• La servante écarlate

    de Margareth Atwood

    Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d'esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d'autres, à qui l'on a ôté jusqu'à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l'austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

    Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s'est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n'est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n'a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés. La série adaptée de ce chef-d’oeuvre de Margaret Atwood, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, a été unanimement saluée par la critique.


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  • Une année en Provence

    Peter Mayle

    Installé près de Ménerbes, l'écrivain Peter Mayle a visité les arrière-salles de Provence, à l'heure où le vin semble plus clair ; tracé le portrait d'Amédée, fermier et vigneron pour qui «Vous aimez le lapin ?» signifie généralement : «Puis-je emprunter le pré du bas pour y planter de la luzerne ?» ; écouté avec le sérieux d'un profane et l'ironie d'un Londonien les pourparlers, les mots, les marques d'affection d'un village du Lubéron, et fini par comprendre la formule chantante - mais combien mystérieuse - lâchée au milieu des repas : Encoredupaingue ?.Cette chronique quotidienne et malicieuse a fait le tour du monde. Elle connaît en France un succès sans précédent.

    --> L'auteur anglais vient s'installer en Provence. En 12 chapitres pour une année il porte un regard londonien. Le couple a bien l'intention de s'intégrer dans sa nouvelle vie.


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  • Aïe-ça-meurt

    Dominique Pénide

    Au pays d'Alzheimer, les moments burlesques malmènent " le devoir de mémoire ". Personne n'en sort intact, ni le patient, ni son entourage. Trois femmes, la mère, le fille, la garde-malade, font face chacune à sa manière au temps qui se déglingue. Avec une franchise bouleversante et déterminée Dominique Pénide dit cette épreuve, entre abattement et haine, compassion et découragement. ...Je t'ai fixée d'un air hagard, en songeant que désormais tu allais oublier et oublier encore. Jusquà la signification des gestes les plus simples de la vie courante. Bientôt, tu ne te rappelleras plus à quoi sert une fourchette, tu essaieras de couper ta viande avec un peigne, comme dans les histoires de fous, et un jour, tu ne sauras plus que je suis ta fille. J'ai si peur de ne plus te connaître, le jour où tu ne me reconnaîtras plus.


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  • La maladie de Sachs

    Alors ça fait mal là, et puis là ça tire, et quand je fais ça j'ai comme une douleur de l'autre côté, alors vous comprenez, Docteur, j'ai préféré vous appeler pour vous en parler, des fois que... Tu les écoutes dix fois, cent fois de suite. Tu as de la patience, docteur Sachs, tu rassures toutes leurs angoisses, tu écoutes leurs mots pour mieux soigner leurs maux. À toi, on peut tout dire, d'ailleurs on te dit tout. Et tout ce qu'on te dit, tu en feras un roman : parce que tu ne peux pas tout garder pour toi, parce que toi aussi, tu as des maux à dire. C'est ça, La Maladie de Sachs : une succession de récits apparemment anodins, qui se rejoignent, se complètent et finissent par trouver un sens : l'histoire d'une vocation mêlée à un trop-plein de sentiments. Roman singulier, roman exceptionnel : l'ouvrage de Martin Winckler rencontra un accueil enthousiaste et reçut le prix du Livre Inter 1999, avant qu'Albert Dupontel ne vienne incarner le docteur Sachs dans l'adaptation cinématographique de Michel Deville : La maladie de sachs. --Karla Manuele

    --> Dans la salle d'attente du Docteur Sachs les patients souffrent en silence. Dans son cabinet, les plaintes se dévident, les douleurs se répandent. Qui soigne la maladie de Sachs? En 1999 Michel Delville en tire un film (Alberts Dupontel, Valérie Dréville)


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  • Le pigeon

    Patrick Süskind

    "Lorsque lui arriva cette histoire de pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan Noël avait déjà dépassé la cinquantaine, il avait derrière lui une période d'une bonne vingtaine d'années qui n'avait pas été marquée par le moindre événement, et jamais il n'aurait escompté que pût lui arriver rien de notable sauf de mourir un jour. Et cela lui convenait tout à fait. Car il n'aimait pas les événements, et il avait une véritable horreur de ceux qui ébranlaient son équilibre intérieur et chamboulaient l'ordonnance de sa vie."

    Qu'est-ce qu'un "événement" ?
    Que se passe-t-il, en somme, quand "il se passe quelque chose" dans la vie d'un homme ?
    Tel est au fond le sujet, étonnamment simple et profond, de ce nouveau conte philosophique et cocasse de l'auteur du "Parfum".

    Patrick Süskind est né en 1949 à Ambach, en Bavière. Il a fait des études littéraires à Munich et à Aix-en-Provence et exerce le métier de scénariste. Outre "Le parfum", best-seller mondial, il a écrit une pièce de théâtre à un personnage, "La contrebasse".


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  • Le vieux qui lisait des romans d'amour

    Luis Sepulveda

    Antonio José Bolivar connaît les profondeurs de la forêt amazonienne et ses habitants, le noble peuple des Shuars. Lorsque les villageois d'El Idilio les accusent à tort du meurtre d'un chasseur blanc, le vieil homme quitte ses romans d'amour - seule échappatoire à la barbarie des hommes - pour chasser le vrai coupable, une panthère majestueuse...

    "Il possédait l'antidote contre le redoutable venin de la vieillesse. Il savait lire. "

    "Il ne lui faut pas vingt lignes pour qu'on tombe sous le charme de cette feinte candeur, de cette fausse légèreté, de cette innocence rusée. Ensuite, on file sans pouvoir s'arrêter jusqu'à une fin que notre plaisir juge trop rapide." Pierre Lepape, Le Monde


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  • Le vieil homme et la mer

    Ernest Hemingway

    Tu veux ma mort, poisson pensa le vieux. C'est ton droit. Camarade, j'ai jamais rien vu de plus grand, ni de plus noble, ni de plus calme, ni de plus beau que toi. Allez, vas-y, tue-moi. Ca m'est égal le quel de nous deux tue l'autre. Qu'est-ce que je raconte ? pensa-t-il. Voilà que je déraille. Faut garder la tête froide. Garde la tête froide et endure ton mal comme un homme. Ou comme un poisson. Le vieil homme et la mer a pour héros Santiago, un vieux pêcheur cubain très pauvre. Il n'a qu'une affection dans sa vie : un gamin qui l'accompagne à la pêche. Mais la pêche est depuis longtemps mauvaise, et les parents du gamin ne veulent plus qu'il aille avec ce trop vieil homme qui n'a pas rapporté un poisson depuis si longtemps- depuis quatre-vingt-quatre jours exactement. Alors, le quatre-vingt-cinquième jour, le vieux prend son bateau et part tout seul sur la mer. Un énorme espadon mord à son hameçon. Après une lutte terrible qui dure trois jours, il a enfin raison du grand poisson et peut l'amarrer mort dans sa barque. Mais, comme le vieux, enfin, met le cap sur la terre, les requins arrivent et, malgré ses efforts pour les chasser, ils dévorent peu à peu l'espadon tout entier. Quand Santiago rentre au port, complètement épuisé, il ne reste de l'espadon que la tête et l'arête. Il faut voir dans ce poème épique, aux résonances bibliques et homériques, une parabole : celle de la victoire dans la défaite. C'est un thème cher à Hemingway. L'homme ne triomphe jamais tout à fait - et ici l'échec est total. Mais ce qui importe c'est l'effort pour braver le destin - et ici l'effort est immense. Ce récit est écrit dans une langue familière et grandiose à la fois. Hemingway y réussit, avec une aisance admirable, la synthèse difficile entre une vision réaliste de la vie et une mystique du courage et de l'espoir indestructibles de l'homme. On a vu avec raison dans Le vieil homme et la mer un des chefs-d'œuvre de Hemingway.

    Autre résumé:
    À Cuba, le vieux Santiago ne remonte plus grand-chose dans ses filets, à peine de quoi survivre. La chance l’a déserté depuis longtemps. Seul Manolin, un jeune garçon, croit encore en lui. Désespéré, Santiago décide de partir pêcher en pleine mer. Un marlin magnifique et gigantesque mord à l’hameçon. Débute alors le plus âpre des duels… Combat de l’homme et de la nature, roman du courage et de l’espoir, Le vieil homme et la mer est un des plus grands livres de la littérature américaine.

    --> Il était une fois un vieil hoome tout seul dans son bateau qui pêchai au milieu du Gulf Stream. En qauatre-vingt-quatre jours, il n'avait pas pris un poisson. Les quarante premiers jours, un jeune garçon l'accompagna; mais au bout de ce temps, les parents du jeune garçon déclarèrent que le vieux était décidément sans remède et Salao ce qui veut dire aussi guignard qu'on peut l'être. On embarqua donc le gamin sur un autre bateau, lequel, en une semaine, ramena trois superbes poissons."...

     


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  • Comme un roman

    Daniel Pennac

    LES DROITS IMPRESCRIPTIBLES DU LECTEUR :

    1- Le droit de ne pas lire.

    2- Le doit de sauter des pages.

    3- Le droit de ne pas finir un livre.

    4- Le droit de relire.

    5- Le droit de lire n’importe quoi.

    6- Le droit au bovarysme ( maladie textuellement transmissible ) .

    7- Le droit de lire n’importe où.

    8- Le droit de grappiller.

    9- Le droit de lire à haute voix.

    10- Le droit de nous taire.

    --> Le verbe lire ne supporte pas l'impératif. p.48 Il n'ose compter les heures passées à atteindre cette 48ème page. Lui (...) qui, finalement, s'est levé sans attendre le dessert "excusez-moi, il faut que je lise!"


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  • Amkoullel, l'enfant Peul

    Amadou Hampâté Bâ

    En 1991, Théodore Monod écrivait à propos d'Amadou Hampâté Bâ : Puissent ceux qui le découvriront... se sentir moralement enrichis et fortifiés par la découverte de celui qui fut à la fois un sage, un savant et un spirituel... Hampâté Bâ venait de mourir.

    Et à travers lui, le formidable témoignage d'un penseur et conteur du Mali qui avait su reprendre à son compte les traditions d'oralité de son pays.


    Dès l'enfance, nous étions entraînés à observer, à regarder, à écouter, si bien que tout événement s'inscrivait dans notre mémoire comme dans une cire vierge.

    Pour raconter l'enfance en son pays, l'auteur choisit d'évoquer la savane ouest-africaine, la brousse dévorée par le soleil, battue par les tornades, griffée par le fleuve Niger qui traverse le pays.


    Au centre de son récit : le royaume de Bandiagra au début du siècle, régi par un islam sévère qui encadre la vie des jeunes enfants.

    L'auteur y grandit dans le respect de deux principes fondamentaux : l'honneur et le respect maternel. Un enfant peut désobéir à son père mais jamais à sa mère.

    Il faut souligner le talent narratif de l'auteur qui explose littéralement à travers ce récit de son enfance et de son adolescence malienne. Amadou Hampâté Bâ, qui demeure avant tout un magnifique conteur, y décrit avec force humour (mais aussi horreur) les événements drôles ou terribles qui ont façonné son pays... et sa personnalité.

    --> Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle". Je me répète souvent cette phrase qui mêle la tradition orale à l'écriture, toutes deux mémoires des hommes. Ce, depuis que j'ai lu ce livre... il y à 20 (?) ans.


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  • Le silence de la mer

    Vercors

    Le Silence de la mer, publié le 20 février 1942, fut le premier livre des Éditions de Minuit, fondées clandestinement à l'automne 1941 par Vercors (pseudonyme de Jean Bruller) et Pierre de Lescure.
    Le récit met en scène une famille française qui oppose son silence à l'officier allemand qu'elle a été contrainte de loger, révélant ainsi "la vie sous-marine des sentiments cachés, des désirs et des pensées qui nient et qui luttent". Vercors invitait les Français à refuser l'occupation allemande, la trahison de Pétain et les pièges d'une propagande prônant le mariage des deux peuples, alors qu'elle masquait la barbarie et la servitude. Sa nouvelle fit entrer le livre en guerre, en proposant une voie d'insoumission aux écrivains, et connut un grand retentissement dans le monde.
    Les autres écrits, qui accompagnent Le Silence de la mer, ont pour cadre la France occupée par l'Allemagne hitlérienne. Tous invitent l'homme, conscient de ses devoirs, à l'engagement et à la dignité.


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  • Dimanche blanc

    de Françoise Arnault

    « Papa et maman vivent comme s'ils n'avaient pas d'enfants. Des oiseaux exotiques. Ils descendent sur terre une fois par semaine, le dimanche... »À Paris, dans les années 1960, Clémence et sa soeur cadette sont élevées par leurs grands-parents paternels dans une atmosphère froide et oppressante. Spectatrice et prisonnière de la comédie cruelle des adultes, Clémence voue un amour fou à sa mère, Angèle, si élégante et joyeuse. La grand-mère, elle, poursuit sans fin cette femme d'une haine implacable. Clémence n'a alors que seize ans.

    --> Ce petit roman est à découvrir. Le roman commence par des brides de souvenirs, comme si la narratrice effectuait un retour dans le passé par associations d'idées. Le lien ne se fait pas immédiatement, cela rend la lecture active avec la peur de ne pas comprendre où veut en venir l'auteure. La crainte également de rester sur un roman thérapeutique et personnel. Et puis vers le milieu on est emporté dans cette histoire, on comprend la place de chacun, jusqu'à comprendre la couverture. Un bien agréable moment de lecture.


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  • Le soleil des Scorta

    de Laurent Gaudé

    Lorsque commence le récit, Luciano Mascalzone, un traîne-savate vivant de petites rapines, revient après quinze années de prison à Montepuccio, un village des Pouilles aux façades sales où les heures passent dans une fournaise qui abolit les couleurs. Autour, ce ne sont que collines et mer enchevêtrées. « Il m'a fallu du temps mais je reviens. Je suis là. Vous ne le savez pas encore puisque vous dormez. Je longe la façade de vos maisons. Je passe sous vos fenêtres. Vous ne vous doutez de rien. Je suis là et je viens chercher mon dû. » Son dû, c'est Filomena Biscotti, une femme qu'il désire depuis qu'il l'a rencontrée et dont le souvenir n'a cessé de le hanter. Ce que Luciano ignore, c'est que celle qui lui ouvre sa porte et qui se laisse dépuceler est la sœur cadette de celle qu'il convoitait, Immacolata. Battu à mort par les villageois, il meurt dans le dégoût du monde. Immacolata donne naissance à un fils. C'est ainsi que naît la lignée des Mascalzone, qui portera le nom de Scorta : d'une erreur, d'un malentendu. « D'un homme qui s'était trompé. Et d'une femme qui avait consenti à ce mensonge parce que le désir lui faisait claquer les genoux. »

    Avec une imagination qui semble avoir atteint son apogée, inondée de fraîcheur et poussée par la musicalité d'un style irréprochable, Laurent Gaudé raconte l'existence des Scorta de 1870 à nos jours. Chronique d'une famille qui vivra certes pauvrement, mais dans l'éternel désir « de manger le ciel et de boire les étoiles », Le Soleil des Scorta est une fresque vivante et volcanique.

    --> J'ai envie d'écrire "éblouissant" comme le soleil estival de Montepuccio, mais aussi "étouffant" comme la destinée auquelle on a l'impression de ne pas échapper, ou "entrainant" comme ce récit d'une saga familiale qu'on n'a pas envie de quitter. ça sent l'Italie à plein nez. Ce récit nous interroge sur nos origines, nos destinées, la famille, nos racines. Notre héritage subit et l'importance de construire par soi-même nos vies, le rôle des secrets de famille confiés avant de mourir et l'inéluctable fin qui nous attend tous. C'est un roman riche que je vais avoir plaisir à recommander.

    - Nous n'avons été ni meilleurs ni pires  que les autres, Elia. Nous avons essayé. C'est tout. De toutes nos forces, nous avons essayé. Chaque génération essaie. Construire quelque chose. Consolider ce que l'on possède. Ou l'agrandir. Prendre soin des siens. Chacun essaye de faire au mieux. Il n'y a rien à faure d'autre que d'essayer. Mais il ne faut rien attendre de la fin de la course. Tu sais ce qu'il y a, à la fin de a course? La vieillesse. Rien d'autre. Alors écoute, Elia, écoute ton vieil oncle Faelucc' qui ne sait rien de rien et n'a pas fait d'études. Il faut profiter de la sueur. C'est ce que je dis, moi. Car ce sont les plus beaux moments de la vie. Quand tu te bats pour quelque chose, quand tu travailles jour et nuit comme un damné et que tu n'as plus le temps de voir ta femmes et tes enfants, quand tu sues pour construire ce que tu désires, tu vis les plus beuax moments de ta vie. Crois-moi. Rien ne valait pour ta mère, tes oncles et moi les années où nous n'avions rien, pas un sou en poche, et où nous nous sommes battus pour le bureau de tabac. C'étaient des années dures. Mais pour chacun d'entre nous, ce furent les plus beaux instants de notre vie. Tout à construire et un appétit de lion. Il faut profiter de la suer, Elia. Souviens-toi de cela. Après, tout finit si vite, crois-moi.


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  • Le daible est dans tous ses états

    Leïla Slimani

    « Leïla Slimani a reçu le prix Goncourt 2016 pour Chanson douce paru chez ­Gallimard. Remarquée ​dès son premier roman, Dans le ­jardin de l’Ogre, publié lui aussi chez ­Gallimard, Leïla Slimani a obtenu un immense succès de librairie. Ce livre-ci ­rassemble les textes qu’elle a écrits pour Le 1. Six petits bijoux, chacun doté d’une force qui impressionne, servis par une plume déliée, un regard tout en finesse, qu’il s’agisse de courtes nouvelles à la Tchekhov – Le diable est dans les détails – ou de textes engagés : ainsi Intégristes je vous hais, rédigé dans ­l’urgence et la rage au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Nous vous proposons ainsi de mieux connaître les multiples facettes d’une jeune auteure dont la voix n’a pas fini de nous ­interpeller, tantôt par un murmure, tantôt par un cri. »
    Éric Fottorino,
    Directeur de l’hebdomadaire Le 1

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  • A la ligne: feuillets d'usine

    Joseph Ponthus

    "À la ligne" est le premier roman de Joseph Ponthus. C'est l'histoire d'un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c'est qu'il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d'Apollinaire et les chansons de Trenet. C'est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l'odeur de la mer.
    Par la magie d'une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de boeufs et des tonnes de boulots comme autant de cyclopes.

    --> A la ligne est un récit sans pause, sans respiration. Sans plainte. Un témoignage d'un homme qui ne s'attarde pas sur ce qu'il pourrait faire d'autre. Un rude expérience de travail à la chaîne moderne. L'intérim. Ce n est pas larmoyant, c'est dit. On se demande quoi en faire quand on a tourné la dernière page. le sentiment que le travail à la chaîne pourrait nous avaler. Avec calme, l'auteur pousse un cri.


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  • Une chanson douce

    de Leïla Slimani

    orsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.
    À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture.
    Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

    Le fait-divers sordide avait inspiré à l’écrivaine franco-marocaine Leila Slimani la trame de son livre à succès “Chanson Douce”, prix Goncourt 2016. Yoselyn Ortega, la “nounou tueuse”, comme l’ont renommée les médias anglo-saxons, a été reconnue coupable par la justice new-yorkaise du meurtre des deux enfants qu’elle gardait en 2012 et devrait être condamnée à la prison à perpétuité.

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    Un secret

    de Philippe Grimbert

    Souvent les enfants s'inventent une famille, une autre origine, d'autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s'est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu'il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas... Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c'est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu'il lui incombe de reconstituer. Une histoire tragique qui le ramène aux temps de l'Holocauste, et des millions de disparus sur qui s'est abattue une chape de silence.

    --> François est chétif, fils d'un couple sportif Tania et Maxime dont on ne puet douter de l'amour qui les rassemble. François s'est inventé un frère. Qu'est ce qui ne va pas? Qu'est ce qu'il ne comprend pas? A 15 ans alors qu'à l'école est projeté un film sur la shoah, il passe à tabac son voisin. C'est alors que Louise chez qui il passe du temps depuis tout petit lui révèle ce que tout le monde sait, sauf lui. L'existence de Simon et Hanna... redoutable secret. L'arrestation de Simon et Hanna alors qu'ils allaient rejoindre Maxime derière la ligne de démarcation. L'acte délibéré d'aHannah qui redoutait de revoir Tania dont la présence auprès de Maxime était inconvenante en l'absence de son frère....

    "DEPUIS QUE JE POUVAIS LES NOMMER, LES FANTÔMES CESSAIENT DE ME HANTER"

     


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  • Né d'aucune femme

    Franck Bouysse

    "Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
    — Et alors, qu'y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
    — Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
    — De quoi parlez-vous ?
    — Les cahiers… Ceux de Rose."

    Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.
    Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec 'Né d’aucune femme' la plus vibrante de ses oeuvres.
    Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

    --> Wahou... les cahiers de Rose, son histoire. Accrochez-vous c'est une histoire pas banal qui risquera vous accompagner. La manière dont ses confidences arrivent à la connaissance du prêtre est originale. C'est la force d'un secret révélé. Témoigner de l'irracontable... mais comment faut-il comprendre la fin?


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  • Les gratitudes

    Delphine de Vigan

    « Je suis orthophoniste. Je travaille avec les mots et avec le silence. Les non-dits. Je travaille avec la honte, le secret, les regrets. Je travaille avec l’absence, les souvenirs disparus, et ceux qui ressurgissent, au détour d’un prénom, d’une image, d’un mot. Je travaille avec les douleurs d’hier et celles d’aujourd’hui. Les confidences.
    Et la peur de mourir.
    Cela fait partie de mon métier.
    Mais ce qui continue de m’étonner, ce qui me sidère même, ce qui encore aujourd’hui, après plus de dix ans de pratique, me coupe parfois littéralement le souffle, c'est la pérennité des douleurs d’enfance. Une empreinte ardente, incandescente, malgré les années. Qui ne s’efface pas. »

    Michka est en train de perdre peu à peu l’usage de la parole. Autour d’elles, deux personnes se retrouvent : Marie, une jeune femme dont elle est très proche, et Jérôme, l’orthophoniste chargé de la suivre.

    --> Le titre - quel mot puissant, la gratitude - la couverture et le succès de ce livre m'ont entraîné dans sa lecture. J'avais aussi envie d'un roman court. Alors, oui, j'ai passé un agréable moment. Parce que l'histoire de Michka enfant, finalement effleurée, m'a tirée quelques larmes. Parce que l'entrée en Ehpad est un sujet qui mérite le coup de projecteur que lui donne l'auteur. Parce que les personnages de Marie et Jérôme sont intéressants. J'ai passé un bon moment, je n'ai pas aimé les dialogues, la façon dont le maque du mot a été traité dans la pathologie de Michka de quoi m'identifier. Un histoire qui est assez inégale à mes yeux. La profondeur des personnages mériterait un roman plus dense.


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  • Si belle mais si morte

    de Rosa Mogliasso

    Un chemin sur la berge d’un fleuve. Ils sont nombreux à l’emprunter chaque matin : une jeune femme y promène son chien, un couple de lycéens s’y cache pour sécher les cours, un clochard y traîne sa folie, un jeune boulanger aime y méditer.
    Mais ce jour-là, au bord de l’eau, une femme aux escarpins rouges est allongée. Morte.
    Tous passeront devant elle, tous la verront, aucun n’interviendra. Personne n’appellera la police, personne n’en parlera. Ils ont tous d’excellentes raisons de l’ignorer et de tenter de se convaincre qu’un autre s’en chargera.
    Mais il n’est pas si facile de vivre avec cette lâcheté, cette indifférence, cet égoïsme. Chez chacun d’eux, la confrontation avec la belle morte causera un séisme intime. Et leur vie s’en trouvera radicalement changée.

    Un roman efficace et malin, qui mêle avec naturel réflexion sociologique et comédie à l’italienne.

     --> Roman court et assez inattendu. Je dirais même léger, mais pas que... la chute en fait une histoire à recommander! On n'en dira pas plus.


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  • Une nuit à l'hôtel

    Comme chaque été depuis 4 ans, le 1 convie ses lecteurs à plonger dans les nouvelles de nos meilleurs écrivains. Cette année, avec Une nuit à l'hôtel, Ingrid Astier, Nina Bouraoui, Franck Bouysse, Cécile Coulon, Négar Djavadi, Adeline Dieudonné, Caryl Férey, Régis Jauffret, Serge Joncour, Sylvain Prudhomme et Valérie Zenatti ont imaginé onze escapades.

    Madame Andrée - Cécile Coulon --> Madame Andrée attend...cette jeune femme professeur de flûte rencontrée peu de temps avant sa grossesse. Puis il y a eu les enfants, le quotidien. Mais ce jour elle l'attend, dans un chambre d'hôtel.

    Une nuit, presque à l'hôtel - Serge Joncour -->

    Une nuit à Timimoun - Nina Bouraoui -->

    La femme au couteau - Sylvain Prudhomme -->

    Alika - Adeline Dieudonné -->

    Ma lumière - Franck Bouysse -->

    Le dernier - Négar Djavadi -->

    Juste pour un jour - Caryl Férey -->

    Fil de soie --> Ingrid Astier

    !Alzheimer! qué buéno! y Macron! Tambien! - Régis Jauffret -->

    Le miroir de Cirta - Valérie Zenatti -->


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  • Konbini

     

    De Sakaya Murata

    Depuis l'enfance, Keiko Furukura a toujours été en décalage par rapport à ses camarades. A trente-six ans, elle occupe un emploi de vendeuse dans un konbini, sorte de supérette japonaise ouverte 24h/24. En poste depuis dix-huit ans, elle n'a aucune intention de quitter sa petite boutique, au grand dam de son entourage qui s'inquiète de la voir toujours célibataire et précaire à un âge où ses amies de fac ont déjà toutes fondé une famille. En manque de main-d'oeuvre, la supérette embauche un nouvel employé, Shiraha, trente-cinq ans, lui aussi célibataire. Mais lorsqu'il apparaît qu'il n'a postulé que pour traquer une jeune femme sur laquelle il a jeté son dévolu, il est aussitôt licencié. Ces deux êtres solitaires vont alors trouver un arrangement pour le moins saugrenu mais qui leur permettra d'éviter le jugement permanent de la société. Pour combien de temps...

    --> Surprenant récit, sur la différence, la marginalité, les conventions sociales, mais pas seulement. Je sors de ce récit avec des questions : soit un livre qui fait réfléchir. L'histoire est pourtant simple. L'auteur s'en tient à narrer la vie prétendument simple de Keiro Furukura. Si la première moitié du récit nous montre que l'on peut vivre différemment, l'âge et le temps qui passe pousse Keiro à revoir sa façon de vivre : ce qu'elle fait. Mais apparaissant comme inévitable, à un moment du récit, on a peur pour elle. Ce court roman japonais se lit rapidement. Je suggère la mise en réseau avec le manga La virginité passée 30 ans de Atsuhiko Nakamura et Toshifumi Sakurai.

     

     

    Citations

    Dans ce monde régi par la normalité, tout intrus se voit discrètement éliminé. Tout être non conforme doit être écarté.
    Voilà pourquoi je dois guérir, autrement je serai éliminée par les personnes normales.
    J'ai enfin compris pourquoi mes parents désespéraient tellement de trouver une solution.
    p. 36, moitié du récit

     

     

    Furukura, tu es une chanceuse. Tu as beau cumuler un triple handicap, vierge, célibataire et travailleuse à mi-temps, grâce à moi tu vas pouvoir entrer dans la société des gens mariés, les gens te croiront sexuellement active, et rien ne te distinguera plus de ton prochain. Tu seras la meilleure version de toi aux yeux des autres. Hourra !
    p. 59

     

     

    Tu ne comprends donc pas ? Les individus en marge de la communauté n'ont aucune intimité. Tout le monde vient nous marcher dessus, sans ménagement. Ceux qui ne contribuent pas, que ce soit par le mariage, en ayant des enfants, en allant chasser ou gagner de l'argent, sont des hérétiques. Voilà pourquoi nous ne pouvons mener notre vie sans être dérangés.
    - Oui...
    - Ouvre un peu les yeux ! Pour parler clairement, tu es au plus bas de l'échelle : tu seras bientôt trop vieille pour avoir des enfants, tu n'as pas l'air de te préoccuper de tes besoins sexuels, tu ne gagneras jamais aussi bien ta vie qu'un homme et tu n'as même pas d'emploi stable, juste un petit boulot. Tu n'es qu'un fardeau pour la communauté, un déchet humain.
    - Je vois. Mais je ne peux pas travailler ailleurs qu'à la supérette. J'ai essayé, un temps, de faire autre chose, mais je suis incapable de porter un autre masque que celui de vendeuse de konbini. Alors ça m'ennuie d'entendre ce genre de critique.
    - C'est bien la preuve que le monde moderne est défectueux ! On a beau prétendre qu'il existe une grande variété de modes de vie, dans le fond, rien n'a changé depuis l'ère Jômon. Le taux de natalité continue de baisser, et la vie est de plus en plus dure, pour régresser à la préhistoire sans que personne ne s'en préoccupe. On en revient à un système qui blâme tout être inutile à la communauté.
    Shihara a beau m'insulter cruellement cette fois, c'est contre le monde que monte ma colère. Je ne sais pas au juste contre quoi la diriger. Ses paroles me donnent envie d'attaquer tout ce qui se trouve à proximité.

     

     

    J'ai passé ma vie à lire des manuels d'histoire pour comprendre pourquoi le monde allait si mal. Meiji, Edo, Heian, quelle que soit la période, le monde allait de travers. Même en remontant aussi loin que l'ère Jômon ! J'ai alors remarqué un truc : le monde n'a pas changé depuis l'ère Jômon. Les êtres inutiles à la communauté sont éliminés. Les hommes qui ne chassent pas, les femmes qui ne produisent pas d'enfants. La société moderne a beau mettre en avant l'individualisme, toute personne qui ne contribue pas est écartée, neutralisée, et pour finir mise au ban de la communauté.

     

     

    Les gens ordinaires n'aiment rien tant qu'à juger ceux qui sortent de la norme.
    Page 96.

     

     

    Quand on travaille dans une supérette, on est souvent pris de haut. J'aime bien voir la tête de ces personnes qui nous méprisent, je trouve ça intéressant. Après tout, ce sont des humains comme les autres.

     

     

    Quand j’ai commencé ce petit boulot, j’ai très tôt remarqué que les employés éprouvaient un certain plaisir à se trouver des frustrations communes, qu’il s’agisse des colères du gérant ou de l’absentéisme des collègues de nuit. L’insatisfaction générale fait naître une curieuse solidarité.

     

     

    Je finis par me laisser convaincre, même si je ne comprenais toujours pas. Alors qu'ils s'accordaient tous pour pleurer la mort du volatile, ils n'avaient aucun scrupule à tuer les fleurs en les arrachant. "Quelles jolies fleurs... Le petit oiseau sera ravi", disaient-ils. Scène grotesque à mes yeux. (p.12)

     

     


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    Après

    de Nikki Gemmel

    "C'est votre mère."
    Dès que la porte s'est refermée.
    J'ai su à ce moment-là qu'Elayn était morte.
    Comment elle s'y était prise et pourquoi.

    --> C'est avant tout un témoignage, un avis, une introspection que nous livre ici l'auteure. De l'annonce de la mort de sa mère, supposée être un suicide ; on préférera le terme euthanasie, à la vie qui se poursuit, Nikki Gemmel nous livre ses doutes, ses regrets, ses questions. Dans un premier temps, l'enquête pour « mort suspecte ». Puis on plonge dans la complexité de leur relation mère-fille. Enfin la dernière partie du livre du livre nous révèle comment Elayn, la mère s'y est pris Nikki tente de comprendre le pourquoi et on plonge dans les questions du droit de mourir dans la dignité que cela pose à l'auteure. C'est un roman sincère mais pudique. C'est un roman de femmes. Il parlera à toutes celles qui sont confrontés à la douloureuse fin de vie d'elle-même ou de leur proche , particulièrement leur mère. L'empathie ce faisant il faudra peut-être entrecouper cette lecture d'un peu de légèreté... Nikki nous livre son chemin, ses réflexions. Elles ont alimenté les miennes. J'y ai trouvé quelques longueurs, mais que l'on pardonne à l'auteure tant ce qu'elle livre intime et en devenir. Ce n'est certainement pas un livre érudit ou théorique mais un témoignage. Et finalement l'avis de Nikki. J'espère aussi que la loi avancera rapidement. On maintient en vie à quel prix ? Tant de douleurs chroniques sont l'enfer pour ceux qui les vivent.

     

     

    Citations: (au début de l'ouvrage, non représentatives de l'ensemble!)

    Margareth Thatcher a déclaré dans une interview que, passé l'âge de quinze ans, elle n'avait plus rien trouvé à dire à sa mère. Cruel, mais tellement vrai, pour de si nombreuses femmes. Ces filles dont l'obsession transpire par tous les pores, impatientes de vivre leur vie, de prendre leur propre voie, et leur désir, leur besoin de se détacher, de mépriser le choix de leur mère. Ces enfants, trop vite dans le dédain et le jugement, et la vélocité mystérieuse dont ils font preuve avec égocentrisme. Ces filles qui voient leur mère comme des êtres qui épient leur bonheur et leur serrent la bride à coup de chut et d'affronts. Ces filles, si aveuglées par la fraîcheur de leur monde. Ces mères qui n'ont plus d'autres choix que de s'accrocher aux branches qu'elles leur laissent, ce que leurs filles peuvent même leur reprocher.

     

     

    « Je veux rentrer à pied », articule l'adolescent submergé par l'émotion tout en repoussant le bras de sa mère. Il descend de la voiture en stationnement et se met à effectuer de grandes et furieuses enjambées à toute allure. « J'ai besoin d'être seul. » Je suis frappée par le gouffre qui se crée parfois entre une mère et son enfant : profond, impossible à traverser. L'impuissance d'une mère. Au moment où j'ai juste envie de le serrer contre moi. […] Son enfermement résonne alors en moi comme un reproche. p.97

     

     

     

    Loin, vous pouvez vous réinventer, faire ce que vous voulez vraiment faire, être enfin vous-même, car vos proches ne sont pas en permanence en train de vous juger ou de vous critiquer. L'anonymat d'un exil est grisant et libérateur parce que, loin de chez vous, vous pouvez trouvez votre vrai moi. p.118

     


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  • L'écume des jours

    Dans un univers mêlant quotidien et onirisme, ce premier roman conte les aventures de Colin, de Chick, d’Alise et de la belle Chloé. Deux histoires d’amour s’entremêlent : Colin est un jeune homme élégant, rentier, qui met fin à son célibat en épousant Chloé, rencontrée à une fête, tandis que son ami Chick, fanatique transi du philosophe vedette Jean-Sol Partre, entretient une relation avec Alise. Tout irait pour le mieux sans les forces conjuguées de la maladie (Chloé est victime d’un « nénuphar » qui lui dévore le poumon) et du consumérisme (Chick consume ses ressources dans sa passion pour Jean-Paul Sartre) qui s’acharnent sur les quatre amis. La plume alerte de Boris Vian, qui multiplie les néologismes poétiques et les jeux de mots (le pianocktail, le biglemoi, les doublezons…) semble le faire par politesse, car sous ses dehors de roman d’amour pour éternels adolescents, l’Ecume des Jours est un piège qui étouffe petit à petit le lecteur et les personnages. A l’image de la maladie de Chloé qui s’étend, la légèreté et l’innocence qui ouvrent le roman sont progressivement contaminées par le drame.

    Un classique moderne, salué à sa sortie par Raymond Queneau comme "le plus poignant des romans d'amour contemporains."

    --> Découvrir cet OVNI littéraire à plus de 40 ans, c'est un véritable plaisir. J'entends nombre de gens me parler du souvenir qu'ils ont de ce livre, lecture imposée dans leur scolarité le plus souvent pour une appréciation pour le moins variable. Dans ce recueil, Boris Vian rebondit sur les mots, joue avec, tout en maintenant un récit quasi probable malgré la fantaisie. C'est incroyable, on suit l'amour de Colin et Chloé comme un amusement, leur entourage n'est pas en reste. Et puis leur univers devient étriqué, triste. Un univers dans lequel on est entré, alors que les codes c'est l'auteur qui les a inventés. Il faut lâcher prise pour apprécier L'écume des jours.


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  • Les yeux couleur de pluie par Tal Men

     

    De Sophie Tal Men

    Étudiante en médecine, Marie-Lou est, du jour au lendemain, affectée à Brest. Autant dire le bout du monde pour celle qui n’a jamais quitté sa Grenoble natale. Une nouvelle existence commence alors pour elle, loin des siens, de ses montagnes : il va falloir s’habituer au climat, à la région, à la collocation, aux collègues… Surtout, c’est l'insouciance et la légèreté de ses vingt-cinq ans qui vont être confrontées à la dure réalité du monde hospitalier. Une nuit, elle croisera Matthieu, interne en ORL. Ce loup solitaire, mystérieux et poétique, arrivera-t-il à lui faire une place dans sa vie ?
    Rencontres, passions, non-dits, péripéties drôles ou dramatiques… un plaisir de lecture, un roman sensible et plein de fraîcheur qu'on ne lâche pas.

    --> C'est la couverture et la ville de Brest qui m'ont d'abord attirée. Mais la lecture est décevante. 


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  • Trois fois la fin du monde

    de Sophie Divry

    Après un braquage avec son frère qui se termine mal, Joseph Kamal est jeté en prison. Gardes et détenus rivalisent de brutalité, le jeune homme doit courber la tête et s’adapter. Il voudrait que ce cauchemar s’arrête. Une explosion nucléaire lui permet d’échapper à cet enfer. Joseph se cache dans la zone interdite. Poussé par un désir de solitude absolue, il s’installe dans une ferme désertée. Là, le temps s’arrête, il se construit une nouvelle vie avec un mouton et un chat, au cœur d’une nature qui le fascine.

    Trois fois la fin du monde est une expérience de pensée, une ode envoûtante à la nature, l’histoire revisitée d’un Robinson Crusoé plongé jusqu’à la folie dans son îlot mental. L’écriture d’une force poétique remarquable, une tension permanente et une justesse psychologique saisissante rendent ce roman crépusculaire impressionnant de maîtrise.

    « Au bout d’un temps infini, le greffier dit que c’est bon, tout est en règle, que la fouille est terminée. Il ôte ses gants et les jette avec répugnance dans une corbeille. Je peux enfin cacher ma nudité. Mais je ne rhabille plus le même homme qu’une heure auparavant. »


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  • Vingt-quatre heure dans la vie d'une femme

    de Stefan Zweig

    Scandale dans une pension de famille "comme il faut," sur la Côte d'Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d'un de ses clients, s'est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n'avait passé là qu'une journée...

    Seul le narrateur tente de comprendre cette "créature sans moralité", avec l'aide inattendue d'une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimé chez la fugitive.

    Ce récit d'une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l'auteur d'"Amok" et du "Joueur d'échecs" est une de ses plus incontestables réussites.

    --> Petite déception, je m'attendais à quelque grande révélation d'une femme mûre sur la folie du sentiment amoureux, et cela reste bien pudique. J'ai plutôt été intriguée par le profil de l'homme joueur.


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  • La papeterie Tsubaki

    d'Ito Ogawa

    Hatoko a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Le moment est venu pour elle de faire ses premiers pas comme écrivain public, car cette grand-mère, une femme exigeante et sévère, lui a enseigné l'art difficile d'écrire pour les autres.
    Le choix des mots, mais aussi la calligraphie, le papier, l'encre, l'enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre. Hatoko répond aux souhaits même les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : elle calligraphie des cartes de voeux, rédige un mot de condoléances pour le décès d'un singe, des lettres d'adieu aussi bien que d'amour. A toutes les exigences elle se plie avec bonheur, pour résoudre un conflit, apaiser un chagrin.
    Et c'est ainsi que, grâce à son talent, la papeterie Tsubaki devient bientôt un lieu de partage avec les autres et le théâtre de réconciliations inattendues.

    --> On retrouve la délicatesse et la précision de la société japonaise comme dans Le restaurant de l'amour retrouvé. Ils s'illustrent cette fois dans une papeterie, où Hatoko remplit la fonction d'écrivain public. Ecrivain pour annoncer un mariage, un divorce, une rupture d'amitié, de condoléances pour un singe... certaines demandes peuvent sembler farfelues mais Hatoko répondra à toutes les demandes en choisissant le timbre, l'enveloppe, l'encre, le papier, la calligraphie... et les mots! Comme dans Le restaurant de l'amour retrouvé c'est la voix de la réconciliation qui résonne, mais avec soi-même: ces lettres mettent parfois un terme à une relation. On avance tranquillement dans la vie d'Hatoko, au fil de  quatre saisons. C'est un livre à travers duquel on ressent la paix malgré les tumultes de la vie.


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  • De l'art d'ennuyer en racontant ses voyages

    de Matthias Debureaux

    Chaque année, plus de 700 millions de touristes parcourent le monde. En 2010, ils seront 1 milliard à vous assommer avec leur récit de voyage.

    --> C'est drôle, il faut passer le début et se prendre au jeu de l'interminable liste.

     


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  • La vraie vie

    Adeline Dieudonné (2018)

    C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
    Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour.

    D’une plume drôle et fulgurante, Adeline Dieudonné campe des personnages sauvages, entiers. Un univers acide et sensuel. Elle signe un roman coup de poing.

     --> Une fiction qui m'a tenue en haleine du début à la fin. L'auteure mêle avec adresse une écriture adroite à la frontière de l'imaginaire enfantin et du fantastique, sans y tomber. C'est bien un monde réel dans lequel on évolue. L'histoire d'une maltraitance...


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  • Einstein, le sexe et moi

    d'Olivier Liron

    « Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai joué au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi. »
    Nous voici donc en 2012 sur le plateau de France 3 avec notre candidat préféré. Olivier Liron lui-même est fort occupé à gagner ; tout autant à nous expliquer ce qui lui est arrivé. En réunissant ici les ingrédients de la confession et ceux du thriller, il manifeste une nouvelle fois avec l’humour qui est sa marque de fabrique, sa très subtile connaissance des émotions humaines.

    --> J'ai été frappé dans ce roman par l'absence d'empathie de l'auteur pour les autres concurrents. Pour les autres en général. Mais n'est pas finalement le propre d'un autiste? D'un sujet léger et séduisant -la participation à un jeu télévisé- l'auteur nous livre un témoignage plutôt inattendue. S'y mêle un récit d'initiation sur le corps et la sexualité -la sienne- plutôt crue. Ce livre ne m'a pas plu, par son maque d'humanité. Mais il a valeur de témoignage, fort.

     


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