septuagénaire. Un jour il entre chez elle et débute une belle amitié trangénérationelle dans laquelle Madhi va percer le secret culpabilisant de Madi : elle a perdu son garçon de 7 ans dans un accident de voiture.

     

     

     

    Christian Jacq : Amitiés égyptiennes 1/5

     

    Plongée dans les amitiés égyptiennes, je ne sais pas si cela me donnera envie de connaître mieux cette civilisation mais je me dis que ce Monsieur Jacq doit avoir passé sa vie avec les pharaons. En commençant par cette phrase, « Existe-t-il de plus grand bonheur que de trouver des amis avec qui on partage le souffle comme le destin ? » il nous parle de ces amitiés :

     

    • Djéser, pharaon et Imhotep, maître d'oeuvre

    • Ni-ânkh-Khnoum et Khoum-Hotep (ritualistes, bienheureux)

    • Hatchepsout, pharaon et Senenmout (dignitaire, maître d'oeuvre)

    • les deux Amenhotep (pharaon, scribe et maître d'oeuvre)

    • Horus et Seth

     

     

     

    Alexandra Lapierre : Pyrolyse 5/5

     

    Ce récit colle parfaitement au format nouvelle, et parfaitement au titre du recueil : 13 à table ! Nous découvrons lors de ce repas d'amies pourquoi la quatorzième, Sophie, ne fait plus partie des convives. C'est Claudine qui raconte. Derrière son récit on voit comme l'amitié n'est pas si angevine, elle peut être violence, trahison, mais cherche toujours à rendre compte.

     

     

     

    Marcus Malte : Bande décimée 0/5

     

    Je passe.

     

     

     

    Agnès Martin-Lugand : Le monde est petit 2/5

     

    Voilà qui ne m réconcilie pas avec l'auteur. Je m'étais ennuyée face à un titre prometteur (Les gens heureux lisent et boivent du café). La nouvelle est mignonne, retour à la case départ (Françoise Bourdin). L'impression que j'aurais pu écrire la même chose. C'est commun.

     

     

     

    Romain Puertolas : L'incroyable stylo bic quatre couleurs de Benjamin Bloom 3/5

     

    Un peu d'humour pour raconter l'histoire d'un écrivain qui aime son stylo quatre couleurs. Il l'égare, le stylo passe de main en main pour se retrouver in extremis sur la valise qui déclenche l'arme nucélaire US.

     

     

     

    Leïla Slimani : Zina 4/5

     

    Une étudiante marocaine à Paris voir débarquer son encombrante amie de jeunesse : elle en a honte, et ne l'accueille pas. L'amie finira par repartir. Apprenant par la suite sa mort, les regrets sont là. Il est trop tard pour demander pardon.

     

     

    « Je crois que mon père, il est tout cassé dedans. Et je sais pas comment le réparer... » (L'escalier) p.184

     

     

    « J'ai travaillé conq ans pour éponger ma dette ! Maintenant, Claudine, va te faire foutre ! (pyrolyse) p.218

     

    « Il n'aimait que le vert, la couleur de l'espoir. L'espoir était une denrée de plus en plus rare. Et il pensait que quatre mines vertes sur un stylo n'étaient pas de trop dans ce monde. » (L'incroyable stylo bic quatre couleurs) p.266

     

     

    « J'aurais tout donné à cet instant pour qu'elle revienne, qu'elle m'arrache à mes lâchetés et à mes craintes ? J'avais désespérément envie de lui demander pardon. » (Zina) p.283

     


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  • Arc atlantique

    de Denis Brillet

    L’océan Atlantique, des côtes françaises aux contrées irlandaises et anglaises, est le décor des quinze nouvelles qui composent ce recueil. Adultes et enfants se donnent rendez-vous sur ses rivages comme sur la scène d’un théâtre où ils s’interrogent, explorent leur mémoire, leurs souvenirs, écrivent le récit de leur propre histoire. Dans l’attente de la direction à prendre, l’océan est là, témoin, confident. Il ne dit rien, il écoute. Simplement.

     


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  • Le choeur des femmes

     

    De Martin Winckler

    Jean Atwood, interne des hôpitaux et quatre fois major de promotion, vise un poste de chef de clinique en chirurgie gynécologique. Mais au lieu de lui attribuer le poste convoité, on l'envoie passer son dernier semestre d'internat dans un service de médecine consacré à la médecine des femmes - avortement, contraception, violences conjugales, maternité des adolescentes, accompagnement des cancers gynécologiques en phase terminale.
    Le Docteur Atwood veut faire de la chirurgie, et non passer son temps à écouter des femmes parler d'elles-mêmes à longueur de journée. Ni servir un chef de service à la personnalité controversée. Car le mystérieux Docteur Karma - surnommé «Barbe-Bleue» - séduit sans vergogne, paraît-il, patientes et infirmières et maltraite sans pitié, dit-on, les internes placés sous ses ordres. Pour Jean Atwood, interne à la forte personnalité et qui brûle d'exercer son métier dans un environnement prestigieux, le conflit ouvert avec ce chef de service autoritaire semble inévitable.
    Mais la réalité n'est jamais ce que l'on anticipe, et la rencontre entre les deux médecins ne va pas se dérouler comme l'interne l'imagine.
    Le Chœur des femmes est un roman de formation : il raconte l'histoire d'un jeune médecin déjà modelé par la faculté et par sa spécialité d'élection et qui doit brusquement réviser ses préjugés devant une réalité qui lui avait échappé jusqu'ici : ce ne sont pas ses maîtres qui lui apprendront son métier, mais les patientes.
    C'est un roman documentaire qui décrit la médecine des femmes, ses gestes, ses particularités, ses écueils, ses interrogations éthiques, comme aucun roman, ne l'a fait à ce jour, du moins en langue française.
    C'est un roman choral (comme son nom l'indique) dont la structure s'inspire de celle de la comédie musicale : au fil de son itinéraire (un récitatif à la première personne) dans ce microcosme qu'est l'unité 77, le Docteur Atwood croise des femmes qui racontent (et parfois chantent) leur vie.

     

    --> Le médecin nous fait entrer dans les intimités des femmes. Dans son cabinet de gynécologie, l'examen laisse la place à la parole qui guérit les maux. Des mots entendus, écoutés, à lire: ils balaient les jugements.  

    Citations:

    - Je suis juste... une pute. Une pute de quatorze ans. Pourquoi ? Pouvez pas comprendre... Et si je vous le dis vous préviendrez les flics et là... Non, j'ai rien fait de mal. Enfin, si. Enfin, non. Moi, je voulais pas. J'ai jamais voulu. Mais je n'avais pas le choix. Quand ça a commencé, je ne comprenais pas ce qu'il faisait. J'avais dix ans. Je l'aimais bien. Il avait toujours été gentil avec moi. Il avait toujours vécu seul, et forcément, il était tout le temps fourré à la maison, parce que ma mère l'aime beaucoup, c'est normal, c'est son petit frère, son petit chéri, ils ont grandi ensemble, quand ils étaient gamins c'était vraiment pas marrant et toute petite déjà elle s'occupait de lui, alors elle a continué et pour nous c'était naturel qu'il soit toujours là (...) Et toutes petites, il nous gardait souvent ma soeur et moi quand mes parents sortaient avec des amis. Lui, il était gentil, il nous faisait à manger, il nous lisait des histoires. Alors la première fois... la première fois qu'il est venu dans ma chambre... (...)
    Ca a duré longtemps. Quatre ans. Presque un tiers de ma vie quand j'y pense.
    Il me disait qu'il ne fallait pas que j'en parle à ma mère, mais il n'avait pas besoin de me le dire. Je n'aurais pas pu lui en parler. J'avais trop peur qu'elle me traite encore de pute. Qu'elle me dise que j'étais une salope d'accuser ainsi son petit frère, son petit chéri, qu'elle élevait déjà quand elle était petite fille.
    (p. 94-96)

    - Aujourd'hui, pourtant, lorsqu'elles sont enceintes ou ne désirent pas l'être, lorsqu'elle veulent pratiquer un dépistage du cancer du col ou faire soigner un symptôme gynécologique, les femmes sont encore systématiquement contraintes de s'allonger sur le dos, cuisses écartées, sexe exposé, dans une position humiliante imposée par les médecins sans aucune nécessité médicale.

    La posture dite "à l'anglaise" (sur le côté, ou "en décubitus latéral") permet tous les gestes gynécologiques courants ; elle permet également de procéder à des accouchements en toute sécurité, si la femme le désire ; dans de nombreux pays du monde, c'est dans cette position que les femmes sont examinées, soignées ou accouchées. Et dans cette même position, elles peuvent choisir de voir, ou non, ce que les médecins leur font.
    Nous exigeons que les médecins français proposent à toutes leurs patientes d'adopter, si elles le désirent, le décubitus latéral, en lieu et place de la position gynécologique machiste et archaïque qui leur est encore imposée en ce début de XXIe siècle.
    (p. 458-459)

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  • Le week-end

    De Bernhard Schlink

    Après plus de vingt ans passés derrière les barreaux, Jörg est gracié par le président de la République allemande. Pour ses premières heures en liberté, sa sœur Christiane a organisé des retrouvailles avec de vieux amis dans une grande demeure à la campagne, près de Berlin.

    Mais ce week-end, qu'elle avait souhaité paisible, est difficile à vivre pour tout le monde, tant les questions de responsabilité, de culpabilité et de pardon sont dans toutes les têtes. Car Jörg est un ancien terroriste de la Fraction Armée Rouge.

    Pendant trois jours, les coups de théâtre et de bluff des uns et des autres vont se succéder. Chacun cherche sa place, et le choc des biographies, des rêves et parfois des mensonges produit plus de questions que de réponses. L'amitié passe-t-elle avant tout jugement moral ?. Le regret et le pardon sont-ils souhaitables, possibles, suffisants ?.

    --> Huit-clos à la campagne à l'occasion de la sortie de prison d'un terroriste de la RAF (Rote Armee Fraktion). Le sujet du pardon est au coeur du roman. Des mots sur les faits sont posés. Il se joue un jeu d'infuence où chacun ne révèle que ce qu'il souhaite.


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    L'entaille

    de Denis Brillet

    Damien vit en province dans une famille dont les rapports complexes lui échappent. Auprès de Carla, sa soeur aimée, son double féminin, il s’efforce en vain de trouver sa place. Entre une mère toute puissante, un père effacé jusqu’à la transparence et les deux ainés, Clémence et Mathias, il prend conscience que les clés sont pipés et les règles du jeu truquées.
    Devenu adulte, c'est à Paris qu'il se met au défi de creuser sa voie. Loin du foyer familial, il entend se donner toutes les chances, en faisant de l'amour le centre de son existence. Mais le passé est là, obsédant comme l'entaille, qui le contraint à revenir sur ses pas, à emprunter à son tour le chemin que Carla a tracé. C'est ce retour aux sources qui permettra à Damien d'écrire les pages du roman familial avant de devenir, enfin, l'auteur de sa propre histoire.

    --> Comment la vie de Damien s'inscrit dans son histoire familiale, et comment pourrait-il la dépasser, voilà qui résume rapidement ce récit touchant.
    En partant de l'entaille sur la table de la cuisine causée par Damien un jour de fête des mères, on rentre dans cette famille où une Mère toute puissante a préféré les deux aînés aux puînés, où le père s'est effacé dans son travail et ses maquettes. Carla et Damien ont renoncé à l'amour parental, peut-être à l'amour tout court. Mathias a lui construit une vie de famille en répondant seul aux besoins financiers et Clémence a plongé dans son professorat de lettres, restant célibataire.
    Quand Mère meurt, Carla vient habiter la maison familiale. Que vient-elle y chercher ? le roman débute par le nettoyage de la maison par ses trois frères et soeurs car Carla est venue s'y suicider.
    L'entaille dans la table de la cuisine, le suicide de sa soeur, nous sommes alors prêts à vouloir connaître plus l'histoire familiale, en particulier celle du narrateur : Damien.
    Deux personnages satellites de la famille vont aussi occuper une place dans le récit : Juan, l'ami de Damien, et Justine la dame âgée de la maison d'en face.
    Sans spoiler la fin, le récit se termine sur une note optimiste, et on en a grand besoin tant le portrait de Damien est tourmenté.


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    La cité

    Tome 1: La lumière blanche

    de Karim Ressouni-Demigneux

    Imaginez un jeu révolutionnaire, totalement virtuel mais en temps réel.
    Un jeu où l'on pleure, où l'on saigne, à travers un autre soi-même. Un jeu où tout peut arriver, même mourir. Une énigme absolue où il faut tout découvrir, y compris le but du jeu... Ce jeu existe : il s'appelle La Cité. Comme dix millions de Terriens, Thomas a eu la chance de pouvoir entrer dans La Cité. Et tout a changé... Peu à peu, il a rencontré les amis que La Cité lui destinait, Arthur, Liza et Jules César.
    Avec eux, il a découvert ses pouvoirs. Il a aussi repéré ses ennemis, comme Jonathan, son copain de lycée... Puis tout s'est emballé. Mystères et coups de théâtre se sont entrechoqués, ont submergé les esprits. Jusque dans la vraie vie... Avertissement : Dans La Cité, ne partez jamais de votre véritable vie, sinon la lumière blanche vous accablera.

    --> Roman ado - Un premier tome qui m'a bien plu, j'ai beaucoup aimé l'idée même du thème, l'engouement pour un jeu virtuel qui devient pour ainsi dire réel. Je n'ai pas envie de lire la suite parce qu'il y a tellement de choses à lire... mais si je n'avais rien d'autre à me mettre sous la dent, je poursuivrais.


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  • Le restaurant de l'amour retrouvé

    de Ogawa Ito

     

    Une jeune femme de vingt-cinq ans perd la voix à la suite d’un chagrin d’amour, revient malgré elle chez sa mère, figure fantasque vivant avec un cochon apprivoisé, et découvre ses dons insoupçonnés dans l’art de rendre les gens heureux en cuisinant pour eux des plats médités et préparés comme une prière.
    Rinco cueille des grenades juchée sur un arbre, visite un champ de navets enfouis sous la neige, et invente pour ses convives des plats uniques qui se préparent et se dégustent dans la lenteur en réveillant leurs émotions enfouies.
    Un livre lumineux sur le partage et le don, à savourer comme la cuisine de la jeune Rinco, dont l’épice secrète est l’amour.

     

     

    → Il est question de saveurs, de couleurs, d'odeurs, de temps... mais il est aussi question d'amour, d'émerveillement, de filiation. Le récit est empreint d'une grande délicatesse, il est frais.... c'est un bijou, jusqu'aux deux tiers. Rinco semble réussir à s'affranchir d'une filiation douloureuse et d'un chagrin d'amour pas moins douloureux : l'histoire est concentrée sur la réussite de son restaurant et c'est un pur bonheur de lire sa cuisine. Et puis l'histoire de sa mère et la réalité de la maladie et de la mort la rattrape. Mais « personne ne doit mourir en vain » se rappelle-t-elle lorsqu'un pigeon vient s'écraser sur un carreau. Je m'arrête là, l'histoire étant déjà très dévoilée. Un petit coup de cœur.

     

     

    Extraits:

     

    p: 37

     

    […] j'ai soigneusement lavé les raisins sauvages cueillis dans la matinée et je les ai mis à cuire pour préparer du vinaigre balsamique. Dans douze ans, il serait prêt. Quelle saveur aurait-il?Les yeux clos, j'ai essayé de l'imaginer.

     

     

     

    P:38

     

    De la paume de mes mains fraîchement lavées, j'ai délicatement effleuré les aliments. Puis, comme on berce une vie nouvelle à peine éclose, un par un, je les ai pris entre mes mains, les ai portés jusqu'à mon visage et, les yeux clos, j'ai parlé avec eux pendant quelques secondes.

     

     

     

    "Si tu cuisines en étant triste ou énervée, le goût ou la présentation en pâtissent forcément. Quand tu prépares à manger, pense toujours à quelque chose d'agréable, il faut cuisiner dans la joie et la sérénité. "

     

     

     

    P: 115

     

    Mes souvenirs les plus chers, je les range bien à l'abri dans mon cœur, et je ferme la porte à clé. Pour que personne ne me les vole. Pour les empêcher de se faner à la lumière du soleil. Pour éviter que les intempéries ne les abîment.

     

     

     

    P:121

     

    Le début de l'été s'annonçait et l'Escargot était toujours fermé, seul le temps s'écoulait vaguement, passant au-dessus de moi, imperturbable.

     

    Et puis, je ne faisais plus de vrais repas.

     

    Je ne voulais plus voir de sang, ni en manger.

     

    Je me nourrissais de préférence d'aliments sans vie.

     

    Mon corps avait bizarrement maigri, ma peau était rugueuse.

     

    Mais je m'en fichais.

     

    La plupart des mes repas se composaient de plats tout prêts, certains jours, il m'arrivait même de manger des nouilles instantanées matin, midi et soir.

     

    Du coup j'étais passée experte dans l'art de cuisiner ce genre de plats. A tel point que j'aurais pu, sans mentir, me présenter comme « spécialiste en plats tout prêts ». Dans les placards de cuisine de ma mère, il restait encore des montagnes de paquets de nouilles instantanées à la date de péremption dépassée.

     

    Les plats préparés, dénués de tout lien affectif ou émotif, étaient, dans mon état d'hyperémotivité, la meilleure des nourriture.

     

    Ma mère aussi s'était peut-être nourrie presque exclusivement de plats tout prêts pour ne rien ressentir, ne rien penser.

     

     

    Page 121

     

    Un repas c'est parce que quelqu'un d'autre le prépare pour vous avec amour qu'il nourrit l'âme et le corps.

     


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  • Je peux très bien me passer de toi

    Marie Vareille

    Chloé et Constance sont bonnes copines, bien qu’elles n’aient en commun que leurs vies sentimentales catastrophiques. Un soir, les deux jeunes femmes décident de prendre leur vie en main en concluant un pacte. Chloé, séductrice dans l’âme et Parisienne jusqu’au bout des ongles, devra s’exiler en pleine campagne avec l'interdiction d’approcher un homme pendant six mois. Constance, incorrigible romantique, s’engagera à coucher le premier soir avec un parfait inconnu. Des vignobles du Sauternais à Londres en passant par Paris, cet étrange pacte entraînera les deux amies bien plus loin que prévu…

    --> J'ai choisi ce livre pour lire quelque chose de léger, type chick lit. Le titre et la note de babelio m'ont fait choisir celui-là C'était réussi, livre bien dans le genre, on passe les pages sans s'en rendre compte. Mais finalement... quel ennui! On pressent toujours 10 pages avant ce qu'il va se passer, les émois et intrigues de Constance et Chloé ne m'ont vraiment pas emportée. Est-ce le genre qui ne me convenait pas ce jour-là?


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  • Les cerfs-volants de Kaboul

    Khaleid Hosseini

    De Kaboul à San Francisco, des années 70 à nos jours, une déchirante histoire d'amitié et de trahison, avec, en arrière-plan, la chronique tourmentée d'un pays dévasté : l’Afghanistan.

    Bien que frères de lait, Amir et Hassan ont grandi dans des mondes différents : le premier est le fils d’un riche commerçant, le second est le fils de leur Serviteur. Inséparables, liés par une même passion, les deux garçons se vouent une amitié indéfectible.
    Mais ce lien va se briser à jamais. Alors que sous ses yeux Hassan subit une véritable ignominie, Amir reste pétrifié. Peur ? Lâcheté ? Honte ? Pris dans une terrible confusion des sentiments, il n'esquissera pas un geste pour sauver son ami.

    Été 2001. Réfugié depuis plusieurs années aux États-Unis, Amir reçoit un appel du Pakistan. Il existe un moyen de te racheter, lui annonce la voix au téléphone. Mais ce moyen passe par une plongée au cœur de l'Afghanistan des talibans... et de son propre passé.

    --> Ce roman nous tient en haleine avec une narration digne d'un conteur. On rentre dans la peau du narrateur, à mi-1chemin entre le conte et la confidence. Dans le fond, l'histoire tragique de l'Afghanistan et des habitants de Kaboul. L'histoire lie Amir (le narrateur) et Hassan, son serviteur «hazara» dans une amitié qui pouvait sembler improbable, puis dans une répudiation qui semble inévitable pour Amir. 25 ans plus tard, alors qu'il vit aux États-Unis, il a la possibilité de réparer la culpabilité qui le ronge. Il reviendra à Kaboul, et nous, lecteurs, traversons avec cette narration 25 années de l'histoire afghane.


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  • Hostiles

    Franck Thilliez

    Marc et Léa, deux inconnus piégés dans la carcasse d'une voiture. L'homme a pris en stop la femme, paumée sur une route des Cévennes, puis l'automobile, percutée par un objet non identifié, est tombée dans un précipice. Les heures s'écoulent, sans âme qui vive pour secourir les blessés. Dans l'habitacle, la panique enfle cependant que la nuit, bruissant d'insectes, tombe et que se profilent des ombres inquiétantes...

    Inaugurant cette deuxième saison estivale des "Petits Polars du Monde," Hostiles, la nouvelle écrite par Franck Thilliez, renoue avec une spécialité de ce maître du thriller : un huis clos oppressant où fermentent les secrets, où la claustrophobie le dispute à la paranoïa.

    --> C'est un récit court et haletant, un très bon petit polar. Ce soir, en rentrant du travail, une mouche était enfermé dans l'habitacle de ma voiture... brrrrrr.


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  • Americanah

    de Chimamanda Ngozi Adichie

    « En descendant de l'avion à Lagos, j'ai eu l'impression d'avoir cessé d'être noire. »

    Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l'Amérique qui compte bien la rejoindre.

    Mais comment rester soi lorsqu'on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés?

    Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux États-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria.

    À la fois drôle et grave, doux mélange de lumière et d'ombre, Americanah est une magnifique histoire d'amour, de soi d'abord mais également des autres, ou d'un autre. De son ton irrévérencieux, Chimamanda Ngozi Adichie fait valser le politiquement correct et les clichés sur la race ou le statut d'immigrant, et parcourt trois continents d’un pas vif et puissant.

    --> Du Nigéria vers les Etats-Unis, un aller et un retour empreint du romanesque de la narratrice Ifemelu. L'auteurlui prête sa parole: on vit pour commencer le Nigéria, puis l'exil: l'enjeu de trouver du travail, une bourse pour étudier. Installée aux Etats-Unis la narratrice décrit à travers un blog à succès une société raciale qui ne le dit pas. On vit ses aventures amoureuses et ses échecs. Parallèlement, on prend des nouvelles d'Obinze, son amour de jeunesse qui rêvait d'Amérique mais qui ne connaitra que l'Angleterre et sera reconduit à la frontière. Pour finir, nous suivons le retour choisi d'Ifem au pays. Un récit qui montre une certaine facette de l'immigration africaine, qui donne envie de comprendre toujours plus. Un récit dans lequel le cheveu crépu, la coiffure de la femme africaine prend beaucoup de sens.


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  • Petit pays

    Gaël Faye

    En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…
    « J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages... J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d'être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »
    Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.

    --> Ce que j'ai aimé dans cette histoire, c'est comprendre enfin- un peu- le conflit Tutsi-Hutu, situer le Rwanda et le Burundi, j'ai aimé être bousculée par cette histoire à couper le souffle qui illustre une dure réalité. L'âge du narrateur au fil du récit montre comment la jeunesse peut basculer dans une incroyable violence.


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  • Anima

    de Wadji Mouawad

    Sa femme a été assassinée et violée. Waach se lance sur les traces du meurtrier, un Indien mohawk qui profane les plaies ouvertes dans le ventre de ses victimes, ainsi que fait le mâle de la termite, perforant l’abdomen des femelles pour les ensemencer. De cette poursuite du monstre, les animaux sauvages ou domestiques sont les témoins, ils se relaient pour prendre en charge la narration. Un roman totémique et animiste.

    --> Une scène de crime trop violente est le seul reproche que je fais à ce livre qui surprend par le point de vue narratif (des animaux) et un récit -certainement documenté- qui nous amène sur la piste des indiens d'Amérique du côté de la frontière canadienne (on commence le road movie  Chateaugay) jusqu'au massacre de Sabra et Chatilla. Les animaux sont les témoins de la quête de Waach. Regard objectif de bêtes qui ne possèdent pas la parole, qui sont là mais dont on ne se préoccupe pas. Quelle bonne idée!


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  • Instincts

     

     de Sarah Marquis

    Embarquez avec Sarah Marquis pour une incroyable traversée à pied de l'Australie. Pour la première fois, après 23 ans d'expéditions, l'aventurière des sables se lance un défi encore plus fou, encore plus extrême pour réaliser son rêve : un face-à-face avec la nature de 4 mois sans vivres ni ressources. Livrée à elle-même, elle affronte les Kimberley, ses savanes, ses gorges et ses forêts tropicales, terre vierge et redoutable. Pour survivre, la connaissance et la maîtrise de la faune et de la flore sont ses meilleurs atouts. La récolte des fruits du baobab et la chasse aux insectes ou aux serpents sont ses rituels quotidiens. Pour manger, elle a dû parfaire l'art de la pêche, pour puiser l'eau douce, elle a dû maîtriser le calendrier des marées puis la rendre potable grâce à un filtre en céramique. Il ne faut rien négliger, ni la chaire délicieuse des branches des arbres Pandanu, ni les vertus médicinales des plantes du bush. À l'aube, fronde et machette à la taille, Sarah, près d'un abreuvoir naturel et garde-manger pour tous les prédateurs, installe ses pièges à crabes et ses filets de pêche. Au royaume des crocodiles, elle est sur le qui-vive car elle sait que la moindre négligence pourrait lui être fatale. Le soir venu, au campement, une fois le panneau solaire en charge et la caméra infrarouge lancée, laissez-vous comme elle bercer par le roulis du hamac et goûtez à la nuit sauvage. Toute sa vie, Sarah s'est préparée pour ce challenge. De son propre aveu, la plus difficile de ses expéditions. Dans Face-à-face nature, elle vous invite à la partager. « Pour survivre dans la nature vous devez oublier votre enveloppe humaine et suivre votre instinct animal. »

    -->  Voilà un récit vers lequel je ne serais pas allée en librairie et j'ai été agréablement surprise par le témoignage de cette expédition. Si j'y ai trouvé des lenteurs et des redondances, elles vont avec l'esprit de cette expédition et surtout de son auteure. Je me suis surprise à écouter mon estomac différemment au fil du récit. Car il faut le dire Sarah Marquis dans son mode survie parle des dangers extérieurs qu'elle peut rencontrer (animaux, chutes de pierres, incendies) mais elle parle surtout de cette faim qui la tenaille et de la quête d'eau. Tout cela est bien retranscrit au cœur d'un récit qui vante un retour sur soi au cœur d'une nature hostile mais finalement magnifique et par là même généreuse. Au cœur du livre, quelques belles photographies sur lesquelles je me suis précipitées une fois le livre en main, mais ces photographies ont pris un tout autre sens une fois le récit achevé : je les ai regardées avec détachement au début pour vibrer avec elles à la fin. C'est alors que j'ai réalisé que Sarah Marquis m'avait emmenée en voyage : merci, merci !

     

     


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  • Le confident

    Hélène Grémillon

    Camille vient de perdre sa mère. Parmi les lettres de condoléances, elle découvre un étrange courrier, non signé. Elle croit d'abord à une erreur mais les lettres continuent d'arriver, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend qu'elle n'est pas étrangère au terrible secret que cette correspondance renferme.

    Dans ce premier roman sur fond de Seconde Guerre mondiale, Hélène Grémillon mêle de main de maître récit historique et suspense psychologique.

    "Le confident" a obtenu cinq prix littéraires et été traduit en vingt-sept langues.

    --> Je ne sais plus comment ce livre est arrivé sur ma pile à lire... trop de livres dans mon pense-bête. Probablement les thèmes des secrets de famille, récits, suspens que j'affectionne. C'est un livre qui m'a happé. Comment le mal d'enfant peut amener à un tel plan. D'où l'auteure tire-t-elle son inspiration? Une petite longueur aux 3/4 du roman, lorsque je pensais avoir tout compris, et finalement j'ai été emportée jusqu'au bout avec l'envie de le recommander. Aux femmes surtout.

    Spoiler:

    Camille est éditrice et reçoit en même temps que les condoléances pour le décès de sa mère un début de correspondance qu'elle pensera un moment être un stratagème d'auteur pour l'approcher avant de comprendre que le bébé de l'histoire qu'elle lit n'est autre qu'elle-même. Elle s'appelle Louise pour Annie, sa mère naturelle. Mère porteuse après avoir donné une parole de jeune fille certainement trop naïve à Madame M., bourgeoise arrivée depuis peu au village qui fait tout pour la rendre épanouie dans son plaisir de peindre. Ce n'est que le début de l'histoire, des vies chargées de secrets.

    Citations:

    - Ne cherche jamais à te faire aimer des gens comme tu voudrais qu'ils t'aiment, ce n'est pas ça, le véritable amour. Il faut accepter que les gens t'aiment à leur manière.

    - Ce ne sont pas les autres qui nous infligent les pires déceptions, mais le choc entre la réalité et les emballements de notre imagination.

    - Au petit déjeuner, il m’avait dit que c’était drôle la vie quand même, après ce long temps sans les voir, il trouvait, à certains, un charme nouveau et, à d’autres, plus de charme du tout.
    Je me souviens parfaitement de cette phrase et je sais pourquoi. C’était une de ces phrases qui taisent ce dont elles parlent vraiment, et qui laissent un arrière-goût à ceux qui les prononcent comme à ceux qui les entendent. Une « phrase clé » dont on se souvient plus tard en se disant : c’était donc ça que ça voulait dire. Comment ai-je pu ne pas m’en rendre compte à cet instant ?

    - L'amour est un principe mystérieux, le désamour plus encore, on arrive à savoir pourquoi on aime, jamais vraiment pourquoi on n'aime plus.

    - La manipulation psychologique est une arme comme une autre, ni plus ni moins faillible, la seule en tout cas qui permette le crime parfait.

    - On peut cacher son malheur au milieu de gens malheureux, pas au milieu de gens heureux.

    - On ne peut pas reprocher à la vie de vous reprendre ce que vous ne regardiez plus.

    - J’ai toujours pensé que les secrets doivent mourir avec ceux qui les ont portés.

     

     


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  •  

    Carrières de sable

    de Jérôme Baccelli

    Un jour, un consultant d’une grande banque multinationale perd son téléphone, rentre en dépression, puis s’aperçoit qu’il se dissout : littéralement, qu’il se transforme en sable. Quelques jours après, une de ses collègues d’une compagnie pétrolière voit disparaître son nom des systèmes informatiques de son entreprise, puis de la Sécurité sociale, de l’Etat, etc. Commence une vague de disparitions à l’échelle mondiale.
    Pourtant, Francis Kiu, Lorraine Delvaux, et leurs congénères continuent d’œuvrer dans l’ombre, de manipuler des graphiques, de s’exprimer sur facebook. Un enquêteur tente l’impossible : s’accrocher à la biographie de ce cadre aux activités tentaculaires qu’est Francis Kiu, dont il finit par se demander de quoi fût bâtie la carrière… sinon de sable. Au fil de son investigation, on croise un krach boursier, des Roms envahissant le siège d’entreprises désertées des grandes métropoles, des soupçons de complot contre les technologies modernes.

     


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  • Vous n'aurez pas ma haine

    Antoine Leiris

    Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leiris, le 13 novembre 2015, assassinée au Bataclan. Accablé par la perte, il n’a qu’une arme : sa plume.
    À l’image de la lueur d’espoir et de douceur que fut sa lettre « Vous n’aurez pas ma haine », publiée au lendemain des attentats, il nous raconte ici comment,
    malgré tout, la vie doit continuer.
    C’est ce quotidien, meurtri mais tendre, entre un père et son fils, qu’il nous offre. Un témoignage bouleversant.

    Ancien chroniqueur culturel à France Info et France Bleu, Antoine Leiris est journaliste. Vous n’aurez pas ma haine est son premier livre.

    --> Comme beaucoup, le texte d'Antoine Leiris m'a émue au plus au point lors de sa diffusion. Alors j'avais peur 1- de ne pas retrouver le texte dans le livre (mais si, il y est) 2- de trouver fade le reste: comment l'auteur pourrait-il réussir à coucher d'autres mots qui puissent nous toucher encore?
    Il y arrive brillamment, quelques larmes ont coulé sur mes joues et je ferme le livre admirative des sentiments de cet homme et pleine de confiance en une humanité profonde. Merci aussi de nous  rappeler la nécessité d'éduquer.

    Melvil ne pourra pas pas passer ces pages de sa vie comme elle passait les pages de l'histoire. Je n'ai pas de baguettes magique.Notre coccinelle s'est sur le nez de la sorcière elle avait une Kalachnichnikov en banboubouliere et la mort au bout du doigt .

    Un enfant ne s'encombre pas des choses de grands. Son innocence est notre sursis.

    J'ai laissé ce petit manège continuer autant qu'elles en auraient besoin. Elles désiraient donner un peu de l'amour d'une maman à un enfant qui en manquerait tellement, je le prenais, qu'importe qu'il mange ou non ces potages. Je comprenais aussi que mon fils, s'il n'aura plus l'amour de sa mère, aura la tendresse de toutes les autres, dans des petits pots pleins de compotes.

    - On devrait distribuer des gilets fluorescents à tous ceux que l'on a envie d'éviter. Le soutien psychologique en a ce matin-là, ce qui me facilite la tâche. Je ne veux pas leur parler. J'ai l'impression qu'ils veulent me voler. Me prendre mon malheur, lui appliquer un baume de formules toutes faites, pour me le rendre dénaturé, sans poésie, sans beauté, insipide.

    - [...] répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes.

     


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  • En attendant Bojangles

    Olivier Bourdeaut

    Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur "Mr. Bojangles" de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
    Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
    Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
    L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

    L’optimisme des comédies de Capra, allié à la fantaisie de L’Écume des jours.

    --> L'auteur est un orfèvre des adjectifs et rythme son écriture de rimes infinies. C'est un poète des mots dont les recettes n'ont pas été sans m'évoquer le chef Boby Lapointe. le récit est comme une danse qui nous emporte et une sorte de magie opère dans laquelle notre propre folie titille sans cesse nos zygomatiques, à moins que ce ne soit l'inverse. Un tendre coup de coeur. Bénédicte, Georgette, Elisabeth, Jeanne, Liberty nous manque à chaque fois qu'on pose le livre.

     Citations:

    Ceci est mon histoire vraie, avec des
    mensonges à l’endroit, à l’envers, parce
    que la vie c’est souvent comme ça.

    1

    Mon père m’avait dit qu’avant ma naissance, son métier c’était de chasser les mouches avec un harpon. Il m’avait montré le harpon et une mouche écrasée.
    – J’ai arrêté car c’était très difficile et très mal payé, m’avait-il affirmé en rangeant son ancien matériel de travail dans un coffret laqué. Maintenant j’ouvre des garages, il faut beaucoup travaillé mais c’est très bien payé.
    A la rentrée des classes, lorsqu’aux premières heures on fait les présentations, j’avais parlé, non sans fierté, de ses métiers mais je m’étais fait gentiment gourmander et copieusement moquer.
    – La vérité est mal payée, pour une fois qu’elle était drôle comme un mensonge, avais-je déploré.

    -Pauline, où sont mes espadrilles?
    Et Maman répondait:
    -A la poubelle, Georges! C’est encore là qu’elles vous vont le mieux!
    Et Maman lui lançait:
    -Georges, n’oubliez pas votre bêtise, on en a toujours besoin!
    Et mon père répondait:
    -Ne vous en faites pas, Hortense, j’ai toujours un double sur moi!

    D’elle mon père disait qu’elle tutoyait les étoiles, ce qui me semblait étrange car elle vouvoyait tout le monde, y compris moi.

    Le problème c'est qu'elle perdait complètement la tête. Bien sûr, la partie visible restait sur ses épaules, mais le reste, on ne savait pas où il allait.

    Maman était installée au deuxième étage de la clinique, celui des déménagés du ciboulot. Pour la plupart le déménagement était en cours, leur esprit partait petit à petit, alors ils attendaient calmement la fin du nettoyage, en mangeant des médicaments.

    Le miroir est plus objectif, il juge vraiment, parfois cruellement, mais sans mettre d'affectif.

    Mais enfin, dans quel monde vivons nous? On ne vend pas les fleurs, les fleurs, c'est joli et c'est gratuit, il suffit de se pencher pour les ramasser. Les fleurs c'est la vie, et à ce que je sache on ne vend pas la vie

    Les ennemis les plus dangereux sont ceux qu'on ne soupçonne pas !

    Elle avait réussi à donner un sens à ma vie en la transformant en un bordel perpétuel. Sa trajectoire était claire, elle avait mille directions, des millions d’horizons, mon rôle consistait à faire suivre l’intendance en cadence, à lui donner les moyens de vivre ses démences et de ne se préoccuper de rien.

     

     


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  • Le dîner

    d'Herman Koch (2013)

    Succès phénoménal aux Pays-Bas, alliance détonante d'une comédie de moeurs à l'humour ravageur et d'un roman noir à la tension implacable, Le Dîner dresse le portrait de notre société en pleine crise morale. Deux frères se donnent rendez-vous avec leurs épouses dans un restaurant branché d'Amsterdam. Hors-d'oeuvre : le maître d'hôtel s'affaire. Plat principal : on parle de tout, des films à l'affiche, des vacances en Dordogne. Dessert : on évite soigneusement le véritable enjeu du dîner, les enfants. Car leurs fils respectifs ont commis un acte d'une violence inouïe. Un café, un digestif, l'addition. Reste la question : jusqu'où irions-nous pour préserver nos enfants ?

    --> Il est des livres que l'on choisit pour leur titre et leur couverture, le dîner a été un de cela. De l'humour, du roman noir, de la tension... ce roman est une véritable surprise par ces portraits psychologiques. Ils sont effleurés, mais on mesure toute leur profondeur et les portraits ont de quoi nous amener à nous interroger sur ce qui régit les relations avec les autres. Dans le couple, la famille, la fratrie, en société, en politique. Les non dits, les secrets sont évoqués. Les déroulement du récit qui n'est pas linéaire nous réserve quelques surprises. Le narrateur  a l'esprit particulièrement tortueux que certaines scènes paraissent invraisemblables, mais l'art de l'auteur nous permet d'y croire. Il interroge sur les formes de violences sociales.

    C'est un récit truculent, où les personnages entretiennent des rapports complexes où le narrateur se raccroche sans arrêt à l'image de ce que doit être une "famille heureuse".

    Un récit qui ne ressemble pas à grand chose d'autre. A lire

    SPOILER:

    Deux couples mangent dans un grand restaurant. Le narrateur juste avant le repas a vu qqc sur le tél. de son fils qu'il n'aurait pas dû voir. Ce repas ne l'enjoue pas c'est le moins qu'on puisse dire. Il va dîner avec son frère, promis futur ministre et les épouses respectives. Le fils du narrateur, Michel et son cousin Rick ont mis à mort une sdf dans un distributeur automatique. La scène a été filmée sans qu'ils soient reconnaissables et l'enjeu de la soirée est de voir comment chaque adulte veut couvrir ou révéler ce que son fils a fait. Un troisième enfant, Beau, fils adoptif du politicien s'avère être maître chanteur.

    A aucun moment autour de la table les faits ne sont clairement évoqués, alors qu'il semble qu'il faille prendre à l'initiative du politicien une décision: il veut révéler l'affaire et sortir de la vie politique. Les trois autres trouvent que c'est folie, qu'il décide ainsi de l'avenir des garçons et qu'il n'en a pas le droit.

    Dénouement: Au cours de la soirée Michel et Rick vont vraisemblablement se débarrasser de Beau. Claire abîmera le visage du beau Serge l'obligeant à nepas faire sa carrière politique, évitant à son mari violent de la faire (la violence serait-elle dans les gênes?), avec la complicité de Babette, la femme de Serge.

    Citations:

    - On n'a pas besoin de tout savoir les uns des autres. Les secrets ne sont pas un obstacle au bonheur.

    - Le proviseur était probablement contre le réchauffement de la planète, et l'injustice en général. Peut-être ne mangeait-il pas de viande de mammifères et était-il antiaméricain, ou bien en tout cas contre Bush - en adoptant ce dernier point de vue, les gens se croyaient autorisés à ne plus réfléchir à rien. Quand on était contre Bush, on avait le coeur au bon endroit, et on pouvait se comporter vis-à-vis de son entourage comme le pire des rustres.

    - Cela arrive plus souvent qu'on ne le souhaite, dans ces restaurants prétendument haut de gamme, on perd le fil de la conversation à force d'être confronté à ces innombrables interruptions comme les explications bien trop détaillées sur le moindre pignon de pin dans son assiette, le débouchage interminable des bouteilles de vin et le remplissage opportun ou non de nos verres sans que personne n'ait rien demandé

    - Si je devais donner une définition du bonheur, ce serait celle-ci : le bonheur se satisfait de lui-même, il n'a pas besoin de témoin. " Toutes les familles heureuses se ressemblent, les familles malheureuses le sont chacune à leur façon", dit la première phrase d'Anna Karénine, de Tolstoï.
    Je me contenterai tout au plus d'y ajouter que les familles malheureuses - et au sein de ces familles en premier lieu les couples malheureux - n'y parviennent jamais seules.
    Plus il y a de témoins, mieux cela vaut. Le malheur est toujours en quête de compagnie.
    Le malheur ne peut supporter le silence - et encore moins les silences gênés qui s'installent lorsqu'il se retrouve seul.
    Aussi nous sommes-nous souri, Claire et moi, dans le café quand on nous a servi nos bières, sachant que bientôt nous allions passer toute une soirée en compagnie des Lohman : nous vivions le plus beau moment de la soirée, tout n'irait par la suite que de mal en pis. p.14

    - Je sais parfaitement que, dans les restaurants haut de gamme, on privilégie la qualité et non la quantité, mais il y a vide et vide. En l'occurrence, on avait été visiblement très loin dans l'exagération du vide, de la partie de l'assiette sans aucune nourriture.

    - L'expérience m'a appris que, face à des intelligences inférieures, le mieux est de mentir effrontément; en mentant, on donne aux abrutis la possibilité de battre en retraite sans perdre la face.  (NB: c'est quand Paul est avec le proviseur de Michel après son devoir sur la peine de mort)


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  • Le temps est assassin

    de Michel Bussi

    Eté 1989
    La Corse, presqu'île de la Revellata, entre mer et montagne.
    Une route en corniche, un ravin de vingt mètres, une voiture qui roule trop vite... et bascule dans le vide.
    Une seule survivante : Clotilde, quinze ans. Ses parents et son frère sont morts sous ses yeux.
    Eté 2016
    Clotilde revient pour la première fois sur les lieux de l'accident, avec son mari et sa fille ado, en vacances, pour exorciser le passé.
    A l'endroit même où elle a passé son dernier été avec ses parents, elle reçoit une lettre.
    Une lettre signée de sa mère.
    Vivante ?

    --> Vous avez aimé les précédents ? Bussi est un conteur fidèle qui nous emmène cette fois dans les tortueuses routes de Corse. Notre soif de suspens est étanchée.
    Le titre du livre fort bien trouvé m'a entêté tout au long de la lecture en me rappelant des vieux refrains.
    Alors je ne résiste pas :
    « Te raconter enfin qu'il faut aimer la vie et l'aimer même si

    Le temps est assassin et emporte avec lui
    Les rires des enfants et les mistral gagnants » (Renaud)
    « Quand l'amour le plus fou de la terre
    Se débat dans une odeur de fin
    Je dis qu'c'est ça la vraie misère
    Je dis qu'le temps est assassin. » (Véronique Sanson)
    et enfin :
    « le temps est assassin.
    Parfois il y a des circonstances atténuantes » (M. Bussi)

    Citations:

    "Non ! répéta Clotilde dans sa tête. Quinze ans que je tiens le choc, quinze ans que je joue les démineuses, ma grande, vingt ans que je joue la copine cool, mon Frankie, celle qui ne se plaint jamais, celle qui a le sourire banane, la fofolle, la rigolote, celle qui dédramatise, celle qui recolle les morceaux, celle qui assure, celle qui tient la route, le volant du quotidien, en chantonnant pour que le trajet vous soit moins long. Et je vous demande quoi en retour ? Juste quinze minutes ! Quinze minutes sur vos quinze jours de vacances ! Quinze minutes sur tes quinze ans de vie, ma grande ! Quinze minutes sur nos vingt ans d'amour, mon chéri ! Quinze minutes contre tout le reste, un quart d'heure de compassion pour mon enfance qui s'est ratatinée ici, sur ces rochers qui s'en contrefoutent, qui ont tout oublié et qui seront encore là dans mille ans. Quinze minutes dans une vie, c'est trop demander ?
    Ils lui en accordèrent dix."


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  • 13 à table! Année 2016

    Collectif: 12 nouvelles écrites par Françoise Bourdin, Michel Bussi, Maxime Chattam, Stéphane De Groodt, Françoise d'Epenoux, Karine Giebel, Douglas Kennedy, Alexandra Lapierre, Agnès Ledig, Nadine Monfils, Romain Puertolas, Bernard Werber.

    Les plus grands auteurs de la littérature contemporaine ont pris cette année encore leur plus belle plume pour vous concocter un délicieux recueil de nouvelles autour d'un thème : frère et sœur. Ceux qui s'aiment, ceux qui se détestent... Souvenirs d'enfance, vie commune, haine larvée ou avouée, à chacun sa recette. Douze fratries à découvrir sans modération.

    Cent balles / Françoise Bourdin: 2 frères que tout oppose, sauf le lien du sang.

    La seconde morte / Michel Bussi: Aurélie Leroy s'invente presque malgré elle une soeur Alexandra Leroy depuis le CP. Comment gère-t-elle la renommée de cette soeur?

    Ceci est mon corps, ceci est mon pêché / Maxime Chattam: des disparitions en nombre n'en sont pas, les enquêteurs ont la certitude que ce sont des meurtres. Des homicides liés à un food truck, des analyses ADN dans les excréments des clients pour nous révéler une horreur à vomir!

    Frères Coen / Stéphane De Groodt: Texte déroutant on l'on passe d'un jeu de mot à l'autre sur une trame narrative absurde. Si j'ai par moment eu l'impression de retrouver l'habileté de Boby Lapointe, je n'ai en revanche pas accroché au surréalisme du texte. Trop loufoque, déjanté? Mais avant tout la découverte d'un auteur atypique que je ne connaissais pas. Un peu de recherche: il est chroniqueur TV. Je relis le texte à haute voix et il se révèle.

    La main sur le coeur / François d'Epenoux: Une fratrie qui s'ignore et le désir d'une mère de réunir ses trois enfants déguisés comme autrefois. Le garçon, déguisé en Napoléon portera la main au coeur...

    Aleyna / Karine Giebel: "Les nations unies estiment que chaque année dans le monde, plus de cinq mille femmes meurent au nom de "l'honneur". L'auteur nous invente une nouvelle pour illustrer l'un de ces drames.

    Tu peux tout me dire / Douglas Kennedy: Justement, toute vérité n'est pas bonne à dire. Une nouvelle pas très rythmée, dont le contenu a glissé sur moi, qui neressemble pas à ce que j'ai lu de l'auteur. Quoi que... avec D. Kennedy l'intrigue est longue à se mettre en place. Ici aussi. Comme c'est une nouvelle, on n'a pas le temps de s'intéresser à cette histoire. Décevant.

    Fils unique / Alexandra Lapierre: Un portrait de fils unique bien dressé, un homme qui veut vainement fonder une famille mais un épilogue où il découvre qu'il a une fratrie, plus complexe qu'on pourrait le penser. L'auteur sait ménager e la surprise jusqu'à la fin.

    Karen et moi / Agnes Ledig: Je retrouve avec bonheur la narration d'Agnès Ledig: de la fraîcheur, de l'humor, des phrases qui s'enchaînent et nous identifient aux personnages. J'aurais un peu modifié la fin de l'histoire pour que la fratrie soit celle de deux mères et non "karen et moi".

    La robe bleue / Nadine Monfils:

    Le premier Rom sur la lune / Romain Puertolas:

    Jumeaux, trop jumeaux / Bernard Werber:

     

     

     

     

    Citation:

    - Aurélie Leroy...
    Je lève la main.
    La maîtresse me regarde. Plus longtemps que les autres. Avec un sourire plus grand que pour les autres. Comme si elle me connaissait déjà.
    - Alexandra. Alexandra Leroy, c'est ta grande sœur?
    Je suis surprise, je baisse la tête, puis je dis oui.


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  • Pensées en chemin

     

    Axel Kahn

    Axel Kahn marcheur ? On le savait généticien, médecin, humaniste. On le découvre ici en randonneur de haut niveau, capable d’avaler deux mille kilomètres en parcourant « sa » France de la frontière belge dans les Ardennes à la frontière espagnole sur la côte atlantique, au Pays basque. Itinéraire buissonnier qui le conduit de la vallée de la Meuse à Saint-Jean-de-Luz, en passant par Vézelay, le Morvan, la Haute-Loire, les Causses et le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle pendant sept cents kilomètres.
    Le livre qu’il a tiré de ce périple est plusieurs choses à la fois : un carnet de voyage curieux, drôle, rêveur, où nous sont contées les anecdotes d’une traversée haute en couleurs ; une sorte de manuel d’histoire, où remontent à notre mémoire quelques-uns des lieux célèbres du passé de la France. Mais aussi une réflexion sur l’état de notre pays, la désertification de beaucoup de régions, la pauvreté de certaines, les effets ravageurs de la mondialisation. « Sécession », énonce-t-il : « J’appelle ainsi la rupture d’une partie de la population avec la vie politique ordinaire, l’apparente rationalité de son discours et ceux qui le tiennent. » Comme on voit, l’humaniste engagé n’a pas disparu derrière le marcheur.
    Et puis ce livre est aussi l’occasion de rencontrer à chaque étape des hommes et des femmes qui racontent chacun un bout de la vraie France d’aujourd’hui, celle dont on n’entend jamais parler.

    --> Je m'attendais à plus de pensées personnelles et moins d'érudition, passée la surprise j'ai apprécié la connaissance dispensée par l'auteur.


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