• Le dîner

    d'Herman Koch (2013)

    Succès phénoménal aux Pays-Bas, alliance détonante d'une comédie de moeurs à l'humour ravageur et d'un roman noir à la tension implacable, Le Dîner dresse le portrait de notre société en pleine crise morale. Deux frères se donnent rendez-vous avec leurs épouses dans un restaurant branché d'Amsterdam. Hors-d'oeuvre : le maître d'hôtel s'affaire. Plat principal : on parle de tout, des films à l'affiche, des vacances en Dordogne. Dessert : on évite soigneusement le véritable enjeu du dîner, les enfants. Car leurs fils respectifs ont commis un acte d'une violence inouïe. Un café, un digestif, l'addition. Reste la question : jusqu'où irions-nous pour préserver nos enfants ?

    --> Il est des livres que l'on choisit pour leur titre et leur couverture, le dîner a été un de cela. De l'humour, du roman noir, de la tension... ce roman est une véritable surprise par ces portraits psychologiques. Ils sont effleurés, mais on mesure toute leur profondeur et les portraits ont de quoi nous amener à nous interroger sur ce qui régit les relations avec les autres. Dans le couple, la famille, la fratrie, en société, en politique. Les non dits, les secrets sont évoqués. Les déroulement du récit qui n'est pas linéaire nous réserve quelques surprises. Le narrateur  a l'esprit particulièrement tortueux que certaines scènes paraissent invraisemblables, mais l'art de l'auteur nous permet d'y croire. Il interroge sur les formes de violences sociales.

    C'est un récit truculent, où les personnages entretiennent des rapports complexes où le narrateur se raccroche sans arrêt à l'image de ce que doit être une "famille heureuse".

    Un récit qui ne ressemble pas à grand chose d'autre. A lire

    SPOILER:

    Deux couples mangent dans un grand restaurant. Le narrateur juste avant le repas a vu qqc sur le tél. de son fils qu'il n'aurait pas dû voir. Ce repas ne l'enjoue pas c'est le moins qu'on puisse dire. Il va dîner avec son frère, promis futur ministre et les épouses respectives. Le fils du narrateur, Michel et son cousin Rick ont mis à mort une sdf dans un distributeur automatique. La scène a été filmée sans qu'ils soient reconnaissables et l'enjeu de la soirée est de voir comment chaque adulte veut couvrir ou révéler ce que son fils a fait. Un troisième enfant, Beau, fils adoptif du politicien s'avère être maître chanteur.

    A aucun moment autour de la table les faits ne sont clairement évoqués, alors qu'il semble qu'il faille prendre à l'initiative du politicien une décision: il veut révéler l'affaire et sortir de la vie politique. Les trois autres trouvent que c'est folie, qu'il décide ainsi de l'avenir des garçons et qu'il n'en a pas le droit.

    Dénouement: Au cours de la soirée Michel et Rick vont vraisemblablement se débarrasser de Beau. Claire abîmera le visage du beau Serge l'obligeant à nepas faire sa carrière politique, évitant à son mari violent de la faire (la violence serait-elle dans les gênes?), avec la complicité de Babette, la femme de Serge.

    Citations:

    - On n'a pas besoin de tout savoir les uns des autres. Les secrets ne sont pas un obstacle au bonheur.

    - Le proviseur était probablement contre le réchauffement de la planète, et l'injustice en général. Peut-être ne mangeait-il pas de viande de mammifères et était-il antiaméricain, ou bien en tout cas contre Bush - en adoptant ce dernier point de vue, les gens se croyaient autorisés à ne plus réfléchir à rien. Quand on était contre Bush, on avait le coeur au bon endroit, et on pouvait se comporter vis-à-vis de son entourage comme le pire des rustres.

    - Cela arrive plus souvent qu'on ne le souhaite, dans ces restaurants prétendument haut de gamme, on perd le fil de la conversation à force d'être confronté à ces innombrables interruptions comme les explications bien trop détaillées sur le moindre pignon de pin dans son assiette, le débouchage interminable des bouteilles de vin et le remplissage opportun ou non de nos verres sans que personne n'ait rien demandé

    - Si je devais donner une définition du bonheur, ce serait celle-ci : le bonheur se satisfait de lui-même, il n'a pas besoin de témoin. " Toutes les familles heureuses se ressemblent, les familles malheureuses le sont chacune à leur façon", dit la première phrase d'Anna Karénine, de Tolstoï.
    Je me contenterai tout au plus d'y ajouter que les familles malheureuses - et au sein de ces familles en premier lieu les couples malheureux - n'y parviennent jamais seules.
    Plus il y a de témoins, mieux cela vaut. Le malheur est toujours en quête de compagnie.
    Le malheur ne peut supporter le silence - et encore moins les silences gênés qui s'installent lorsqu'il se retrouve seul.
    Aussi nous sommes-nous souri, Claire et moi, dans le café quand on nous a servi nos bières, sachant que bientôt nous allions passer toute une soirée en compagnie des Lohman : nous vivions le plus beau moment de la soirée, tout n'irait par la suite que de mal en pis. p.14

    - Je sais parfaitement que, dans les restaurants haut de gamme, on privilégie la qualité et non la quantité, mais il y a vide et vide. En l'occurrence, on avait été visiblement très loin dans l'exagération du vide, de la partie de l'assiette sans aucune nourriture.

    - L'expérience m'a appris que, face à des intelligences inférieures, le mieux est de mentir effrontément; en mentant, on donne aux abrutis la possibilité de battre en retraite sans perdre la face.  (NB: c'est quand Paul est avec le proviseur de Michel après son devoir sur la peine de mort)


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  • Le temps est assassin

    de Michel Bussi

    Eté 1989
    La Corse, presqu'île de la Revellata, entre mer et montagne.
    Une route en corniche, un ravin de vingt mètres, une voiture qui roule trop vite... et bascule dans le vide.
    Une seule survivante : Clotilde, quinze ans. Ses parents et son frère sont morts sous ses yeux.
    Eté 2016
    Clotilde revient pour la première fois sur les lieux de l'accident, avec son mari et sa fille ado, en vacances, pour exorciser le passé.
    A l'endroit même où elle a passé son dernier été avec ses parents, elle reçoit une lettre.
    Une lettre signée de sa mère.
    Vivante ?

    --> Vous avez aimé les précédents ? Bussi est un conteur fidèle qui nous emmène cette fois dans les tortueuses routes de Corse. Notre soif de suspens est étanchée.
    Le titre du livre fort bien trouvé m'a entêté tout au long de la lecture en me rappelant des vieux refrains.
    Alors je ne résiste pas :
    « Te raconter enfin qu'il faut aimer la vie et l'aimer même si

    Le temps est assassin et emporte avec lui
    Les rires des enfants et les mistral gagnants » (Renaud)
    « Quand l'amour le plus fou de la terre
    Se débat dans une odeur de fin
    Je dis qu'c'est ça la vraie misère
    Je dis qu'le temps est assassin. » (Véronique Sanson)
    et enfin :
    « le temps est assassin.
    Parfois il y a des circonstances atténuantes » (M. Bussi)

    Citations:

    "Non ! répéta Clotilde dans sa tête. Quinze ans que je tiens le choc, quinze ans que je joue les démineuses, ma grande, vingt ans que je joue la copine cool, mon Frankie, celle qui ne se plaint jamais, celle qui a le sourire banane, la fofolle, la rigolote, celle qui dédramatise, celle qui recolle les morceaux, celle qui assure, celle qui tient la route, le volant du quotidien, en chantonnant pour que le trajet vous soit moins long. Et je vous demande quoi en retour ? Juste quinze minutes ! Quinze minutes sur vos quinze jours de vacances ! Quinze minutes sur tes quinze ans de vie, ma grande ! Quinze minutes sur nos vingt ans d'amour, mon chéri ! Quinze minutes contre tout le reste, un quart d'heure de compassion pour mon enfance qui s'est ratatinée ici, sur ces rochers qui s'en contrefoutent, qui ont tout oublié et qui seront encore là dans mille ans. Quinze minutes dans une vie, c'est trop demander ?
    Ils lui en accordèrent dix."


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  • 13 à table! Année 2016

    Collectif: 12 nouvelles écrites par Françoise Bourdin, Michel Bussi, Maxime Chattam, Stéphane De Groodt, Françoise d'Epenoux, Karine Giebel, Douglas Kennedy, Alexandra Lapierre, Agnès Ledig, Nadine Monfils, Romain Puertolas, Bernard Werber.

    Les plus grands auteurs de la littérature contemporaine ont pris cette année encore leur plus belle plume pour vous concocter un délicieux recueil de nouvelles autour d'un thème : frère et sœur. Ceux qui s'aiment, ceux qui se détestent... Souvenirs d'enfance, vie commune, haine larvée ou avouée, à chacun sa recette. Douze fratries à découvrir sans modération.

    Cent balles / Françoise Bourdin: 2 frères que tout oppose, sauf le lien du sang.

    La seconde morte / Michel Bussi: Aurélie Leroy s'invente presque malgré elle une soeur Alexandra Leroy depuis le CP. Comment gère-t-elle la renommée de cette soeur?

    Ceci est mon corps, ceci est mon pêché / Maxime Chattam: des disparitions en nombre n'en sont pas, les enquêteurs ont la certitude que ce sont des meurtres. Des homicides liés à un food truck, des analyses ADN dans les excréments des clients pour nous révéler une horreur à vomir!

    Frères Coen / Stéphane De Groodt: Texte déroutant on l'on passe d'un jeu de mot à l'autre sur une trame narrative absurde. Si j'ai par moment eu l'impression de retrouver l'habileté de Boby Lapointe, je n'ai en revanche pas accroché au surréalisme du texte. Trop loufoque, déjanté? Mais avant tout la découverte d'un auteur atypique que je ne connaissais pas. Un peu de recherche: il est chroniqueur TV. Je relis le texte à haute voix et il se révèle.

    La main sur le coeur / François d'Epenoux: Une fratrie qui s'ignore et le désir d'une mère de réunir ses trois enfants déguisés comme autrefois. Le garçon, déguisé en Napoléon portera la main au coeur...

    Aleyna / Karine Giebel: "Les nations unies estiment que chaque année dans le monde, plus de cinq mille femmes meurent au nom de "l'honneur". L'auteur nous invente une nouvelle pour illustrer l'un de ces drames.

    Tu peux tout me dire / Douglas Kennedy: Justement, toute vérité n'est pas bonne à dire. Une nouvelle pas très rythmée, dont le contenu a glissé sur moi, qui neressemble pas à ce que j'ai lu de l'auteur. Quoi que... avec D. Kennedy l'intrigue est longue à se mettre en place. Ici aussi. Comme c'est une nouvelle, on n'a pas le temps de s'intéresser à cette histoire. Décevant.

    Fils unique / Alexandra Lapierre: Un portrait de fils unique bien dressé, un homme qui veut vainement fonder une famille mais un épilogue où il découvre qu'il a une fratrie, plus complexe qu'on pourrait le penser. L'auteur sait ménager e la surprise jusqu'à la fin.

    Karen et moi / Agnes Ledig: Je retrouve avec bonheur la narration d'Agnès Ledig: de la fraîcheur, de l'humor, des phrases qui s'enchaînent et nous identifient aux personnages. J'aurais un peu modifié la fin de l'histoire pour que la fratrie soit celle de deux mères et non "karen et moi".

    La robe bleue / Nadine Monfils:

    Le premier Rom sur la lune / Romain Puertolas:

    Jumeaux, trop jumeaux / Bernard Werber:

     

     

     

     

    Citation:

    - Aurélie Leroy...
    Je lève la main.
    La maîtresse me regarde. Plus longtemps que les autres. Avec un sourire plus grand que pour les autres. Comme si elle me connaissait déjà.
    - Alexandra. Alexandra Leroy, c'est ta grande sœur?
    Je suis surprise, je baisse la tête, puis je dis oui.


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  • Pensées en chemin

     

    Axel Kahn

    Axel Kahn marcheur ? On le savait généticien, médecin, humaniste. On le découvre ici en randonneur de haut niveau, capable d’avaler deux mille kilomètres en parcourant « sa » France de la frontière belge dans les Ardennes à la frontière espagnole sur la côte atlantique, au Pays basque. Itinéraire buissonnier qui le conduit de la vallée de la Meuse à Saint-Jean-de-Luz, en passant par Vézelay, le Morvan, la Haute-Loire, les Causses et le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle pendant sept cents kilomètres.
    Le livre qu’il a tiré de ce périple est plusieurs choses à la fois : un carnet de voyage curieux, drôle, rêveur, où nous sont contées les anecdotes d’une traversée haute en couleurs ; une sorte de manuel d’histoire, où remontent à notre mémoire quelques-uns des lieux célèbres du passé de la France. Mais aussi une réflexion sur l’état de notre pays, la désertification de beaucoup de régions, la pauvreté de certaines, les effets ravageurs de la mondialisation. « Sécession », énonce-t-il : « J’appelle ainsi la rupture d’une partie de la population avec la vie politique ordinaire, l’apparente rationalité de son discours et ceux qui le tiennent. » Comme on voit, l’humaniste engagé n’a pas disparu derrière le marcheur.
    Et puis ce livre est aussi l’occasion de rencontrer à chaque étape des hommes et des femmes qui racontent chacun un bout de la vraie France d’aujourd’hui, celle dont on n’entend jamais parler.

    --> Je m'attendais à plus de pensées personnelles et moins d'érudition, passée la surprise j'ai apprécié la connaissance dispensée par l'auteur.


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  • La fabrique du monde

    Sophie Van der Linden

    Et je me vois là, dans tout ça. Une petite chinoise de dix-sept ans, une paysanne, partie à l’usine parce que son grand frère entrait à l’université. Quantité des plus négligeables, petite abeille laborieuse prise au piège de sa ruche. Enfermée là pour une éternité.
    Aujourd’hui en Chine. Mei, jeune ouvrière de dix-sept ans vit, dort et travaille dans son usine. Elle rêve aussi.

    Confrontant un souffle romantique à l’âpre réalité, La Fabrique du monde est une plongée intime dans un esprit qui s’éveille à l’amour, à la vie et s’autorise, non sans dommage, une perception de son individualité.

    --> Le résumé de l'éditeur dit mieux que je ne pourrai l'exprimer ce que j'ai trouvé dans ce court roman. Une belle surprise.

    "Onze heures du soir, collation de nuit. On est tous comme des morts-vivants. Même pas le courage de parler de Lin. Et arrivent ces interminables heures nocturnes. Ce ne sont d'ailleurs plus des heures ni des minutes, c'est un temps arrêté, mou, de souffrance, dans lequel on s'englue. Dix fois, cent fois, écarquiller les yeux pour chasser le flou, battre des paupières et, sans être vue, arrêter un instant pour se frotter les yeux, les tempes, retrouver un semblant de lucidité. Les néons clignotent. Par moments, je crains de devenir aveugle avant le jour. Les machines continuent de vrombir avec régularité, mais c'est le seul bruit discernable, plus de cris des contremaîtres, plus d'ordres lancés à tue-tête, plus de haut-parleurs, il y a comme un silence, en dépit du bruit sourd des moteurs. J'ai atrocement mal à la nuque. Les points douloureux sont de plus en plus précis. Je change de position, sans cesse, tente de me redresser mais ne tiens pas. Je m'empêche constamment de tout faire valser, de fondre en larmes comme un enfant qui croit encore que pleurer de rage changera les choses, pourra les arrêter. Je souffle, je souffle, tenir. La fatigue, commence à me submerger, la douleur devient si aiguë qu'elle en est insupportable... Mais c'est le chant du premier oiseau du matin. S'accrocher, se réveiller, se secouer. Le tas de tissus de la découpe a considérablement diminué. On est en train de coudre nos dernières pièces, les dernières, toutes dernières..."

     


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  • Le secret du mari

    de Liane Moriarty

    Jamais Cecilia n'aurait dû lire cette lettre trouvée par hasard dans le grenier. Sur l'enveloppe jaunie, quelques mots de la main de son mari : « À n'ouvrir qu'après ma mort ». La curiosité est trop forte, elle l'ouvre et le temps s'arrête... À la fois folle de colère et dévastée par ce qu elle vient d'apprendre, Cecilia ne sait que faire : si elle se tait, la vérité va la ronger, si elle parle, ceux qu elle aime souffriront.
    Liane Moriarty brosse un tableau nuancé et émouvant de l'amour (marital et familial) et se révèle bien mieux qu un simple auteur de best-sellers : une romancière dont les personnages attachants pourraient être vos amis ou vos voisins, avec leurs qualités et leurs failles.

    --> Une écriture un peu lisse, mais un secret qui tient en haleine notre lecture.


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  • Arrêtez-moi là!

    de Iain Levison

    Charger un passager à l'aéroport, quoi de plus juteux pour un chauffeur de taxi? Une bonne course vous assure une soirée tranquille. Ce soir-là, pourtant, c'est le début des emmerdes... Tout d'abord la cliente n'a pas assez d'argent sur elle et, pour être réglé, il vous faut entrer dans sa maison pourvue d'amples fenêtres (ne touchez jamais aux fenêtres des gens!). Plus tard, deux jeunes femmes passablement éméchées font du stop. Seulement, une fois dépannées, l'une d'elles déverse sur la banquette son trop-plein d'alcool. La corvée de nettoyage s'avère nécessaire (ne nettoyez jamais votre taxi à la vapeur après avoir touché les fenêtres d'une inconnue!). Après tous ces faux pas, comment s'étonner que deux policiers se pointent en vous demandant des comptes? Un dernier conseil: ne sous-estimez jamais la capacité de la police à se fourvoyer!

    --> Un démarrage rapide, j'ai plongé dans ce livre, la narration m'a tenu en haleine. Un peu de longueur en milieu de livre, mais rien de décourageant. Et enfin, la fin... la fin... à lire pour découvrir la fin, que j'ai préféré ignorer.

     


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  • Dans la peau d'un maton

    de Arthur Frayer

    Que savons-nous vraiment de la prison ? Uniquement ce que veulent bien nous en dire des détenus ou des membres de l’administration pénitentiaire.

    Arthur Frayer a voulu aller plus loin. Pour voir par lui-même ce qui se passe dans ce monde clos, ce jeune journaliste a passé le concours de gardien de prison et est devenu, l’espace de quelques mois, un « infiltré ». En stage à Fleury-Mérogis, puis en poste à Orléans, il raconte ses mois passés en détention. On découvre avec lui, en partageant son inquiétude, son étonnement et souvent sa colère, la réalité des maisons d’arrêt surpeuplées, les humiliations quotidiennes – pour les détenus comme pour les matons –, le désespoir et la folie, la roublardise de tous, le poids de l’enfermement.

    Au fil des jours, toutes les certitudes du journaliste vacillent : comment rester juste ? Comment œuvrer à la réinsertion quand on doit exercer un métier épuisant dans des conditions si difficiles ?

    De cette expérience hors du commun est né un récit bouleversant, d’une force rare.

    --> Un travail journalistique, qui se laisse lire de manière fluide. L'auteur ne s'attarde pas en analyse, même pas à la fin. Un livre instructif, un regard sur la prison.


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  • Un tout petit rien

    Camlle Anseaume

    Le monde de Camille, 25 ans, s'écroule lorsqu'elle se découvre enceinte de l'homme avec qui elle partage ses nuits mais pas beaucoup plus.

    "Le plus gros engagement qu'on ait pris ensemble, c'était de se dire qu'on s'appellerait en fin de semaine. C'était quand même un mardi. [...] C'est beaucoup plus que sexuel, c'est beaucoup moins qu'amoureux. C'est nos culs entre deux chaises..."

    Son amant claque la porte en apprenant la nouvelle. Commencent alors pour elle douze semaines d'hésitation, entre réunions avec ses amies, rencontres houleuses avec sa famille, et rendez-vous médicaux. Camille fait des listes de "pour" et "contre", désespère en montant les sept étages qui la mènent à sa chambre de bonne, et pleure quand un de ses yaourts vient s'écraser en bas... Le temps file mais elle ne parvient pas à faire son choix: garder l'enfant et l'élever seule, ou s'en séparer et tenter de reprendre le cours normal de sa vie ?

    Camille Anseaume signe, avec une justesse remarquable, un très joli roman sur le passage à la fois douloureux et réjouissant d'une existence à une autre. Un récit plein de poésie, tendre et drôle, qui décrit finalement plus la venue au monde d une mère que celle d'un enfant.

    --> Plus que le statut de mère célibataire, c'est tout simplement la manière de raconter sa grossesse qui m'a touchée dans ce récit. Même dans une grossesse partagée en couple, en famille, l'enfant est portée par la femme, seule. Au delà de toutes les partages possibles lors des examens, des discussions pour projeter l'arrivée de bébé, les techniques de préparation à l'accouchement suivies avec le papa; c'est bien dans le seul corps de la mère que la vie prend racine et ce récit de mère célibataire en est un très beau témoignage.

     


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  • Tout bouge autour de moi

    de Dany Laferrière

    Le 12 janvier 2010, Dany Laferrière se trouvait à Port-au-Prince. Un an après, il témoigne de ce qu'il a vu. Sans pathos, sans lyrisme. Des "choses vues" qui disent l'horreur, mais aussi le sang-froid des Haïtiens. Que reste-t-il quand tout tombe ? La culture. Et l'énergie d'une forêt de gens remarquables.

    --> C'est un témoignage, celui de Dany Laferrière. Un témoignage du terrible tremblement de terre qui a secoué Port-au-Prince en 2010. Des chapitres courts, comme autant de portraits de scènes prise sur le vif. Pas seulement le jour même mais aussi après. L'auteur sera rapidement rapatrié au Canada, il nous y livre là aussi quelques chapitres lorsqu'il observe le désastre derrière le petit écran. Puis il revient rapidement à Port-au-Prince pour les obsèques de sa tante et continue les portraits, chapitre après chapitre.


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  • Moyenne

    de Laurence Kiberlain

    J'ai toujours été moyenne en tout. Moyenne en cours, j'ai eu le bac avec la moyenne, j'étais moyenne à la fac, moyenne jolie, moyenne intelligente, moyenne intéressante.
    Certains événements m'ont obligée à me dépasser.
    Depuis je ne peux plus n'être que moyenne.

    --> Un nouveau roman sur le handicap (IMC: infirme moteur cérébral). Un récit. Actuel, factuel, fort. Les phrases courtes s'en tiennent aux faits et sont tout à fait adaptées à un récit intime sur lequel on veut témoigner sans trop s'épancher. Un livre très touchant sans misérabilisme.


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  • Un moment de couple

    de Nelly Alard

    Juliette, ingénieur dans l'informatique, et Olivier, journaliste, ont deux enfants et une vie de couple moderne. Lorsque Olivier avoue à sa femme avoir une liaison, l'univers de Juliette vacille. Comment survivre à la trahison? C'est à cette question que ce roman, écrit au scalpel, sans concession mais non sans humour, entend répondre. Rien n'y échappe, ni les risques de la vie à deux et les glissements du désir ni les contradictions d'un certain féminisme et la difficulté d'être un homme aujourd'hui.

    --> Une moitié de roman longue... où j'ai failli abandonner à plusieurs reprises. Et puis, finalement l'adultère mérite peut-être ces longueurs. Dans ce que vivent Juliette et Olivier, rien n'est finalement très tranché et cette longueur nous le montre. Heureusement, le dénouement réserve une petite coupure dans le scénario, que ce soit le dénouement de l'histoire de V et Olivier ou celle de Juliette. A lire? Pourquoi pas.

     

     


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     La démesure

    ... soumise à la violence d'un père

    de Céline Raphaël

    "Céline est privée de nourriture, battue des années durant, enfermée. Elle craint chaque week-end pour sa vie, travaille, travaille encore, pour briller et jouer les pianistes prodiges en gardant le secret sur l’horreur de sa vie familiale. Et autour d’elle, un silence assourdissant. Comment suspecter l’horreur de la servitude sous les atours de l’excellence ? L’exigence absolue de la perfection qui devient justification de tous les excès et de tous les abus et qui mystifie l’entourage d’autant plus facilement que cette esclave n’est pas affectée à une tâche de souillon mais à une production artistique réservée aux élites ?"  Daniel Rousseau.

    --> Un roman témoignage, probablement réparateur pour son auteure, mais pas seulement. Elle veut aussi sensibiliser. Mais pas seulement. Elle montre, sans théorie superflue des mécanismes qui se sont mis en place chez elle, chez son père. Elle témoigne aussi des lieux traversés pendant son placement. L'anorexie est aussi au coeur du roman. Ca glace parfois le sang, pourtant ce n'est jamais larmoyant. Et quel titre! Il est parfaitement adapté, comme chaque mot de la narration.

    Citations:

    - Dès que nous sommes arrivés à la maison, il m'a jetée par terre sur le carrelage de l'entrée. J'étais sur le ventre. D'une main, il m'a maintenu la tête contre le sol, de l'autre, il m'a mis les deux mains dans le dos et a appuyé son genou contre mon dos. Il m'écrasait. J'étais à moitié consciente. Je savais que maman et Marie l'imploraient de me laisser tranquille, mais je ne réagissais plus. Au bout de quelques minutes, il me demanda si j'étais calmée et prête à travailler sérieusement. Sans attendre ma réponse, il m'a lâchée et nous sommes retournés dans la salle de jeu pour travailler.

    - Aujourd'hui, j'ai renoué avec cet instrument.
    Pour moi. Parce que je me suis rendu compte qu'il a le pouvoir de rendre les gens heureux, le temps d'un morceau.

    - Un soir, peu après mon dixième anniversaire, alors que j'avais reçu de nombreux coups et que je n'avais pas eu le droit de dîner, mon père a décidé que je n'irai pas me coucher sans une dernière punition. Il m'a emmenée dans la cuisine et m'a fait asseoir à table. Il a ensuite pris une assiette et y a mélangé de l'omelette froide, un yaourt, du pain, de l'eau et de la salade.
    "Tu ne sortiras de table que lorsque tu auras tout fini. Tout. Y compris la sauce."
    J'ai alors osé me tourner vers lui, entre bravade et désespoir. Je lui ai demandé, en larmes, ce que je lui avais fait pour mériter de souffrir comme il me faisait souffrir. Même Haydn, notre berger allemand, était mieux traité que moi. Mon père m'a répondu froidement, en me regardant droit dans les yeux :
    "Tu es pire qu'un chien."

    Ces mots irrémédiables ont marqué ma chair jusqu'au sang. Je ne les oublierai jamais. J'ai beaucoup de mal à m'en défaire.

    - " J'avais beaucoup de mal à gérer l'enfermement. Je faisais des crises d'angoisse violentes tant je me sentais seule et perdue. Aujourd'hui encore, j'ai des difficultés avec la contrainte de temps et d'espace à laquelle nous devons tous nous soumettre. "

    "« Tu es pire qu’un chien. »
    Ces mots irrémédiables ont marqué ma chair jusqu’au sang. Je ne les oublierai jamais. J’ai beaucoup de mal à m’en défaire."

    " Pour la première fois de ma vie, je n'avais plus peur de mourir seule pendant le week-end. Pour la première fois de ma vie, je savais que si je n'étais pas au lycée le lundi matin, quelqu'un s'apercevrait de mon absence et appellerait les secours. "

    " «[...]Je suis perplexe. Tu as attendu quatorze ans pour parler? Tu ne pouvais pas te rebeller avant si c'était si terrible que cela chez toi?»
    Le ton était donné. Comme d'autres, elle ne me croyait pas et avait sans doute été séduite par les beaux discours de mon père. Mes parents étaient visiblement trop bien habillés pour avoir osé maltraiter leur fille. "

    " Ces adultes ignorent le courage qu'il faut pour se libérer d'un asservissement, encore plus quand cet état est imposé par ceux-là mêmes qui doivent être des protecteurs. Pour l'enfant, en prendre conscience et le dénoncer nécessitent une maturité exceptionnelle ou une détresse extrême. "

     


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  • Depuis quelques jours, je découvre des courts témoignages de vie, téléchargeable sur le site "Raconter la vie"


    Le projet Raconter la vie par raconterlavie

     

    Des petits livres

    Un site internet participatif

    Parler de la société réelle

    Donner la parole, faire sortir de l'obscurité

    Raconter la vie est un projet initié (ou soutenu?) par Pierre Rosanvallon. De simples gens témoignent de leur vie dans un court texte.

    Marin pêcheur

    --> la vie d'un marin retraité. Des faits. Les postes qu'il a occupé sur chaque bateau, le nom des bateaux qui se sont succéder. Des naufrages: celui de son ami, celui de son bateau aussi.
    Un récit simple, qui donne l'image d'un homme simple à la dure vie de labeur.

    Je suis l'ombre fatiguée qui nettoie vos merde en silence

    --> Etudiante qui travaille dans la restauration rapide et qui étouffe de colère dans son poste.
    J'ai aussi été étudiante travaillant en restauration rapide, et je ne me suis pas du tout retrouvée dans son récit (sauf pour l'odeur qui reste pour moi un vif souvenir désagréable) Elle a quitté son travail, et elle a bien fait!

    Les drames qui peuplent mon bureau

    --> Psychologue scolaire en ZEP, elle donne à lire quelques vie de famille révélées par des signalement à l'école.
    Plaisir de lire l'écrit d'une collègue, qui écrit comme j'ai envie souvent de la faire: des tranches de vie des enfants que nous croisons, suivons, pour lesquels nous nous impliquons et que nous ne reverrons probablement pas.

    Matricule 113

    --> Etudiante caissière dans la grande distribution.
    Une écriture qui m'a plutôt ennuyée, et des faits trop généralistes, je recommande plutôt le roman Les tribulations d'une caissière de Anna Sam.

    Ligne 11

    --> Conducteur de métro.
    J'ai aimé le vocabulaire technique qui accompagne son récit. Et il faut bien l'avouer, prenant le métro à Paris je m'étais souvent demandée comment ces conducteurs voient les quais, les passagers, les tunnels... J'ai eu un bout de réponse.

    Ma machine et moi

    --> Du bonheur du confort moderne avec l'arrivée de la machine à laver à la panne pour laquelle il faut attendre la potentielle commande d'une pièce de rechange en Chine ou acheter une nouvelle machine parce que ce sera moins chère.
    --> Petit récit plein d'humour, chacun y retrouvera du vécu et se persuadera encore un peu plus que nos modes de consommation nous font marcher sur la tête.

    Les cheveux d'Elsa

    --> Terrible témoignage, brut de faits d'une mère dont la fille, 16 ans est atteinte d'un cancer qui va l'emporter en 14 mois.
    --> Tous les récits de Raconter la vie sont brefs. Ici, sont condensés la détresse face à la maladie, la force de combattre et une fin inéluctable. C'est dur.

    Street marketing

    Elle distribue des flyers destinés à faire entrer les passants dans une bijouterie sous prétexte d'y recevoir un bracelet pour la fête des mères.
    --> Un très court texte bien écrit avec une petite chute inattendue.

    Sous France

    Texte très court (3 pages?) d'une prostituée, ouvert sur l'espoir: elle "commence à voir un peu le jour" en commençant une formation dans la petite enfance.
    --> Court témoignage touchant.

    Aimer enseigner malgré tout

    Professeur de français en ZEP, de l'autre côté de Paris. Il a commencé proche de chez lui, a continué dans un collège difficile de centre ville, poursuit dans un établissement pour ainsi dire "noir".
    --> Il parle des difficultés, mais laisse surtout le sentiment d'accepter, et même de laisser penser que sa salle de classe demeure un monde à côté des trafics et incivilités du collège, sans pour autant dire qu'il fait mieux que les autres. C'est un témoignage qui n'est ni larmoyant, ni plaintif, juste un témoignage de faits, loin des préoccupations de ceux qui font les programmes de l'école.

    Fragments d'école

    .....
    --> .....

     

    Je me suis converti à l'islam

    Catholique converti à l'âge de 20 ans. L'éloignement des amis. Le regard de la famille. Son rapport à l'islam.
    --> Pas extrémiste du tout: un témoignage simple, concret et je dirais presque logique.

     

    L'heure du thé

    Dans un village, la narratrice a passé quelques années. Elle écrit. Elle se lie à une ancienne institutrice.
    --> Bof... j'ai trouvé ce récit obscur, comme si l'écrire faisait plaisir à l'auteur, mais l'auteur ne nous dit pas tout de sa motivation et cela rend le récit trop opaque.

     

     

     
    Pierre Rosanvallon, Le Parlement des invisibles par raconterlavie


    Pierre Rosanvallon devant les députés socialistes par GroupeSRC

     


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  • Merci pour ce moment

    de Valérie Trierweiler

    "Tout ce que j'écris est vrai. A l'Elysée, je me sentais parfois comme en reportage. Et j'ai trop souffert du mensonge pour en commettre à mon tour", Valérie Trierweiler.

    --> Allez, j'avoue, je l'ai lu. Personne ne s'en vante... Quelle provocation de révéler une part de la vie privée du Président. Est-ce respectueux de nos institutions?

    Valérie Trierweiler laisse surtout penser qu'elle est victime d'un homme menteur et manipulateur. Bon. Son témoignage, s'il était anonyme pourrait toucher. L'homme qu'elle aime éperdument n'est pas celui qu'elle croyait. Elle accuse en partie le pouvoir et sa fonction de l'avoir transformé, mais pas seulement. Elle accuse l'homme. On la sent manipulée. Mais qui des deux manipulait l'autre? Un couple sous influence. Je me suis demandée dans quelle mesure le couple pouvait être mis en scène pour servir la destinée de chacun. Et Valérie Trierweiler ne s'y est pas retrouvée. Elle clame n'avoir rien cherché. Tout juste a-t-elle soutenu quand il le fallait l'homme qu'elle aimait. Parce qu'elle est sincère, vraie, simple, humaniste, généreuse et j'en passe. Elle vient de chez les petites gens, elle ne possédait pas les codes de ces grands de la République (du royaume ai-je presque envie d'écrire). Elle ne possédait pas l'Etiquette. Trop de choses ont joué en sa défaveur. Et elle a souffert, beaucoup trop, des mensonges et de l'indifférence de son compagnon. Bon. Tout ça c'est ce qu'elle écrit. Son déballage. Parce qu'elle répète qu'elle n'aime pas déballer sa vie privée toutes les trois pages. Pourtant c'est ce qu'elle fait. Elle se clame sincère, mais parfois il ne faut pas en faire trop.

    Elle est probablement sincère, oui. Mais ce genre d'histoire je préfère les lire dans les romans de Tatiana de Rosnay. Ce roman se veut témoignage mais utilise les ficelles de la fiction en moins bien écrit. Cela fera du bien à son auteur. Cela ternira sans aucun doute l'image du Président encore un peu plus. Et cela donne un triste témoignage de nos institutions.

    Son récit est plaintif, larmoyant. Trop beaucoup trop. Elle est parfaite (enfin presque, elle dégage quelques défauts pour qu'on tende à l'écouter jusqu'au bout). Engagée dans les belles causes. Elle ne doit rien à personne. Finalement, tout le long du récit elle fait tout pour qu'on s'apitoie sur elle. Une fois le livre terminé, j'ai relevé la tête, regardé les gens qui m'entouraient, et je me dis que si elle est si malheureuse, il doit y avoir vraiment trop de gens malheureux sur terre.

    C'est un livre qui sent mauvais. Lisez-le pour savoir de quoi il s'agit (mais ne l'achetez pas!): il est un symptôme d'une République peut-être malade.

    "J'ai trop souffert" écrit-elle.... je préfère utiliser mon capital compassion pour d'autres souffrances.

    CITATIONS:

    - Je n'ai pas le droit de me plaindre : je traverse une épreuve, pas un drame.

     


    n dimanche de décembre, alors que nous déjeunons chez le couple Valls, la conversation se porte sur le ministre du Budget et son compte en Suisse.
    – C’est terrible pour lui, il ne dort plus, remarque Manuel Valls.
    Je lui réponds :
    – S’il ne dort pas, c’est qu’il n’a pas la conscience tranquille.
    – Ça n’a rien à voir, là on touche à sa dignité.
    Manuel Valls aurait pu choisir un autre mot que « dignité ». Le débat sur le mariage pour tous alimente alors la « fachosphère ». Sur Internet, l’extrême droite est remontée à bloc, je me fais insulter à longueur de temps. Donc la dignité de Cahuzac ne m’émeut pas autant que les autres convives.
    – Et moi ? Quand je me fais traiter de première pute de France, on ne touche pas à ma dignité ?
    D’une même voix, François et son ministre de l’Intérieur se récrient :
    – Ça n’a rien à voir.
    Non, rien à voir, lui est un homme politique drapé dans son honneur et moi une femme sans statut, une poupée vaudou que l’on peut insulter et traîner dans la boue. Je ne relève pas. Je suis convaincue que Jérôme Cahuzac va tomber. Je persiste :
    – Je suis sûre qu’il ment.
    Chacun reste sur ses positions. Les deux hommes le couvrent parce qu’il est l’un des leurs, un politique et un ami. Manuel Valls finira par lâcher à son propos :
    – On tient, on tient, jusqu’au moment où on ne tient plus.
     
    - Son assurance devrait me tranquilliser définitivement, mais le poison s'est installé.
    -Il n’arrive pas à m’expliquer clairement la distance qu’il veut installer entre nous sur certains sujets. Alors il agit à sa manière – pas vu, pas pris – en utilisant le non-dit, l’esquive et le mensonge.
    -Je me souviens du premier bâton de rouge à lèvres un peu raffiné que je me suis offert, du sentiment de féminité qu'il m'a donné. Jusque-là, j'empruntais ceux de ma mère ou de ma grand-mère, mémé Simone, à qui je prenais aussi une poudre de riz dont je n'oublierai jamais la bonne odeur, malgré la marque bas de gamme. Ma petite grand-mère [...] n'était qu'une simple couturière avec ses doigts experts, mais elle était tellement coquette. [...] J'ai encore le goût de la pastille Pulmoll que nous venions régulièrement lui quémander à la porte de sa chambre.
     
    - Je viens d’une famille où l’on ne vit pas à découvert. Chez moi, on considère qu’on ne dépense pas l’argent que l’on n’a pas et nous continuons tous à faire attention au prix de chaque chose. J’en ai gardé des stigmates : je ne sais pas « claquer » ni « flamber ».
     
    - En dehors de Laurent Fabius, il ne faut pas être expert pour comprendre que la plupart des nouveaux ministres n’ont pas le niveau. Je suis affligée de ce que j’entends. Je les observe en silence, en me demandant comment tel ou tel a pu être nommé ministre. Équilibre de courant, équilibre de sexe, équilibre régional ou de parti. Peu sont là pour leur compétence.
     
    - La moitié des ministrables dont les noms circulent me sont d’ailleurs inconnus. Ils viennent des entrailles du PS, des radicaux et des Verts. Leur nomination est le résultat de calculs d’appareils, d’un jeu de billard à plusieurs bandes. Certaines femmes ministres sont même choisies sur catalogue.
     

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  • de Bruce Chatwin

     

    LECTURE EN COURS

     

    Citations:

    - page 12: La loi sur les droits à la terre - le Land Rights Act - donnait aux "propriétaires" aborigènes des titres de propriétés sur leur pays, à condition que celui-ci soit inoccupé; et le travail qu'Arkady s'était inventé consistait à traduire la "loi tribale" dans le langage juridique de la couronne.

    Personne ne savait mieux que lui que les jours "idylliques" de la chasse et de la cueillette étaient finis - si tant est qu'ils aient jamais été idylliques. Ce que l'on pouvait faire pour les aborigènes, c'était préserver la plus essentielle de leurs libertés: celle de rester pauvres ou, comme il l'exprimait avec plus de délicatesse, l'espace dans lequel ils puissent être pauvre.

    - page 24: Blesser la terre [...] s'est se blesser soi-même, et si d'autres blessent la terrre, c'est vous-mêmes qu'ils atteignent. Le pays doit rester vierge, comme il était au Temps du Rêve, à 'époque où les ancêtres amenèrent le monde à l'existence en le chantant.

    - page 36:Les Pintupi étaient la dernière tribu"sauvage" à avoir été contactée dans le Grand Désert Occidental et introduite à la civilisation blanche. Jusqu'à la fin des années 1950, ils avaient continué à pratiquer la chasse et la cueillette, nus dans les dunes, comme ils l'avaient fait pendant au oins dix mille ans.

    C'étaient des gens insouciants et très ouverts d'esprit, qui ne connaissaient pas ces rudes rites d'initiation propres aux groupes plus sédentaires. Les hommes chassaient le kangourou et l'émeu. Les femmes cueillaient des graines, ramassaient des racines et tout ce qui pouvait se manger. En hiver, ils s'abritaient derrière des pare-vent de spifinex; et, même en pleine sécheresse, l'eau leur faisait rarement défaut. Une bonne paire de jambes était leur valeur la plus sûre et ils riaient sans cesse. Les quelques Blancs qui les visitèrent furent surpris de voir leurs nourrissons gras et en bonne santé.

    Mais le gouvernement décréta que les hommes de l'âge de pierre devaient être sauvés ... pour le Christ, si besoin était. En outre on avait besoin du Grand Désert Occidental pour y mener à bien des opérations minières, éventuellement des essais nucléaires. Il fut donc ordonner d'embarquer les Pintupi dans des camions de l'armée et de les installer dans des lotissements du gouvernement. Nombre d'entre eux furent envoyés à Popanji, un camp situé  l'ouest d'Alice Springs, où ils moururent victimes d'épidémies, se prirent de querelle avec les hommes des autres tribus, se mirent à boire et à jouer du couteau.


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  • Nos voisins d'en dessous

    de Bill Bryson

    L'Australie n'est pas seulement célèbre pour ses kangourous, ses drag-queens et ses surfeurs. On y trouve aussi les bestioles les plus voraces et venimeuses du globe, des déserts où mieux vaut ne pas s'aventurer pour un petit besoin, et puis de drôles de gens persuadés que vous les prenez pour des ploucs du bout des antipodes. Bill Bryson, l'illustre auteur chez Payot de Motel Blues et American Rigolos, aimerait ressembler à Indiana Jones plutôt qu'à Mister Bean. Le voici donc surarmé de courage pour sillonner l'Australie et en aborder les thèmes les plus divers: sa flore, sa faune et sa population, mais aussi l'histoire très singulière de son exploration et de sa colonisation, sans oublier la " question aborigène ", car si une plume aussi caustique traite d'un sujet aussi grave, c'est pour mieux nous en révéler toutes les aberrations.

    --> Un mélange d'humour pour apporter des informations sérieuses, c'est un livre plutôt plaisant. C'est un véritable récit de voyage, avec l'art de raconter les histoires. Il nous donne sa sensibilité à ce pays, il nous fait partager ses rencontres et ses impressions. A lire sans aucun doute si vous voyagez là-bas! On apprend beaucoup de choses, des généralités aux faits plus anecdotiques.

    Citations:

    - ce pays ne connaît pas de coups d’État, n 'épuise pas ses réserves de poissons , n'arme pas d'horrible despotes, ne pratique pas la culture de la drogue de façon indécente . Bref, c'est un pays qui ne joue pas les gros bras et ne fait pas sentir sa puissance d'une manière provocante et déplacée. Un pays stable , pacifique et correct. Un pays qui n'a ps besoin d'être surveillé du coin de l'oeil , ce qui fait qu'on ne le regarde même plus

    - Si La Pérouse avait été plus rapide , il aurait pu proclame l'Australie terre française et épargner à ce pays deux cents ans de cuisine britannique.

    - En fait, je pense qu'il est tout simplement impossible de répertorier en une seule vie l'intégralité des dangers qui vous guettent dans le moindre buisson d'acacia ou la moindre flaque d'eau de cette contrée si étonnamment riche en espèces aux crocs venimeux ou acérés

    -Ma promenade m'a conduit devant des magasins au luxe tapageur - Prada,Hermès, Ralph Lauren. Impeccable. Mais pas très intéressant. Je n'avais pas parcouru treize mille kilomètres pour contempler des serviettes de bain signées Ralph Lauren.

    - la plupart des serpents ne vous feront aucun mal . Si vous vous trouvez dans le bush face à l'un d'eux, arrêtez-vous net et laissez-le passer tranquillement sur vos chaussures.
    Personnellement, au palmarès des "conseils les moins susceptibles d'être suivis" j'accorde le premier prix à celui-là.

    - Après des années d'études patientes et laborieuses (avec le cricket il ne peut en être autrement) , j'en suis arrivé à la conclusion que ce jeu gagnerait beaucoup à l'introduction de quelques chariots de golf. Ceux qui prétendent que les Anglais ont inventé le cricket uniquement pour rendre intéressante et palpitante toute autre forme d'activité humaine ont tort. Loin de moi l'idée de dénigrer un sport qui fait le bonheur de millions de gens - dont certains arrivent même à garder les yeux ouverts pendant les matchs- mais, franchement, c'est un jeu bizarre. C'est le seul sport qui inclut une pause pour le thé. C'est le seul sport qui porte le même nom qu'un insecte. C'est le seul sport où les spectateurs brûlent autant de calories que les joueurs ( et même plus , s'ils sont un brin enthousiaste). C'est la seule activité de type compétitif- mis à part les concours de boulangers- où les acteurs s'habillent tout en blanc le matin et se retrouvent aussi immaculés en fin de journée.

    - Un homme arrive à la finale de la coupe de football australien à Melbourne et constate avec surprise que le siège à côté de lui est vacant . Or généralement , tous les billets de finale sont vendus des mois à l'avance et il ne reste jamais le moindre place libre. L'homme s'étonne donc.
    - excusez-moi dit-il à son voisin , mais comment se fait-il que cette place soit inoccupée?
    - c'est la place de ma femme, réplique celui-ci, un peu morose . Malheureusement elle est décédée.
    - Mais c'est affreux ! Je suis terriblement navré!
    - Ouais . Elle n'a jamais raté un match de sa vie.
    - Vous auriez pu proposer sa place à un ami ou a l'un de vos parents?
    - Impossible :ils sont tous à l'enterrement.


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  • Embrouille en Provence

    Peter Mayle

    Quand le milliardaire français Francis Reboul vient chercher Sam Levitt jusqu'à Los Angeles pour lui demander de servir de prête-nom dans une société immobilière à Marseille, Sam est à la fois tenté et un peu réticent : pourquoi cet homme, à qui il a volé pour plusieurs millions de grands crus lors de son dernier séjour en France, veut-il lui confier cette délicate besogne ?
    Mais, emporté par l'enthousiasme de sa petite amie séduite à l'idée de prendre des vacances dans le midi de la France, Sam accepte. Il va devoir déjouer les manoeuvres et intrigues de deux autres candidats en lice dans ce projet architectural qui suscite polémiques et rivalités : une Parisienne, qui veut bétonner la magnifique anse des Pêcheurs, et un lord anglais, déjà acoquiné avec le président du comité de sélection, un Corse mafieux...
    Le personnage principal de cette histoire très enjouée de corruption et de magouilles est bien sûr la Provence, et particulièrement Marseille avec sa gastronomie, son Vieux Port, ses petits bistrots et sa douceur de vivre.

    --> J'ai choisi ce livre dans le cadre d'une opération masse critique organisée par Babelio. J'ai lu, il y a déjà longtemps, Une année en Provence du même auteur. J'en ai un bon souvenir. Quelle déception ici. On retrouve un univers animé par la passion que l'auteur a pour la Provence mais on ne sort pas des clichés: sur la Provence, sur les riches qui fréquentent la Côte d'Azur, les américains, les belles filles, la cuisine française. C'est parfois charmant, à l'image d'une Année en Provence, mais c'est la plupart du temps assez insipide. Les dialogues sont décevants. Et l'histoire n'est pas portée par l'intrigue, qui m'a ennuyée.

    Voici donc, je remercie babelio et l'éditeur, mais recommande de se tourner plutôt vers un livre comme Une année en Provence..


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  • L'île des oubliés

    de Victoria Hilsop

    L'été s'achève à Plaka, un village sur la côte nord de la Crète. Alexis, une jeune Anglaise diplômée d'archéologie, a choisi de s'y rendre parce que c'est là que sa mère est née et a vécu jusqu'à ses dix-huit ans. Une terrible découverte attend Alexis qui ignore tout de l'histoire de sa famille : de 1903 à 1957, Spinalonga, l'île qui fait face à Plaka et ressemble tant à un animal alangui allongé sur le dos, était une colonie de lépreux ...
    Quels mystères effrayants recèle cette île que surplombe les ruines d'une forteresse vénitienne ?
    Pourquoi, Sophia, la mère d'Alexis, a-t-elle si violemment rompu avec son passé ?
    La jeune femme est bien décidée à lever le voile sur la déchirante destinée de ses aïeules et sur leurs sombres secrets ...
    Bouleversant plaidoyer contre l'exclusion, L'Île des oubliés, traduit dans vingt-cinq pays et vendu à plus de deux millions d'exemplaires, a conquis le monde entier.

    --> Premier intérêt de ce roman: découvrir l'existence -réelle- de cette léproserie à Spinalonga, la dernière en Europe. Le développement de cette cité -fictif?- est intéressant. Mais l'intrigue est centrée sur une histoire familiale, pas vraiment de suspens: dès le début du texte, on sait que Alexis, fille de Sophia a besoin de venir en Crète pour comprendre ses racines. Ainsi le roman soulève la question de nos racines, des secrets du passé. On s'attache à la vie de Maria. Le bémol: le roman souffre d'une écriture un peu plate, heureusement que le roman se déroule sur plusieurs années et que les évènements se succèdent.


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  • En finir avec Eddy Bellegueule

    de Edouard Louis

    Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d'entendre ma mère dire Qu'est-ce qui fait le débile là ? Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J'étais déjà loin, je n'appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j'ai marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du Nord, les chemins de terre, l'odeur de colza, très forte à ce moment de l'année. Toute la nuit fut consacrée à l'élaboration de ma nouvelle vie loin d'ici". En vérité, l'insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n'a été que seconde. Car avant de m'insurger contre le monde de mon enfance, c'est le monde de mon enfance qui s'est insurgé contre moi. Très vite j'ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n'ai pas eu d'autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.

    -->Si ce livre avait été écrit par un garçon qui ne s'en était pas sorti par les études, aurait-il reçu la même écoute? Sont-ce les études de sociologie d'Edouard qui nous font lire ces lignes avec autant d'attention?

    Entre roman et témoignage. C'est un livre touchant, et même bouleversant. Mais. Il m'a semblé trop lourd de subjectivité. Un témoignage-fiction. C'est cette ambiguïté qui m'a dérangée. Des faits sont lâchés comme un témoignage, mais ils sentent la romance  ou tout du moins un manque de recul sur une enfance récente. Trop caricatural. Dans ses interviews, l'auteur parle de vérité, pas de caricature. Sûrement puisqu'il le dit. Mais sa vérité. C'est une lecture rapide, d'un week-end. A emprunter.

     


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  • La terre du bout du monde

    De Tamara Mc Kinley

    Angleterre, 1770. Susan Penhalligan accepte un mariage de raison pour sauver sa mère et son frère Billy de la misère. Mais son coeur est pris par Jonathan Cadwallader, parti courir les mers à bord de l’Endeavour du capitaine Cook.

    Quinze ans plus tard, Billy est déporté en Australie pour contrebande. De leur côté, Susan et son mari partent s’installer à Botany Bay, à quelques kilomètres du futur centre de Sydney, où l’Empire britannique a décidé de fonder une colonie. Ils y découvrent un continent fascinant ainsi que ses habitants, les aborigènes.

    Mais Susan est loin de se douter de tout ce qu’elle va devoir surmonter avant de pouvoir faire sienne cette terre du bout du monde…

    --> Une agréable manière de découvrir l'histoire de la colonisation de ce pays-continent. Et quand on prépare un voyage pour y aller... un incontournable! L'auteure nous prévient cependant qu'il y a des anachronismes.

    Je vais tenter de poursuivre la romance avec le deuxième tome pour savoir ce que deviennent les familles Collinson, Cadwallader et Penhalligan.


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  • Ne t'inquiète pas pour moi

    de Alice Kuipers

    Maman, je suis allée au supermarché. Regarde dans le frigo. J'ai arrosé les plantes. J'ai nettoyé la cage de Jeannot Lapin. J'ai rangé le salon. Et la cuisine. Et j'ai fait la vaisselle aussi. Je vais me coucher. Ton esclave à domicile, Claire.
    Une correspondance par Post-it sur le frigo entre une mère et sa fille. Lorsque la mère tombe malade, le temps presse mais l'espoir demeure.
    Un livre comme un trésor qui chuchote à l'oreille l'importance de ceux qu'on aime...

    --> 1 ou 2 heures de lecture pour ce roman "pos-itolaire" dans lequel nous lisons les post-it laissés à la maison par une mère (qui apprend cancer du sein) et sa fille de 16 ans, Claire. Une forme d'écriture originale, qui en dit plus que ce qu'elle laisse à lire, mais un peu lassante sur l'ensemble du livre.


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  •  

    de Tonino Benaquista

     

    --> Loufoque, drôle, mais des longueurs... j'ai eu du mal à le terminer.


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  • Certaines n'avaient jamais vu la mer

    De Julie Otsuka

    L'écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les visages, les voix, les images, les vies que l'auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux Etats-Unis un homme qu'elles n'ont pas choisi.
    C'est après une éprouvante traversée de l'océan Pacifique qu'elles recontrent pour la première fois à San Francisco leur futur mari. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.
    A la façon d'un choeur antique, leurs voix s'élèvent et racontent leurs misérables vies d'exilées ... leur nuit de noces, souvent brutale, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l'humiliation des Blancs, le rejet par leur progéniture de leur patrimoine et de leur histoire ... Une véritable clameur jusqu'au silence de la guerre. Et l'oubli.

    --> Une style direct, brut, qui interpelle. Des phrases courtes jusqu'à être un peu trop répétitif pour moi. Des phrases qui bousculent. "Certaines...". Les destin de centaines de femmes.


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  • Les gens heureux lisent et boivent du café

     

    Ils étaient partis en chahutant dans l'escalier. J'avais appris qu'ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m'étais dit qu'ils étaient morts en riant. Je m'étais dit que j'aurais voulu être avec eux.

    Diane perd brusquement son mari et sa fille dans un accident de voiture. Dès lors, tout se fige en elle, à l'exception de son coeur, qui continue de battre. Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Égarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l'existence. C'est peut-être en foulant la terre d'Irlande, où elle s'exile, qu'elle apercevra la lumière au bout du tunnel. Entre « Le Journal de Bridget Jones » et « Love Story », l'histoire de Diane nous fait passer par toutes les émotions. Impossible de rester insensible au parcours tantôt dramatique tantôt drôle de cette jeune femme à qui la vie a tout donné puis tout repris, et qui n'a pas d'autre choix que de faire avec.

    --> C'est une histoire terriblement attachante, mais que je n'ai pas trouvée à la hauteur de la présentation de l'éditeur, c'est dommage. On en sait peut-être trop avec la quatrième de couverture, comme si tout était dit. Cela reste une histoire émouvante, et même bouleversante. Une lecture aisée et agréable.


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  • Précieux cadavres

    de Dorothée Lizion

    La ville de Caen, celle que François Ier aime appeler la "Venise Normande", est en train de perdre ses plus illustres concitoyens. Ils sont retrouvés massacrés, griffés, déchiquetés, dans les fossés de la ville, comme de vulgaires déchets de boucherie. Un loup hors du commun est incriminé, faute de mieux.
    Le destin des bourgeois de Caen est remis entre les mains d'un louvetier pragmatique, réfléchi, témoins de faits improbables. Le seul élément qui leur échappera jusqu'à la dernière page est le réel mobile du meurtrier. et peut-être même le meurtrier lui-même ....


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  • Romantique, libérateur et totalement addictif, ce roman vous obsédera, vous possédera et vous marquera à jamais.
    Lorsqu’Anastasia Steele, étudiante en littérature, interviewe le richissime jeune chef d’entreprise Christian Grey, elle le trouve très séduisant mais profondément intimidant. Convaincue que leur rencontre a été désastreuse, elle tente de l’oublier – jusqu’à ce qu’il débarque dans le magasin où elle travaille et l’invite à un rendez-vous en tête-à-tête.
    Naïve et innocente, Ana ne se reconnait pas dans son désir pour cet homme. Quand il la prévient de garder ses distances, cela ne fait que raviver son trouble.
    Mais Grey est tourmenté par des démons intérieurs, et consumé par le besoin de tout contrôler. Lorsqu’ils entament une liaison passionnée, Ana découvre ses propres désirs, ainsi que les secrets obscurs que Grey tient à dissimuler aux regards indiscrets…

    Traduit de l’anglais par Denyse Beaulieu

    EL James, ancienne productrice de télévision, mariée et mère de deux enfants, vit à Londres. Depuis sa plus tendre enfance, elle rêvait d’écrire des récits dont les lecteurs tomberaient amoureux, mais avait mis ces rêves entre parenthèses pour se consacrer à sa famille et à sa carrière. Elle a enfin trouvé le courage de prendre sa plume pour rédiger son premier roman, Cinquante nuances de Grey. Elle est également l’auteur de Cinquante nuances plus sombres et de Cinquante nuances plus claires.


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  • Ken Follet 

    Ken Follet

     

    Pour Les piliers de la terre, voir l'article très complet de wikipédia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Piliers_de_la_terre

     


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  • Chers voisins

    Aurélie Champagne / Collectif

    Chers voisins inventorie les petits mots affichés dans les cages d'escaliers ou les parties communes des immeubles concernant les règles de vie ou l'exaspération des habitants face aux bruits et autres désagréments.

    --> à l'origine, il s'agit d'un blog: on a envoyé au blogueur des tas de petits mots trouvés dans les immeubles à destination d'un voisin. C'est drôle, surtout les premiers, parce que c'est redondant, et qu'ensuite on ne cherche plus que l'originalité. Une compilation a ensuite été diffusée en pdf, puis l'édition de ce livre.

    Ce que j'aime partiuclièrement, c'est le statut de cet écrit. "Le petit mot".

    Mon préféré: un mot pour dire à la voisine que c'est un plaisir de l'entendre pratiquer son instrument, au point d'éteindre la musique chez soi pour l'écouter jouer. (peut-être le seul mot gentil du recueil... ben c'est mon préféré, on ne se refait pas.)

    Le blog est ici: http://chersvoisins.net/

    et autre chose là: http://chersvoisins.tumblr.com/

     


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  • Cannibale

    de Didier Daenincks

    1931, l’Exposition Coloniale. Quelques jours avant l’inauguration officielle, empoisonnés ou victimes d’une nourriture inadaptée, tous les crocodiles du marigot meurent d’un coup. Une solution est négociée par les organisateurs afin de remédier à la catastrophe. Le cirque Höffner de Francfort-sur-le-Main, qui souhaite renouveler l’intérêt du public, veut bien prêter les siens, mais en échange d’autant de Canaques. Qu’à cela ne tienne ! Les « cannibales » seront expédiés.
         Inspiré par ce fait authentique, le récit déroule l’intrigue sur fond du Paris des années trente – ses mentalités, l’univers étrange de l’exposition – tout en mettant en perspective les révoltes qui devaient avoir lieu un demi-siècle plus tard en Nouvelle-Calédonie.

    --> sous forme conté, inspiré d'un fait réel, un grand-père témoigne aurpès de jeunes kanaks tenant un barrage de sa participation à l'exposition universelle de 1931. La moitié des participants, déjà parqués comme des animaux et obligés à se donner en spectacle, sont emportés sans consultation pour l'Allemagne: ils ont été la monnaie de change contre des crocodiles destinés à l'exposition!

    Citations:

    - "Tu vois, on fait des progrès : pour lui nous ne sommes pas des cannibales mais seulement des chimpanzés. Je suis sûr que quand nous serons là-bas, nous serons redevenus des hommes."

    - "Tous les enfants de la tribu m'entourent et me demandent comment c'était la France, Paris. Je leur invente un conte, je leur dis que c'est le pays de merveilles. Mais très tard, je raconte pour les Anciens. Je leur explique qu'on nous obligeait à danser nus, hommes et femmes; que nous avions pas le droit de parler entre nous, seulement de grogner comme des bêtes, pour provoquer les rires des gens, derrière la grille; qu'on insultait le nom légué par nos ancêtres." (p. 47)

     

    — Ah, c’est enfin vous, Grimaut ! Cela fait bien deux heures que je vous ai fait demander... Que se passe-t-il avec les crocodiles ? J’ai fait le tour du parc ce matin, avant de venir au bureau, je n’en ai pas vu un seul dans le marigot...
         Grimaut commence à transpirer. Il baisse les yeux.
         — On a eu un gros problème dans la nuit, monsieur le haut-commissaire... Personne ne comprend ce qui a bien pu se passer...
         — Cessez donc de parler par énigme ! Où sont nos crocodiles ?
         — Ils sont tous morts d’un coup... On pense que leur nourriture n’était pas adaptée... Á moins qu’on ait voulu les empoisonner...
         L’administrateur reste un instant sans voix, puis il se met à hurler.
         Grimaut déglutit douloureusement.
         — Morts ! Tous morts ! C’est une plaisanterie... Qu’est-ce qu’on leur a donné à manger ? De la choucroute, du cassoulet ? Vous vous rendez compte de la situation, Grimaut ? Il nous a fallu trois mois pour les faire venir des Caraïbes... Trois mois ! Qu’est-ce que je vais raconter au président et au maréchal, demain, devant le marigot désert ? Qu’on cultive des nénuphars ? Ils vont les chercher, leurs crocodiles, et il faudra bien trouver une solution... J’espère que vous avez commencé à y réfléchir...
         L’adjoint a sorti un mouchoir de sa poche. Il se tamponne le front.
         — Tout devrait rentrer dans l’ordre au cours des prochaines heures, monsieur le haut-commissaire... J’aurai une centaine de bêtes en remplacement, pour la cérémonie d’ouverture. Des crocodiles, des caïmans, des alligators... Ils arrivent à la gare de l’Est, par le train de nuit...
         — Gare de l’Est ! Et ils viennent d’où ?
         Grimaut esquisse un sourire.
         — D’Allemagne...
         — Des sauriens teutons ! On aura tout vu... Et vous les avez attrapés comment vos crocodiles, Grimaut, si ça n’est pas indiscret ?
         L’adjoint se balance d’un pied sur l’autre.
         — Au téléphone, tout simplement. Ils viennent de la ménagerie du cirque Höffner, de Francfort-sur-le-Main. C’était leur attraction principale, depuis deux ans, mais les gens se sont lassés. Ils cherchaient à les remplacer pour renouveler l’intérêt du public, et ma proposition ne pouvait pas mieux tomber...
         Albert Pontevigne fronce les sourcils.
         — Une proposition ? J’ai bien entendu... J’espère que vous ne vous êtes pas trop engagé, Grimaut.
         — Je ne pense pas... En échange, je leur ai promis de leur prêter une trentaine de Canaques. Ils nous les rendront en septembre, à la fin de leur tournée.

    Nous avons longé la Seine, en camion, et on nous a parqués derrière des grilles, dans un village kanak reconstitué au milieu du zoo de Vincennes, entre la fosse aux lions et le marigot des crocodiles. Leurs cris, leurs bruits nous terrifiaient. [...] Au cours des jours qui ont suivi, des hommes sont venus nous dresser, comme si nous étions des animaux sauvages. Il fallait faire du feu dans des huttes mal conçues dont le toit laissait passer l'eau qui ne cessait de tomber. Nous devions creuser d'énormes troncs d'arbres, plus durs que la pierre, pour construire des pirogues tandis que les femmes étaient obligés de danser le pilou-pilou à heures fixes. [...] J'étais l'un des seuls à savoir déchiffrer quelques mots que le pasteur m'avait appris, mais je ne comprenais pas la signification du deuxième mot écrit sur la pancarte fichée au milieu de la pelouse, devant notre enclos : Hommes anthropophages de Nouvelle-Calédonie.

     


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